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VICE PRESIDENT INTERNATIONAL HUMAN RESOURCES D'EDWARDS LIFESCIENCES

Serge Panczuk est Vice Président International Human Resources d’Edwards Lifesciences (entreprise de medical devices, n°1 mondial dans le secteur des valves cardiaques). Il est basé au siège de l’entreprise situé en Californie. De 2007 à 2013, Serge était basé à Nyon, et était en charge des RH et de la Communication pour les régions Europe Middle East Africa Canada & Latin America. Il était auparavant directeur des ressources humaines en charge du développement de l’organisation au sein de Serono (entreprise de biotechnologie, n°1 mondial dans le traitement de la sclérose en plaques, et de l’infertilité) à Genève. Il a débuté sa carrière au sein de la direction des ventes d’American Express, avant de rejoindre Manpower en tant que directeur de la formation commerciale. Serge a publié plusieurs ouvrages sur le marketing RH (Enjeux et Outils du Marketing RH – Editions Eyrolles 2007), sur le management des ressources humaines (Ressources Humaines pour la première fois - Editions Eyrolles 2006, 100 Questions pour comprendre et agir: les ressources humaines – Editions AFNOR 2007), ou sur la gestion de carrière (Le Guide de votre parcours professionnel – Editions Eyrolles 2007). Serge est également membre du Comité de Rédaction de la revue HR Today (revue suisse des RH), dans laquelle il tient une rubrique régulière. Son dernier ouvrage (publié en octobre 2011 aux Editions de Boeck) porte sur « la Net Generation dans l’entreprise ».

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Nicolas, le synergologue et le pauvre candidat...

Il y a quelques jours, je me suis retrouvé par hasard à regarder l’interview de l’ex-président français commentée en différé par un synergologue.

Je ne vais pas faire mon malin. Je ne savais pas ce qu’était un « synergotruc » jusqu’au moment où j’ai assisté à cette intervention édifiante, qui consistait à analyser « le non-verbal » de Nic the Tic ! D’après vous, quelle était la conclusion de cet éminent spécialiste? L’ex-président est plein d’énergie. Ah bon ? Personne ne l’avait jamais remarqué. Mais au cours de son speech le « synergogéticien » s’est aussi fendu de remarques fort instructives basées sur des mouvements de sa paupière ou de sa narine gauche (visiblement, pour le « non-verbalologue » rien à droite ne compte).

Avec un sérieux qui confine au ridicule, le « synergolique » a même affirmé qu’en tant qu’homme politique, l’ex-président pourrait avoir menti au cours de son intervention. Quoooooaaaaa ! Un politique qui ment ! Machiavel serait-il aussi « synergogéticien » ?

Bon, trêve de plaisanterie. C’est quoi le rapport avec le sujet ?

Eh bien...

Surpris par tant d’acuité, j’ai essayé d’en apprendre plus sur cette science fascinante. Non pas comme un expert, mais comme le commun des mortels, en surfant sur le web. Et j’ai découvert que cette amusante discipline était aussi utilisée face à d’autres candidats, dans le cadre de recrutements. Ce n’est pas une vraie surprise...

Certains consultants recherchent la pierre philosophale du recrutement, celle qui transformera le candidat en recrue idéale. Et le mandat en cash. Dans cet univers fort concurrentiel, ils essaient de se différencier à tout prix. Y compris en s’appuyant sur de nouvelles approches, dont certaines douteuses, comme l’astrologie, la numérologie, la morphopsychologie ou la graphologie. Et bien sûr, la synergologie.

Le recrutement est malheureusement devenu le terrain d’expérience de nombreux professeurs Nimbus nourris à la pseudo science.

Pourquoi ? La raison en est malheureusement simple. L’entreprise est tellement inquiète de trouver le « bon » candidat, qu’elle se laisse  trop facilement séduire. Et le candidat ne se plaignant jamais de ce qui se passe lors d’un entretien, il fait un excellent cobaye...

Si un recruteur a bien sûr le droit de croire en une discipline ou une pseudo science, que doit-il faire si un candidat n’y croit pas ? C’est le problème avec ces approches fortement contestables et d’ailleurs contestées.

Imaginez qu’un candidat apprenne, en surfant sur Internet, que tel cabinet – ou telle entreprise - utilise une méthode qui le dérange. Qu’il découvre que chacun de ses gestes peut être interprété selon des critères qu’il désapprouve pour faciliter un « questionnement » ? Qu’il lise que son interlocuteur peut tirer des conclusions sur « qui » il est parce qu’il se gratte l’oreille gauche. Que doit-il faire ?

Pour le candidat Nicolas, c’est simple. Si le synergologue avait été face à lui, il l’aurait soit ignoré, soit gratifié de son fameux « casse toi pov’con ! ». Mais pour le candidat lambda, les options sont bien plus limitées. Ne pas se présenter à l’entretien ? Il donne une mauvaise image de lui et loupe une opportunité. D’ailleurs, quel candidat prendra aujourd’hui le risque de s’opposer à un recruteur ? Il ne lui reste donc qu’à se présenter en se méfiant. Mais il ne sera plus naturel et le recrutement sera faussé.

Dans tous les cas, le recruteur se sera planté. …

Chers recruteurs, vous avez des droits. Mais vous avez aussi des devoirs. Soit ces techniques sont – comme je le pense - infondées, et elles ne doivent pas être utilisées. Soit elles sont – comme certains d’entre vous le défendent - fondées, et vous n’avez pas le droit de les utiliser sans demander la permission au préalable. J’ai bien dit: demander la permission, et pas uniquement informer. Mais que ferez-vous si le candidat refuse ? Comment lui garantir que votre interprétation ne s’appuiera pas sur ces pseudo techniques dans lesquelles vous avez investi?

Je vous laisse le soin de répondre en votre âme et conscience. Mais n’oubliez pas de penser aux candidats. Ils sont regardés sous tous les angles, épiés, analysés, disséqués. Cela fait partie du jeu. Mais il y a des limites. L’une est l’éthique, l’autre le ridicule.

Alors chers recruteurs, s’il vous plaît, réfléchissez-y à deux fois avant de vous laisser séduire par ces pseudo sciences qui n’apportent rien à votre valeur réelle. Au mieux,elles sont inefficaces, au pire, vous passez pour des charlatans. Je connais la difficulté de votre métier, et je sais quelle pression peut vous mettre l’entreprise pour faire toujours mieux et plus vite. Cela n’autorise cependant pas tout.

Si vous ignorez ce conseil, peut-être courrez-vous le risque qu’un jour un candidat kamikaze ose se révolter. Et qu’il réponde à l’analyse de sa paupière gauche par un signe non verbal dont vous seul pourrez m’expliquer la signification : un majeur tendu au dessus d’un poing fermé…

Maintenant vous savez. 

A bon entendeur !

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