<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Notre meilleur ennemi

Il y a un paradoxe Obama. Ce président, Prix Nobel de la paix qui plaît tellement ici, après les deux mandats du chef de guerre George Bush et son administration gangrenée par les mensonges et la corruption, a mis la Suisse dans sa ligne de mire.

Notre place financière n’est-elle qu’une victime collatérale de la guerre économique que se livrent les Etats aujourd’hui? Toujours est-il que l’administration Obama a donné le coup de grâce au secret bancaire helvétique. Plus fort encore, le président le plus cool de l’Histoire, la bête de talk-show, le champion des réseaux sociaux, est parvenu à imposer la loi américaine aux autorités suisses qui se sont rabaissées à livrer des noms de clients américains de banques tout d’abord, puis d’employés ensuite.

Eveline Widmer-Schlumpf a beau souligner qu’elle a obtenu ce qu’il y avait de mieux lors des négociations avec l’administration Obama – «rassurez-vous, sinon c’était le choléra», dit-elle en substance à chaque interview – elle s’est fait rouler dans la farine. La ministre suisse a eu beau «donner» Polanski, livrer des listes de noms tous azimuts, les attaques contre la place financière ne cesseront pas.

Il faut se souvenir qu’aucune société, européenne ou d’ailleurs dans le monde, ne remporte jamais la partie aux Etats-Unis. Ces derniers ouvriront toujours des pare-feu  protectionnistes pour préserver leurs champions industriels, bancaires ou technologiques. Les établissements financiers suisses qui ont par le passé voulu parader à Wall Street ont toujours fini par mordre la poussière. Alors que le président Obama et son équipe avaient toute latitude en 2009 pour nettoyer Wall Street à terre à ce moment-là, ils ont préféré permettre aux grands établissements de repartir sur les mêmes bases avec des fonds fédéraux. Concurrence internationale oblige. Et aujourd’hui, Goldman Sachs ne s’est jamais aussi bien portée.

Plus que jamais aujourd’hui, ce réflexe de survie s’applique aussi en dehors des frontières américaines puisque Washington fait mine désormais de vouloir faire appliquer sa loi des affaires partout. Tout cela pour seulement 2% de l’évasion fiscale américaine qui aurait pris la destination de la Suisse.

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