Nicolas Hou

FONDATEUR DE COLOSSE.CH

Nicolas Hou est le fondateur de la startup genevoise Colosse, co-fondateur de l'agence web J12 et WA TO DO. Il est également bénévole en marketing/branding pour la Fondation Compétences Bénévoles.

Après quelques années dans des entreprises de renom tels que Reuters, Honda et Apple, il lance sa société dont le tout premier produit LOKI a été sélectionné et récompensé par QoQa et Bilan. L'innovation et la créativité sont une obsession chez ce genevois sino-suisse fan de TED et des nouvelles technologies.

Après sa spécialisation en Marketing Management de l'Université d'Harvard et sa certification en Leadership d'HEC Paris, il s'intéresse aux avancées bio/technologiques (transhumanisme, robotique, I.A.) qui vont impacter notre société.

Voyant arriver la vague cybernétique nous tomber dessus sans prévenir, avec les conséquences économiques et sociales qu'elle va entraîner, il ne peut s'empêcher de communiquer les bienfaits, mais aussi les dangers de ce mouvement en marche. La robotique et les intelligences artificielles sont donc les principaux sujets qu'il aborde chez Bilan… en essayant de ne pas trop vous faire peur.

Le reporting est mort, vive le reporting! ... ou le coup de pied de Valmetrics dans la fourmilière financière.

Me voici de retour pour une interview qui va en intéresser plus d'un. Aujourd'hui je souhaitais vous présenter Patrice Bendjouya - « aka Pat Ben » sur les réseaux sociaux. Fondateur de la société valmetrics.com, cette dernière s'est spécialisée dans la gouvernance financière. Il développe également le projet tableur.com, une technologie permettant de modéliser et planifier des projets complexes.

Pat Ben est l'invité parfait pour nous expliquer pourquoi les nouvelles technologies vont permettre de supprimer le reporting dans cette industrie alors que beaucoup (surtout en Suisse), y croient encore dur comme fer.

  • Pat Ben, directeur de Valmetrics

    Crédits: https://www.j12.space
  • Valmetrics.com

    Crédits: https://www.j12.space

1. Salut Pat Ben, pourrais-tu te décrire en 5 mots-clefs ?

- Entrepreneur, curieux, analytique, intègre, spirituel.

2. Quelle est ta profession?
- Je n’ai pas vraiment de profession mais plutôt une mission : celle d’amener de la transparence dans l’univers des entreprises non cotées en bourse (« private equity ») et des grands projets d’infrastructure.

J’essaie d’atteindre l’excellence dans ce qui touche à la gouvernance financière.

3. Ah? qu’est-ce que la gouvernance financière ?
- La gouvernance financière, telle qu’on la connait, est un exercice plutôt ennuyeux qui consiste à colleter et analyser de l’information financière (par exemple un compte de pertes et profits), contrôler des activités selon des règles et gérer les risques financiers associés.

En d’autres termes, il s’agit de surveiller un business ou un projet afin d’éviter de perdre de l’argent.

4. Comment fais-tu pour éviter le coté ennuyeux de la finance ?
- En limitant la création de rapports.

Le reporting est la partie ennuyeuse de la finance, surtout quand les rapports sont présentés dans des formats longs, compliqués et techniques, et c’est très souvent le cas. On a tous en tête des budgets Excel rébarbatifs voire incompréhensibles et plein d’erreurs. Pareil pour les documents PDF qui font des dizaines de pages. Qui prend encore vraiment le temps de lire des documents de plus d’une page ?

En réalité personne n’aime le « reporting » mais il est toujours très présent parce qu’il a ce côté rassurant. Dans l’inconscient collectif, si on a un rapport dans son tiroir ou répertoire, alors c’est la preuve que le travail a été bien fait et que l’on ne pourra rien nous reprocher.

Ce qui est intéressant, c’est que ceux qui demandent des rapports utilisent de plus en plus des technologies pour éviter le travail de lecture et d’analyse. L’exemple le plus connu - par le grand public - est celui des CVs. Il est tellement fastidieux de lire et d’interpréter des centaines de CVs que les recruteurs utilisent, désormais, des machines pour le faire. Et la même logique s’applique dans d’autres domaines dont la finance ou le droit.

Notre approche est différente, plus directe et plus globale. On ne cherche pas à soigner des symptômes mais à supprimer l’origine du problème, en limitant le plus possible la création de rapports et en développant l’intelligence économique et financière.

5. Peux-tu donner un exemple concret ?
- Un investisseur privé investit dans une start-up. Il souhaite, logiquement, suivre la performance de son investissement dans le temps. Il va donc demander à l’entrepreneur des rapports, souvent trimestriels, pour surveiller son investissement. De son côté, l’investisseur doit aussi prévoir de consacrer du temps à analyser ces rapports (comptabilité, planification, business plans, etc.).

Valmetrics propose quelque chose de plus simple : mesurer en continue et de manière indépendante la performance de l’entreprise. En cas de changements importants de la valeur de l’entreprise, nous prévenons l’investisseur. Il n’y a plus de rapport fait par une partie, ni lu par une autre. Le reporting est remplacé par une transparence directe, intelligente et indépendante.

Pour faire cela, on combine des ressources humaines et technologiques.

6. Comment l’humain se combine avec la technologie ?
- Il y a toujours une partie de l’information qui n’existe que dans la tête des gens et qui n’est pas dans les systèmes informatiques. Le seul moyen que nous avons pour collecter et structurer cette information est de rencontrer les personnes et d’échanger avec eux. Ce travail est donc à 100% humain. Il nécessite une très bonne connaissance du monde de l’entreprise et une qualité d’écoute.

En revanche, si l’information est déjà structurée dans des systèmes informatiques, comme par exemple des CRM (Customer Relationship Management) ou ERP (Enterprise Resource Planning), alors notre travail est beaucoup plus technologique puisque nous allons créer des connections avec ces systèmes afin de récupérer et traiter les données directement.

Dans les deux cas, il faut qu’il y ait une acceptation du principe de transparence.

7. Est-ce que c’est toujours le cas ?
- Non, la transparence - au sein d’une entreprise - est le plus grand tabou des décideurs et il ne s’agit pas d’un problème technologique. Il y a beaucoup de technologies (notamment dans le domaine de la gestion des métadonnées) qui apportent des solutions efficaces pour éliminer les silos au sein des entreprises ou des écosystèmes.

Le défi de la transparence est humain, organisationnel et culturel. Les responsables protègent l’information de manière instinctive, parfois à juste titre, parfois non.

8. Donne-moi un exemple de manque de transparence !
- Tout d’abord, quand je parle de transparence, je ne fais pas référence à la protection des données stratégiques d’une entreprise vis-à-vis de l’extérieur. Celle-ci est tout à fait légitime et souhaitable. La sécurité des données est un sujet critique et nous le traitons comme tel.

Par transparence, je fais référence à l’information qui doit circuler entre un donneur d’ordres (par exemple un financier, actionnaire, administrateur, dirigeant) et un agent qui travaille pour le compte du donneur d’ordres (ex. un directeur opérationnel ou un chef de projet).

Il arrive souvent que l’agent souhaite garder un certain flou vis-à-vis du donneur d’ordres pour éviter de révéler un manque de résultats, une incompétence ou pour protéger une situation de rente voire une fraude, dans les cas les plus rares.

Comme dit le proverbe : « quand c’est flou, il y a un loup ».

9. Quels sont les principaux avantages de la transparence financière ?
- Je pense qu’il faut faire la distinction entre 2 types d’entreprises :

Les entreprises dont l’activité repose principalement sur des savoir-faire traditionnels ou sur des relations humaines. Ces entreprises sont peu exposées à la numérisation et aux changements technologiques et moins concernées par le sujet de la transparence ou de l’utilisation des données.

Et il y a les entreprises qui sont dans un environnement compétitif et évolutif avec une pression forte aux résultats. Ces entreprises ont tout à gagner à adopter un principe de transparence pour créer une intelligence collective supérieure, à la fois humaine et technologique. On ne peut améliorer que ce que l’on peut comprendre et mesurer. Le manque de transparence est un frein à la compétitivité et au progrès.

10. Comment vois-tu l’utilisation de la technologie dans ton domaine ?
Il y a des modes technologiques et en ce moment la mode est aux tableaux de bord en ligne, visuels et interactifs. Nous utilisons également beaucoup toutes ces technologies de visualisation de données (comme Tableau, Qlik, PowerBi, SpotFire, etc..) pour faire des tableaux de bord.

L’autre grande tendance est de poser des questions (sous forme écrite ou dictée) et d’avoir une réponse automatique, sur mesure et graphique. Par exemple, une machine peut répondre à ce type de question : « quel est le chiffre d’affaires du mois de janvier en Suisse Romande pour le produit X72 ? ».

D’autres technologies, encore plus innovantes, comme celle de YellowFin, ajoutent en plus une intelligence explicative, comme s’il y avait un analyste qui expliquait les données avec des mots.

Dans un avenir proche, je pense que les tableaux de bord vont perdre de leur influence. Les décideurs seront alertés, par message textuel/visuel/audible, avec une information sur mesure qui sera juste suffisante pour prendre une décision.

L’avenir est donc à la distribution d’une information ultra minimaliste et hautement qualitative.

11. Est-ce que vous utilisez ces technologies ?
- On fait un suivi continu et une sélection des meilleures technologies sur le marché dans le domaine de la gouvernance financière et de l’intelligence économique.

On mène également nos propres développements pour automatiser le plus possible certaines tâches relatives à la mesure de performance, la valorisation d’entreprise et la planification financière.

Nous allons prochainement lancer « l’hypersheet » tableur.com, une sorte de super Excel pour modéliser et planifier, de manière robuste, les projets les plus complexes.

12. Question “on s’détend” - 2045, poussé à l’extrême, Valmetrics peut analyser, compiler et modéliser toute notre société, tu découvres alors que tu as créé Matrix. Tu coupes tout ou au contraire tu vas jusqu’au bout? Pourquoi?

- Ah ah … ce n’est pas mon ambition mais si Valmetrics pouvait créer Matrix en 2045, je n’ose pas imaginer ce que les GAFA (Google et autres) pourraient eux créer …

La Matrice, ça serait plutôt eux, nous sommes juste la pilule rouge, celle qui permet d’accéder à la réalité cachée du système.

Merci Pat Ben.

Patrice Bendjouya aka « Pat Ben »
Directeur de Valmetrics
Valmetrics.com

Nous l’avons vu, la technologie permet de vraiment de faciliter notre vie dans tous les domaines, même dans la gouvernance financière. Je pense que nous arrivons de plus en plus dans un monde ou tout devient « facile » car la partie complexe de toute activité est finalement remplacée par un robot, un software et bientôt une IA.

L’inquiétude reste bien entendu si nous ne sommes pas entrain de créer une société où nous serons tellement dépendant des nouvelles technologies que nous n’arriverons même plus à lire une carte papier (pour ne citer que l’exemple de Google map). A l’inverse, les technologies comme celles de Valmetrics permettent à plus de monde d’entrer dans un marché et d’utiliser des outils plus facilement.

:)

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