Nicolas Hou

FONDATEUR DE MINISTRY OF CUTENESS

Nicolas Hou est le fondateur de la startup genevoise Colosse, co-fondateur de project HERO et président de Ministry Of Cuteness. Après quelques années dans des entreprises de renom tels que Reuters, Honda et Apple, il lance sa société dont le tout premier produit LOKI a été sélectionné et récompensé par QoQa et Bilan. L'innovation et la créativité sont une obsession chez ce genevois sino-suisse fan de TED et des nouvelles technologies.

Après sa spécialisation en Marketing Management de l'Université d'Harvard et sa certification en Leadership d'HEC Paris, il s'intéresse aux avancées bio/technologiques (transhumanisme, robotique, I.A.) qui vont impacter notre société.

Voyant arriver la vague cybernétique nous tomber dessus sans prévenir, avec les conséquences économiques et sociales qu'elle va entraîner, il ne peut s'empêcher de communiquer les bienfaits, mais aussi les dangers de ce mouvement en marche. La robotique et les intelligences artificielles sont donc les principaux sujets qu'il aborde chez Bilan… en essayant de ne pas trop vous faire peur.

COMETS : Anne Emery-Torracinta ★ Conseillère d'État

Fin de cette série politique sur les nouvelles technologies avec Madame la Conseillère d'Etat Anne Emery-Torracinta, responsable du Département de l'Instruction Publique et membre du Parti Socialiste. Le sujet est particulièrement sensible lorsque l'on voit à quelle vitesse la technologie avance et lorsqu'on a la responsabilité de forger les nouvelles générations, c'est tout notre futur qui est en jeu.

A quoi devrait ressembler l'école et la formation de dem... de tout-à-l'heure? Comment pouvons-nous anticiper les métiers qui vont disparaître et donc... par corrélation, les formations qui vont avec? Voici ce que pense la Conseillère d'Etat fraîchement réélue.

01. NH - Bonjour Mme Torracinta, pourriez-vous vous décrire à nos lecteurs?

AET - Deux événements, en 1968, ont contribué à ce que je suis: les images des enfants victimes de la famine au Biafra et la révolte étudiante à Paris où j’habitais. Je n’avais que 10 ans, mais cela a forgé mes convictions: les injustices sont inacceptables, les plus fragiles doivent être protégés et chacun doit s’engager pour changer le cours des choses. Ce que j’ai fait toute ma vie, notamment pour les personnes handicapées. Devenir enseignante était également une évidence pour moi, car je crois au rôle fondamental de l’école et de l’éducation pour permettre à chacun de trouver sa place et transmettre les valeurs de solidarité essentielles à la cohésion sociale. Mon mandat de conseillère d’Etat à la tête du DIP s’inscrit dans la continuité de mes engagements pour que chacune et chacun trouve sa place dans la société.

   

02. NH - Êtes-vous "technologique"? Si oui, comment est-ce que vous utilisez cette technologie dans votre activité?

AET - Bien sûr, j’utilise des technologies numériques au quotidien, comme tout le monde. En tant qu’enseignante, j’ai toujours beaucoup utilisé avec mes élèves  les ressources d’internet comme support pédagogique. Il faut aussi voir le web comme un formidable outil d’accès au savoir, une sorte de bibliothèque universelle.

 

03. NH - L’éducation, comme énormément de secteurs, est en plein bouleversement numérique. Pensez-vous que l’école du 20ème siècle ait fait son temps?

AET - L’école s’est toujours adaptée au besoin de la société et de l’économie. Il n’en va pas autrement aujourd’hui. Nul doute que l’école va changer ces prochaines décennies. Au DFJ, nous réfléchissons à l’école de 2050 afin d’anticiper les évolutions nécessaires.

 

04. NH - Nous voyons beaucoup apparaître des écoles alternatives et le privé, de manière général, est en train de monter en puissance en utilisant les nouvelles technologies: est-ce un signe de l’échec de l’école publique?

AET - A Genève, l’école publique utilise les nouvelles technologies. Mon département, le DFJ a déjà déployé près de 9000 tablettes dans les écoles primaires. Pratiquement toutes les classes sont désormais équipées de tableaux numériques. Nous travaillons aujourd’hui sur la mise en œuvre d’un concept d’école numérique à grande échelle. Si certains considèrent que la Suisse est plutôt en retard sur des pays concurrents en matière d’école numérique, l’école publique genevoise est plutôt en avance en comparaison intercantonale.

 

05. NH -  Énormément de parents de la Silicon Valley privilégient l’école à la maison (home schooling) plutôt que l’école traditionnelle car ils pensent que celle-ci ne prépare pas assez bien les enfants au monde futur. En même temps, ils veulent les éloigner des écrans... Qu’en pensez-vous?

AET -  L’histoire des parents « Low-Tech » de la Silicon Valley est très largement une légende urbaine montée à partir de quelques cas particuliers… Mais pour répondre à votre question, je pense que l’école n’est pas seulement le lieu de l’instruction. C’est aussi un lieu de sociabilisation important pour le développement des enfants. Ce qui est sûr, c’est que les écrans ne sont pas bons à mettre entre les mains des enfants à tout âge. Le psychiatre et psychologue Serge Tisseron a proposé des règles qui peuvent aider les parents. Néanmoins, à l’école, le numérique offre un potentiel très important pour développer les capacités d’apprentissage, l’autonomie et la créativité des élèves, pour autant qu’il soit utilisé à bon escient et encadré par des enseignants formés.

 

06. NH - Il existe aujourd’hui des startups comme PARLAY - https://parlayideas.com/why-di... veulent utiliser la technologie pour pouvoir mieux faire participer les élèves en classe. Est-ce que l’Etat devrait s’associer à ces startups pour moderniser l’école ou peut-elle le faire seule?

AET - Le meilleur moyen de faire participer les élèves en classe reste et restera toujours la relation pédagogique avec un enseignant qui sait développer leur curiosité et leur envie d’apprendre. La technologie ne doit pas et ne peut pas prendre ce rôle. Cela dit, toutes les collaborations avec le secteur privé peuvent être envisagées tant que les valeurs de l’école publique restent au centre.

 

07. NH - De plus en plus d’adultes se forment via les MOOC. Est-ce que l’école pourrait utiliser la même technologie pour les jeunes (tout en gardant l’aspect social avec les activités extrascolaires) afin de pallier au manque de places physiques et de professeurs?

AET - Oui, mais dans une certaine mesure, comme moyen complémentaire, pour diversifier les approches et mieux respecter les rythmes d’apprentissage des élèves. Certaines classes des degrés secondaires au DFJ expérimentent déjà le modèle de la « classe inversée » : les élèves suivent des cours filmés en vidéo – ainsi chacun peut revoir autant de fois que souhaité une séquence pour apprendre – puis le temps avec l’enseignant est consacré à une interaction beaucoup plus riche sur les questions ou débats que suscitent le cours.

 

08. NH - Il est maintenant fréquent de changer plusieurs fois de métier dans sa vie, contrairement aux anciennes générations qui faisaient le même travail pendant 40 ans. L’école ne devrait pas plutôt enseigner des compétences soft-skills universelles plutôt qu’une éducation basée sur des disciplines techniques?

AET - Les compétences de base  - lire, écrire, compter – restent des outils nécessaires pour maîtriser l’acquisition de tous les autres savoirs. A cela s’ajoutent maintenant des compétences numériques pour comprendre, utiliser et aussi poser un regard critique sur les technologies qui transforment le monde. Il est clair que la capacité à créer, innover, s’adapter et apprendre tout au long de la vie doit être maintenant au cœur des apprentissages. Cela nécessitera sans doute de travailler autrement, par projet et avec plus de transversalité.

 

09. NH - Nous vivons maintenant dans une société où nous avons tout le savoir dans notre poche (et bientôt avec des lunettes). Est-ce qu’apprendre des dates ou des lieux à l’école aura encore un sens dans quelques années?

AET - Oui. Vous savez comme moi que l’apprentissage est une gymnastique de l’esprit. Il y aura toujours besoin de comprendre les systèmes, de savoir comment la machine a fait pour atteindre un résultat.

 

10. NH - Avec sa société Neurolink, Elon Musk veut intégrer un processeur dans notre cerveau pour pouvoir « tenir la route » face à une intelligence artificielle. Si cela se concrétise et que nous aurons toute cette connaissance directement accessible, devrons-nous encore nous former et apprendre?

AET - Je pense qu’il est faux de mettre en compétition l’intelligence humaine et artificielle. La plasticité de notre cerveau ne sera probablement jamais égalée par une machine, en revanche, nous n’aurons jamais la même capacité de stocker et d’analyser les informations qu’un ordinateur. La forme de transhumanisme développée par certains patrons de la Silicon Valley peut être une utopie dangereuse. Oui, il faudra évidemment toujours se former et apprendre, notamment pour concevoir, utiliser et maîtriser les intelligences artificielles….

 

11. NH - Dans certaines classes à Singapour, le professeur est remplacé par un robot pour les enfants. Qu’en pensez-vous? - https://www.ft.com/content/f3cbfada-668e-11e7-8526-7b38dcaef614

AET - Le rôle de l’enseignant est irremplaçable. On se souvient tous d’un enseignant qui a su développer notre envie d’apprendre ou a fait naître une vocation. La conquête du savoir est et reste avant tout une aventure humaine.

 

Question "on s'détend". NH - La société Google vous approche et vous offre un budget illimité pour moderniser l’école à Genève (infrastructure, salaires professeurs, formations, ordinateurs etc...). Vous acceptez le partenariat?

AET - Ce qui pose problème n’est pas la gratuité de la prestation, mais les conditions auxquelles elle nous est offerte. Rien n’est jamais « gratuit » dans un tel partenariat. De plus, il faudrait en particulier tenir compte également de deux critères: la capacité à récupérer facilement et intégralement les données traitées et le respect absolu de la protection de ces données, en particulier si elles concernent les élèves et sont sensibles.

NH - Merci Anne Emery-Torracinta!

Anne Emery-Torracinta
Conseillère d'État
emery-torracinta.ch/

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On l'a toujours dit, les suisses sont des pragmatiques. Nous prenons notre temps mais nous pensons long terme. L'éducation et la formation font face à des défis encore jamais vus. Notre modèle post-industrialisation commence à vraiment à s'essouffler avec toujours cette contrainte de donner au plus grande nombre une éducation de qualité.

Le succès d'écoles et centres de formation privés montre que la population ne semble plus vraiment convaincu par le dénominateur académique commun. Tout comme la santé, l'école à deux vitesses va prendre de plus en plus d'importance.

Et vous? en tant que parent, comment voyez-vous l'avenir scolaire de vos enfants?

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