Laurent Bakhtiari

MARKET ANALYST

Laurent Bakhtiari est diplômé d’un Master en Finance d’Audencia Nantes et d’un Master en mathématiques quantitatives d’Imperial College London. Fort d’une expérience de plus de 10 ans en salle des marchés au sein de diverses institutions financières telles que Merrill Lynch, BNP Paribas et Credit Suisse, Laurent livre régulièrement, à destination des médias et des clients, des analyses de marchés ainsi que des analyses macro et microéconomiques.

Nike: champion du monde

La finale du championnat d’Europe de football a finalement accouché, à l’image de la compétition toute entière, d’un match pauvre en termes de spectacle. Des prolongations, peu de rythme, un seul but et un vainqueur : Nike. En effet, la marque a, pour la première fois, équipé les deux adversaires d’une finale d’un Euro. C’est un petit événement car depuis 1980, Adidas a toujours eu une équipe présente en finale d’un Euro.

La bonne performance de la France et du Portugal à l’Euro a été accueillie comme une bouffée d’air frais par le géant américain. Le fait que Nike sponsorise les équipes nationales présentes en finale a un double effet : les ventes grimpent et les joueurs prennent de la valeur. Certains sont, à titre personnel, sponsorisés eux-mêmes par Nike (Paul Pogba, Cristiano Ronaldo etc…), ce qui, à terme, permet d’accroître à nouveau les ventes de matériel sportif.

Signe encore plus positif : l’adversaire principal de Nike sur ce marché, Adidas, sponsorise l’Argentine et Lionel Messi, qui a raté sa finale de Copa America et décidé de prendre sa retraite internationale. C’est donc un coup double pour la marque, qui peut assurer sa position sur ce marché colossal. En effet, l’équipement de football représente 5 mds USD par année et 2.1 mds USD pour Nike.

Mais au-delà du football, les données concernant Nike sont très perturbantes pour un investisseur. En effet, l’entreprise est le leader incontesté de son secteur, mais ses parts de marché sont grignotées par des acteurs historiques (Adidas) et par de nouveaux venus (Under Armour).

Le chiffre d’affaires de la marque a progressé de 6% au 4ème trimestre à 8.24 mds USD, mais a manqué les prévisions des analystes de 8.28 mds USD. Le bénéfice par action est de 49 cents, mieux que ce que les analystes prévoyaient, soit à 48 cents. Cela s’est ressenti dans le cours de l’action qui a chuté de plus de 4% sur la nouvelle, puis s’est repris de plus de 5%. De plus, depuis mai, le dollar se renforce (de 1.161 à 1.102), pénalisant par là-même les produits de la marque. Face à ces informations contrastées, le management a réaffirmé que la firme était bien en route vers ses prévisions annuelles et a reconfirmé sa prévision de 50 mds USD de chiffre d’affaires d’ici à 2020, ce qui a rassuré les investisseurs.

Mais les risques de Nike se portent principalement sur deux points : la situation économique mondiale et surtout l’état de l’emploi américain (près de 45% du chiffre d’affaires provient des Etats-Unis), qui pèsent sur le pouvoir d’achat des ménages. D’autre part, Nike a raté le tournant des baskets « mode » (portées sans faire de sport). Toutefois la marque peut se baser sur une position ultra-dominante, un marketing omniprésent et des innovations continues pour inverser la tendance.

Au niveau des indicateurs, la société possède un P/E bien plus faible que celui du secteur (27.08 vs 32.85 et 76.89 pour Adidas et Under Armour). Mais la croissance de ses bénéfices (16.76%) est la plus élevée, ce qui est remarquable pour un tel leader. Nike cote actuellement à un PEG de 1.62, ce qui peut faire penser à une petite sous-évaluation, bien que la société repose sur des fondamentaux solides.

En effet, le chiffre d’affaires et le bénéfice par action progressent de manière très stable depuis 5 ans et le titre a encore un beau potentiel de croissance. En utilisant la méthode des comparables, le niveau de 70 USD devrait être atteignable sur les 12 prochains mois, ce qui représenterait une hausse de 19.5% par rapport au prix actuel. En retenant les estimations de bénéfice par action des analystes, cela porterait le P/E à 24.375, ce qui serait un niveau plus convenable pour une entreprise aussi mature.

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