Nicolas Hou

FONDATEUR DE MINISTRY OF CUTENESS

Nicolas Hou est le fondateur de la startup genevoise Colosse, co-fondateur de project HERO et président de Ministry Of Cuteness. Après quelques années dans des entreprises de renom tels que Reuters, Honda et Apple, il lance sa société dont le tout premier produit LOKI a été sélectionné et récompensé par QoQa et Bilan. L'innovation et la créativité sont une obsession chez ce genevois sino-suisse fan de TED et des nouvelles technologies.

Après sa spécialisation en Marketing Management de l'Université d'Harvard et sa certification en Leadership d'HEC Paris, il s'intéresse aux avancées bio/technologiques (transhumanisme, robotique, I.A.) qui vont impacter notre société.

Voyant arriver la vague cybernétique nous tomber dessus sans prévenir, avec les conséquences économiques et sociales qu'elle va entraîner, il ne peut s'empêcher de communiquer les bienfaits, mais aussi les dangers de ce mouvement en marche. La robotique et les intelligences artificielles sont donc les principaux sujets qu'il aborde chez Bilan… en essayant de ne pas trop vous faire peur.

COMETS : Rui Manuel Teixeira ★ BA Business Innovation

  • Rui Manuel Teixera

    Crédits: Rui Manuel Teixera
  • BA Business Innovation

    Crédits: BA Business Innovation

Premier entretien de la série COMETS, je reçois aujourd'hui Rui Manuel Teixeira de BA Business Innovation. La fiscalité est un domaine qui sera tôt ou tard impactée par l'automatisation. Comment? C'est pour trouver des réponses que j'ai demandé à Rui, consultant indépendant dans le domaine de la finance.

Depuis 2007, Rui aide des entreprises internationales à s'établir en Suisse. Il travaille avec un groupe de professionnels et ensemble, offrent une large panoplie de services comme la gestion financière et optimisation fisacle, gestion de projets (réorganisation, implémentation de systèmes comptables et CRM), et aussi des services en logistique RH. Voici donc sa vision sur ces prochaines années.

NH. 01. Salut Rui, peux-tu te décrire à nos lecteurs en une dizaine de mots-clefs?
RMT. Drôle (ou pas selon les avis), compréhensif, ouvert, aimant, communicatif, généreux, pragmatique, rigoureux et exigeant.

NH. 02. Quel est ton métier?
RMT. Je suis de formation comptable mais j’exerce plutôt le métier de gestionnaire/meneur de projets en finance.

NH. 03. Es-tu "technologique"? Si oui, comment est-ce que tu utilises cette technologie dans ton métier?
RMT. Oui, la technologie est une part prépondérante de mon activité : mise en place d’outils de gestion d’entreprise (ERP, CRM) et la gestion de projets. Les outils que je préfère sont ceux qui me font gagner du temps et qui me permettent d’améliorer mon organisation.

NH. 04. Penses-tu qu'une intelligence artificielle (Watson, Ross...) pourrait un jour te remplacer?
RMT. Me remplacer en tant que personne, non. Me remplacer dans mon métier, oui très certainement.

D’ailleurs je pense que dès aujourd’hui une grande partie du métier de comptable peut être informatisée. Toutefois il y a une grande réticence à utiliser de nouvelles technologies. Soit par manque de connaissances, soit à cause de l’égo des cadres.
A titre d’exemple, un directeur financier d’une société cliente avait refusé de migrer vers de nouvelles technologies. Son département aurait perdu 40% des postes et il me l’a dit clairement : « Si je fais cela ma hiérarchie va questionner mon poste et je risque de le perdre. »

NH. 05. Au niveau fiscal, que penses-tu de l'idée de Bill Gates (et plus localement Xavier Oberson) de taxer les robots?
RMT. Absolument pas. Les « Paradise Papers » ont encore démontré que les législations fiscales sont trop différentes d’un pays à l’autre. Les entreprises iraient s’installer dans un pays avec une législation plus avantageuse.

Par contre, en lieu et place d’un impôt, je suis en faveur que chaque entreprise qui remplace un humain par un robot soit responsable de financer une reconversion. Une sorte de « forfait de licenciement » avec un montant minimum à verser, non dépendant des années de service.

NH. 06. Nous voyons en ce moment beaucoup d'états qui veulent leur indépendance (Catalogne, Ecosse, Flandre...) souvent pour des questions patriotiques ou d'égo (et donc humaines). Que penses-tu de l'idée d'avoir une IA impartiale à la tête d'un état?
RMT. Pourquoi penser qu’une IA serait impartiale ? Selon quels critères serait jugée l’impartialité ? Qui rédigerait le code de bonne conduite de l’IA ?

Créer une « ONU » de l’IA ? On remarque déjà que les ONG comme l’ONU sont opaques (voir plus) et gérées par des intérêts qui ne sont pas compatibles avec la mission originale de l’organisation.

Selon ce que j’ai lu il y aura de multiples formes de IA. De la même manière qu’un humain, les machines dotées de IA développeraient leur propre « personnalité ». Une mère, un père, un professeur, influencent un enfant, le créateur d’une IA lui inculquera forcement ses propres valeurs.

En résumé, je ne pense pas qu’une IA soit la solution idéale pour gouverner.

NH. 07. Lorsque les robots seront capables de fabriquer le même produit dans n'importe quel pays avec la même qualité, quel intérêt alors pour les entreprises de rester en Suisse si la fiscalité est meilleure ailleurs?
RMT. A mon avis cela fait longtemps que la fiscalité n’est plus un facteur décisif en Suisse. C’est plutôt le fait que les autorités fiscales soient ouvertes au dialogue avec les entreprises d’une certaine dimension internationale et qui ne sont pas (encore) établies en Suisse.

Dans les circonstances décrites, je pense qu’une entreprise suisse aurait intérêt à aller voir ailleurs, pas nécessairement une entreprise étrangère.

Je m’explique : avant leur implantation en Suisse les entreprises étrangères s’attachent les services de consultants, style Big 4 ou d’importants cabinets d’avocats, qui ont les bons leviers au sein des autorités fiscales et gouvernementales. Ceci est quasi impossible à l’étranger et n’est que rarement accessible aux entreprises suisses.

NH. 08. En tant qu'indépendant/entrepreneur, comment vois-tu l'avenir du travail de manière général?
RMT. Au contraire de beaucoup de personnes, je ne vois pas l’IA comme une menace. Pas directement en tout cas. Ce qui me préoccupe le plus c’est la consolidation qu’il y a dans tous les domaines et qui à terme risque d’éliminer tous les artisans et entrepreneurs.

NH. 09. Quel type de travail conseillerais-tu à des adolescents qui vont bientôt devoir choisir un métier?
RMT. Mon fils étant adolescent c’est une problématique que je connais… Bien évidemment il faut faire quelque chose qui nous plait… et il faut être prêt à évoluer.

Je crois qu’aujourd’hui il faut rester flexible et ne pas avoir peur de tester plusieurs voies, et même de combiner plusieurs formations et post-formations car la formation continuelle (et non continue) sera à mon avis indispensable.

Pour mes enfants, j’aimeraient qu’ils partent voyager, découvrir le monde, apprendre des langues étrangères et s’ouvrir l’esprit. Après on verra…

NH. 10. On te propose un Revenu Inconditionnel de Base suffisant pour vivre (loyer, manger, soins, etc). Que fais-tu de ton temps?
RMT. Je reprendrais des études et pendant les vacances je partirais voyager et prendrait sur mon temps pour construire des écoles dans des pays moins favorisés qu’ici.

NH. 11. Je t'offre l'immortalité en te "téléchargeant" dans un monde 3D idéal (à la Matrix) ou en restant dans notre monde physique mais dans le corps d'un robot parfaitement identique à un humain visuellement (à la Bladerunner). Tu acceptes? Pourquoi?
RMT. La seule condition pour laquelle j’accepterai et si mes enfants ont encore besoin de moi car ils ne sont pas encore adultes. Ils sont ma seule mission. Bien évidemment je voudrais vivre le plus longtemps possible, mais une fois mon cycle « humain » terminé, je ne voudrais pas rester sous forme robotique…

NH. - Question “on s’détend…” - A quoi va ressembler la fiscalité sur Mars?
RMT. Si l’Homme colonise Mars, ou une autre planète, j’espère qu’il en fera un monde meilleur pour tous… Donc, pas d’impôts, pas de dîme, pas de taxes, car cela serait un monde d’échange.

NH. Merci Rui

Rui Manuel Teixera
BA Business Innovation
www.babusinessinnovation.com

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Nous l'avons vu, les domaines touchés par l'IA et la robotique ne se résument pas uniquement aux "cols bleus" mais également à des métiers plus complexes tels que ceux qui gèrent la fiscalité. Taxer les nouvelles technologies pour que l'humain puisse en profiter est une solution qui prend de l'ampleur. Cependant, dans une société entièrement robotisée qui ne produit plus de valeur financière, où irons-nous chercher cette taxe? Serait-ce alors l'aube de la mort de l'argent tel qu'on le connait? Quelle est la valeur d'une voiture si cette dernière a été 100% produite sans l'intervention d'un humain? Aurons-nous même besoin de la fiscalité? Nous ne parlons pas juste d'un métier qui disparaitrait mais de tout un concept devenu obsolète. Rui nous a démontré que l'on peut cependant voir l'avenir de manière positive et cela, tout en sachant que son activité risque de disparaître. 

Et vous? Qu'en pensez-vous? N'hésitez pas à intervenir dans les commentaires, je reste à disposition pour répondre avec l'aide de Rui.

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