Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

NÎMES/Le Suisse Ugo Rondinone investit le Carré d'art. "Becoming Soil"

Crédits: Lartvue

Coucou, le revoilà! On avait laissé Ugo Rondinone en janvier au Palais de Tokyo parisien, où il disait son amour pour le poète John Giorno («I Love John Giorno»). Le revoici au Carré d'art de Nîmes. Le Suisse semble en effet un homme bien occupé. Il a été entre-temps au Boijmans Van Beuningen Museum de Rotterdam. Il se trouve de plus jusqu'en 2018 dans le désert du Nevada, tout près de Las Vegas. «Seven Magic Mountains», où la pierre fait bon ménage avec une peinture phosphorescente, possède à mon avis le mérite de se voir de loin. Trente-deux pieds de haut, soit environ dix mètres. 

Rien d'aussi monumental au Carré d'art, qui a accolé pour pour la vingt-et-unième année de son existence le nom de Jean Bousquet. Rappelons que le patron de Cacharel (et ex-maire un brin mégalo de Nîmes) a été condamné en 1996 à un an de prison pour abus de biens sociaux. L'humanité a la mémoire courte. Il y aura donc peut-être aussi un jour également un Musée des beaux-arts de Lyon-Michel Noir ou un Musée de Grenoble-Alain Carignon. Il fut en effet un temps, en France, où la maison d'arrêt tenait lieu de succursale pour la mairie.

Des oiseaux et des poissons 

Mais revenons à Ugo Rondinone. A 52 ans, l'homme a investi le second étage de ce centre culturel proposant pêle-mêle une librairie, une bibliothèque, un (magnifique) café panoramique, divers services et un musée d'art contemporain. Les salles sont thématiques. «Becoming Soil» peut ainsi proposer un paysage onirique avec sa terre, ses animaux, son ciel et sa lumière. L'artiste a récemment rappelé à Shirine Sand, qui travaille au très prescripteur «Figaro Madame», que «la nature est sa religion», ajoutant que les arbres «constituent ses amis». Ces derniers occupent du coup toute une galerie. Rondinone, qui est de Brunnen, dans le canton de Schwytz, s'est inspiré de gravures anciennes nordiques pour tracer sur la toile d'immenses dessins à l'encre, avec plein de tronc tordus par les vents et des feuillages presque trop opulents pour paraître vrais. C'est d'autant plus beau.

Ce regard vers le passé peut étonner d'un homme lié aux tendances actuelles et vivant depuis 1993 dans une vieille église de Harlem, à New York. Mais le goût de la matière, qui fait ouvrir à Rondinone son exposition par un grand carré de terre («Paysage rectangulaire élevé»), presque odorant, ne l'a détourné ni de la figuration, ni du minimalisme. Le plasticien peut ainsi remplir toute une chambre de petits oiseaux en bronze («Primitive») posés par terre, et une autre de poissons du même métal («Primordial») suspendus dans les airs. On pourrait penser à la chanson de Juliette Greco sur le petit oiseau et le petit poisson s'aimant d'amour tendre. C'est en fait plus compliqué. Rondinone cite Hitchcock et Aristophane pour les volatiles, la naissance du christianisme face aux vertébrés aquatiques. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?

Chevaux râblés 

Il y a aussi d'étranges vitraux, en formes de pendules, et des tableaux chantournés représentant des nuages. Une dernière salle propose enfin de petits chevaux râblés («Primal»). Le visiteur retrouve ici la science que possède Rondinone du modelé, même s'il a fait plus spectaculaire ailleurs avec des figures humaines en cire grandeur nature. La forme des destriers rappellerait cette fois les fresques des cavernes préhistoriques. Tout, avec Rondinone se veut très référentiel. 

Il n'est cependant pas interdit de se laisser aller à la rêverie, ceci d'autant plus que les foules estivales ne sont pas au rendez-vous. Rondinone n'a pas reçu pour Nîmes le coup de pouce médiatique qui avait salué sa mise en scène des poèmes de John Giorno au Palais de Tokyo. Nous sommes ici un peu en dehors des sentiers battus, même si la ville aimerait bien se positionner, grâce au Carré d'art construit par Sir Norman Foster, comme l'un des capitales françaises de l'art contemporain entre Arles et Montpellier.

Pratique

«Ugo Rondinone, Becoming Soil», Carré d'art-Jean Bousquet, place de la Maison carrée, Nîmes, jusqu'au 18 septembre. Tél. 0034 66 76 35 85, site www.carreartmusee.com Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h. 

Photo (Lartvue) La salles des oiseaux, ou «Primitive».

Prochaine chronique le dimanche 31 juillet. Elizabeth II expose ses robes depuis 1926 pour ses 90 ans. Histoire d'un "look".

 

 

 

 

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