Jean Romaine

consultante en communication, ex-rédactrice en chef à la RTS, présidente de la Fondation Hirondelle

Romaine Jean est consultante en communication et présidente de la Fondation Hirondelle. Elle a été rédactrice en chef des magazines, cheffe de la rubrique politique et présentatrice du 19.30. Elle a lancé notamment les émissions "Infrarouge", "Coulisses de l'évènement" et "Toute une vie" et présenté l'émission "forum des Européens", sur Arte. Elle est licenciée en sciences politiques.

No Billag : les choses sérieuses commencent ?

Le service public a enregistré un formidable appui hier et c’est la bonne nouvelle du jour. 71,6 % des citoyens soutiennent des médias, dont le financement est garanti par une redevance et qui répondent, sous mandat, à des critères de qualité. Les premiers sondages ne signifiaient donc rien, sinon que l’électeur était tenté, à un moment de « faire la leçon à la SSR ». Au final, ce même électeur a répondu stricto sensu à la question qui lui était posée. Oui, les Suisses veulent un service public fort. Pour la SSR les choses sérieuses commencent, car beaucoup été promis durant cette campagne et le débat sur l’avenir de la presse est désormais engagé. Tant mieux !

La première notion qui devra à être revue et adaptée est bien celle de service public. Que signifie-t-elle encore aujourd’hui ? Qui produit de l’information utile à la circulation des idées ? A la libre opinion des citoyens ? A la cohésion d’un pays complexe et subtil dans son fonctionnement ? Qui assure la diversité des points du vue ?

La SSR, indiscutablement ! Les Suisses l’ont dit hier. Le vote est net, sans appel et symbolique. Il est une démonstration de maturité politique et d’attachement des Suisses aux solidarités confédérales, aux programmes du service public, aux professionnels qui le fabriquent, qui ont reçu une véritable caution publique. Un fait unique en Europe, faut-il le souligner. 

L’ATS ? Aussi ! Cette agence de presse, à qui Doris Leuthard a promis charitablement 2 millions sur les quelques1,2 milliard de la redevance, assure la couverture complète des travaux du Parlement, des tribunaux, de toutes les organisations qui font la substance de ce pays. Ses équipes travaillent en trois langues et Romands et Tessinois y sont au bénéfice d’une péréquation. Son fonctionnement et son efficience sont à revoir, tout comme ceux de la SSR, mais son existence même doit être garantie à long terme. Des démarches en ce sens vont être menées au Parlement. Il était temps ! 

Et que dire des radios et des tv locales, très présentes durant cette campagne et à qui le succès revient aussi ? Elles recevront 6 % du montant total de la redevance dès 2019, soit 81 millions. Faut-il plus, comme le réclame déjà le conseiller d’état démocrate-chrétien Christophe Darbellay ? Faut-il accepter sans autre la fin de non-recevoir de la toute aussi démocrate-chrétienne Doris Leuthard ? Pascal Décaillet sur « Léman Bleu » ne fait-il pas vivre la communauté politique de la république ?  « Canal 9 », en Valais, n’est-il pas déterminant dans l’information des valaisans avant le vote sur les Jo 2026 ? Quelle collaboration faut-il instaurer entre ces médias et la SSR, qui permette de renforcer les premiers sans affaiblir la deuxième ? La bataille ne fait que commencer et ces débats devront être menés parallèlement aux cures d’amaigrissement promises.

La deuxième question plus globale, au lendemain de ce vote, est celle de l’aide à la presse. Que faut-il entreprendre désormais pour assurer, aux côtés d’un service public fort, la survie de titres menacés de disparition. Les éditeurs privés ne tiennent pas à la manne publique qui d’ailleurs ne leur revient pas. Mais il y a les plateformes numériques, les journaux régionaux, toutes ces publications, print ou web, qui font la diversité du paysage médiatique. La presse est menacée aujourd’hui, non pas par les nouvelles consommations, comme on voudrait nous le faire croire, mais bien par un modèle économique suranné qu’il s’agit de remplacer.

La campagne No Billag a été difficile, éprouvante mais utile. La victoire d’hier est celle de toutes les professions de l’audiovisuel, de l’information et de la culture de ce pays. Elle est celle d’une société civile qui s’est mobilisée comme jamais. Les prochaines échéances se bousculent. Tous les partis réclament des réformes et une nouvelle loi sur les médias est en préparation. La période qui s’ouvre est passionnante ! 

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