Nicolas Hou

FONDATEUR DE COLOSSE.CH

Nicolas Hou est le fondateur de la startup genevoise Colosse, co-fondateur de project HERO et président de Ministry Of Cuteness. Après quelques années dans des entreprises de renom tels que Reuters, Honda et Apple, il lance sa société dont le tout premier produit LOKI a été sélectionné et récompensé par QoQa et Bilan. L'innovation et la créativité sont une obsession chez ce genevois sino-suisse fan de TED et des nouvelles technologies.

Après sa spécialisation en Marketing Management de l'Université d'Harvard et sa certification en Leadership d'HEC Paris, il s'intéresse aux avancées bio/technologiques (transhumanisme, robotique, I.A.) qui vont impacter notre société.

Voyant arriver la vague cybernétique nous tomber dessus sans prévenir, avec les conséquences économiques et sociales qu'elle va entraîner, il ne peut s'empêcher de communiquer les bienfaits, mais aussi les dangers de ce mouvement en marche. La robotique et les intelligences artificielles sont donc les principaux sujets qu'il aborde chez Bilan… en essayant de ne pas trop vous faire peur.

COMETS : Juliette Sallin ★ Gang Of Freyja

  • Gang of Freyja

    Crédits: Gang of Freyja
  • Crédits: Gang of Freyja
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Deuxième entretien de la série COMETS sur ce que pense le “Commun des Mortels” sur l’intelligence artificielle, la robotique (et les nouvelles technologies de manière générale). Aujourd’hui c’est Juliette Sallin de "Gang of Freyja" qui s’y colle. Designer textile de formation et artiste papier, Juliette a fondé Gang Of Freyja en 2016 à Genève. Son studio propose des objets d’art en papier découpé avec l’intention de transmettre la vision d’une Nature poétique et magique. Parfois un peu stylisées ou abstraites, les formes expriment toujours l’esprit d’une plante ou d’un animal. Gang Of Freyja c’est aussi la volonté de mettre en avant la qualité du savoir-faire avec une production en mode slow, c’est-à-dire une petite collection d’objets d’art, mise à jour 3 à 4 fois par an et entièrement crée dans l’atelier de l’artiste. Voici donc ce que pense Juliette de ce qui va nous tomber sur la tête.

01. NH - Salut Juliette, peux-tu te décrire à nos lecteurs en 10 mots-clefs?
JS - Salut Nicolas! je me décrirais comme ceci: créative, idéaliste, naturophile, sensorialiste, manuelle (ET cérébrale), contemplative, intuitive, authentique, attentive et sélective.

02. NH - Quel est ton métier?
JS - Je suis paper artist et créatrice du label Gang of Freyja. Je travaille le medium papier comme une illustration que je peux manipuler, tenir entre mes mains avec l'objectif de transmettre mon idée du beau et du poétique dans la Nature. Je m'applique à créer des objets visuels et tactiles comme un moyen de reconquête de notre lien inné avec l'environnement.

03. NH - Dans un monde de plus en plus digitalisé, pourquoi le papier?
JS - Eh bien, dans une vie antérieure, j'étudiais et travaillais sur le digital. J'ai une formation en design textile avec une spécialisation dans les nouveaux médias (on est dans les années 2000, on est en plein dans l'Art intéractif, les expérimentations artistiques avec l'Arduino, etc...). Mon but était d'explorer et expérimenter des nouvelles esthétiques dans le textile à travers le nouveau langage digital. D'une certaine manière je voulais amplifier nos expériences sensorielles du textile grâce, par exemple, au design génératif et à l'impression 3D. Et puis, je me suis rendue compte que je passais beaucoup plus de temps que prévu devant l'ordinateur que réellement sur le produit physique, qui n'était au fond que la finalité de mon travail. La fin ne justifiait pas les moyens pour moi qui ai besoin d'un contact constant avec la matière. Et me voici après quelques années en plein dans la tactilité, à teindre, texturer, couper, manipuler le papier. Un vrai engagement du corps et non plus seulement de l'esprit.

04. NH - Penses-tu faire partie d'une tendance ou plutôt d'une espèce en voie de disparition?
JS - Ahhh je pencherais plutôt pour la tendance, mais qui se répète dans l'Histoire. Le mouvement Arts and Crafts, initié au Royaume Unis à la fin du XIX ième siècle, mettait en avant la ré-apropriation des techniques de l'artisanat et la valeur de l'unique comme réponse face à l'angoisse que provoquait l'industrialisation de masse. Considéré passéiste par certains, je pense surtout que ce mouvement a permis une vraie reflexion par rapport à la valeur du travail des êtres humains et leur épanouissement professionnel. Grâce à de telles reflexions, quelques décennies plus tard, le mouvement Bauhaus proposait certes une industrialisation des objets, mais y insufflait surtout l'intelligence artistique et artisanale de ses partisans. De même, aujourd'hui, devant la production de masse, nous sommes beaucoup à reprendre un métier manuel, et je pense que cette tendance fait réfléchir quant à l'absurdité de certains métiers d'aujourd'hui mais aussi que la réalisation de soi passe aussi par un travail ayant du sens.

05. NH - On avait prédit la disparition des livres papier avec l'e-book or il y a toujours une demande pour ce support physique. Pourquoi à ton avi?
JS - Je ne pense pas qu'on puisse effacer une relation avec cet objet en quelques années. Autant je pense que l'e-book peut être un gain de place génial lorsque que l'on part en en vacances, autant je ne pense pas qu'il puisse remplacer le plaisir de tenir un livre dans la main. Je pense aussi à mon plaisir d'aller en librairie, de sentir l'odeur des nouveaux livres, admirer les couvertures, feuilleter les ouvrages; j'en serais nostalgique s'il cela n'existait plus.

06. NH - Es-tu "technologique"? Si oui, comment est-ce que tu utilises cette technologie?
JS - Oui, j'adore la technologie, je l'utilise juste différemment aujourd'hui . Les réseaux sociaux, surtout Instagram, m'aident beaucoup à promouvoir mes activités artistiques et mes clients me connaissent principalement par ce biais. Mon business model serait totalement différent si je n'utilisait pas Instagram! Sinon, du point de vue de ma pratique artistique, pour la réalisation de certaines formes en papier, j'utilise une machine à découper électronique, qui lit aussi les dessins vectoriels que je lui envoie. En fait, la différence d'utilisation des technologies par rapport à mon ancien métier, est qu'aujourd'hui, au lieu d'être l'unique génératrice de contenu de mon travail, elle est au service de mon activité et elle m'aide à m'engager encore plus loin dans mon travail artistique.

07. NH - Nous savons maintenant que la technologie (IA, Mégadonnées, Robotique...) va de plus en plus s'introduire dans nos vies. Es-tu plutôt optimiste ou pessimiste sur notre future?
JS - Je n'arrive pas à me décider entre l'angoisse un peu irrationnelle d'être totalement submergée et contrôlée par elle et l'impatience enfantine face à la "magie" de ces nouveautés. Par exemple, je trépigne à l'idée de découvrir ce que la communication téléphonique sera demain avec l'intégration d'un troisième sens, comme le toucher ou l'odorat!

08. NH - En tant qu'indépendant/entrepreneur, comment vois-tu l'avenir du travail de manière général?
JS - Peut-être que l'on deviendra tous entrepreneurs! (nda. coïncidence, Bilan publie aujourd'hui l'article "Le freelancing a le vent en poupe"!) Mais plutôt solo-entrepreneurs, et certainement de plusieurs activités! On le voit déjà maintenant, des gens s'inventent des métiers sur mesure, et gèrent plusieurs projets différents, et tout cela en voyageant! Par contre j'espère enfin qu'en Suisse on considérera les artistes comme des personnes exerçant un vrai métier. Ce n'est pas forcément viable pour un artiste de compter seulement sur des bourses ou résidences pour pouvoir vivre de son art. Après tout, notre travail est d'utilité publique, nous rendons la vie plus belle, nous faisons réfléchir, débattre, des choses essentielles pour une société saine. Et contrairement aux idées reçues, nous travaillons d'arrache-pied et ne comptons jamais nos heures!

09. NH - Que fera la génération née aujourd'hui dans 20-30 ans comme travail?
JS - Comme beaucoup de métiers vont certainement être remplacés par des robots, seuls ceux exigeant une vraie capacité de réflexion, d'empathie, de curiosité et de créativité resteront l'exclusivité des humains. C'est certainement une bonne chose, mais je me demande de quelle manière nous allons remplacer ces emplois?

10. NH - On te propose un Revenu Inconditionnel de Base suffisant pour vivre (loyer, manger, soins, etc). Que fais-tu de ton temps?
JS - Ah voilà peut-être une des solutions à mon interrogation! Sinon, personnellement, comme je travaille par vocation et non pas par obligation, je ferais exactement la même chose qu'aujourd'hui, c'est à dire, travailler sur mes projets artistiques! Ceci dit, je remplacerais peut-être mon day job d'aujourd'hui par du bénévolat pour des associations luttant pour la protection de l'environnement. J'ai toujours eu envie de le faire et mon travail artistique est lié à ce thème.

11. NH - Je t'offre l'immortalité en te "téléchargeant" dans un monde 3D idéal (à la Matrix) ou en restant dans notre monde physique mais dans le corps d'un robot parfaitement identique à un humain visuellement (à la Bladerunner). Tu acceptes? Pourquoi?
JS - Non, je n'accepterai sous aucun prétexte! je préfère laisser mon corps mourir et mon âme rejoindre la Conscience Universelle, c'est tellement plus beau...

Question “on s’détend…” - NH - Des extras-terrestres pacifiques débarquent sur notre planète et ô coïncidence, tu es la première personne sur qui ils tombent. Comment leur décrirais-tu notre société?
JS - Ahhh... que répondre! D'un côté, nous inventons des métiers et des objets qui nous aliènent de notre environnement naturel et engourdissent nos sens, et de l'autre, consciemment ou pas, nous essayons par tous les moyens de nous rapprocher de la Nature, en adoptant un chien, en s'occupant de nos plantes d'intérieur...Nous sommes de magnifiques êtres paradoxaux!

NH. Merci Juliette

Juliette Sallin
Gang of Freyja
www.gangoffreyja.com/

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Etre amoureux du tangible ne nous empêche pas d’embrasser le digital pour autant. Juliette de Gang of Freyja nous le démontre avec beaucoup de pragmatisme. Nous avons tous le souvenir d’aller à l’école avec 2 tonnes de livres dans nos cartables et si la digitalisation peut alléger les sacs d’école des futures générations, pourquoi pas. Il ne faut cependant pas oublier pour autant notre perception des matières qui éveillent nos sens, partie inévitable de notre apprentissage de la vie. Je suis encore de cette génération qui prenait ses notes à l’Université avec un crayon et du papier or, nous voyons aujourd’hui que le laptop (et autres tablettes) a plutôt remplacé les cahiers. Nous le savons maintenant que ce n’est pas forcément une bonne chose car en écrivant, il a été prouvé que nous retenons mieux l’information (merci à nos muscles qui possèdent également une mémoire).

La technologie peut rendre notre vie plus facile, certes. Cependant, à tout digitaliser, nous risquons de perdre une partie de notre humanité. A nous, en tant que parents, entrepreneurs, professeurs, etc, de ne pas faire oublier à nos enfants qu’une poignée de main vaut plus qu’un message Whatsapp.

Et vous? Qu'en pensez-vous? N'hésitez pas à intervenir dans les commentaires, je reste à disposition pour répondre avec l'aide de Juliette.

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