Nicolas Hou

FONDATEUR DE COLOSSE.CH

Nicolas Hou est le fondateur de la startup genevoise Colosse, co-fondateur de l'agence web J12 et WA TO DO. Il est également bénévole en marketing/branding pour la Fondation Compétences Bénévoles.

Après quelques années dans des entreprises de renom tels que Reuters, Honda et Apple, il lance sa société dont le tout premier produit LOKI a été sélectionné et récompensé par QoQa et Bilan. L'innovation et la créativité sont une obsession chez ce genevois sino-suisse fan de TED et des nouvelles technologies.

Après sa spécialisation en Marketing Management de l'Université d'Harvard et sa certification en Leadership d'HEC Paris, il s'intéresse aux avancées bio/technologiques (transhumanisme, robotique, I.A.) qui vont impacter notre société.

Voyant arriver la vague cybernétique nous tomber dessus sans prévenir, avec les conséquences économiques et sociales qu'elle va entraîner, il ne peut s'empêcher de communiquer les bienfaits, mais aussi les dangers de ce mouvement en marche. La robotique et les intelligences artificielles sont donc les principaux sujets qu'il aborde chez Bilan… en essayant de ne pas trop vous faire peur.

Allô docteur? Mon entreprise a pris froid...

Aujourd'hui, je reçois non pas un, mais deux fondateurs: Caroline Boutillon-Duflot et Arnaud Cuilleret. Difficile de résumer en quelques phrases ces deux entrepreneurs enthousiastes, parlons donc plutôt du duo. Elle, CFO/COO avec une expérience à faire pâlir n'importe quel exécutif et lui, psychologue de formation avec un passé professionel dans le monde des RH. Une chose est sûre, j'avais l'impression d'avoir devant moi le "dynamic duo" (je ne dirai pas qui est Batman)! En tout cas cela fonctionne, les réponses fusaient au tac au tac et la passion pour leur nouvelle aventure était tellement palpable que j'aurais pu la découper à la tronçonneuse.

Bref, plaisanterie à part, nous avons à faire à du lourd: Caroline et Arnaud ne sont pas moins les gagnants du Hackathon 2020 de l'Open Geneva Crowdsupport. Leur projet? Un docteur pour votre entreprise avec une analyse (on dit "check-up") de la bonne (ou mauvaise) santé d'une PME pour une fraction du coûts d'un audit d'un gros corporate en costard-cravate. Le jargon est bien étudié et la communication efficace... mais ça ne s'arrête pas là, Caroline et Arnaud ont réussi à trouver la formule magique pour diagnostiquer les PMEs sans les brusquer.

  • Caroline Boutillon-Duflot et Arnaud Cuilleret · 2020

    Crédits: Natalie Joray
  • Bilan Santé PME

1. Bonjour Caroline et Arnaud, pourriez-vous vous décrire en quelques mots-clefs?

Caroline - enthousiaste, exigeante, analytique, créative, curieuse

Arnaud - pragmatique, empathique, ethique, engagé, passionné

2. Quel est votre métier?

Caroline - cheffe d’entreprise en apprentissage :-), ex-CFO/COO

Arnaud - entrepreneur, consultant RH, psychologue

3. Parlons de la santé d’une PME. Cela demande de la data, beaucoup de data... big data?

Caroline - qui dit data, dit avant tout collecte et traitement. Pour récupérer de la data chiffrée, il faut d’abord avoir la confiance du dirigeant : on va donc surtout interroger sur les tendances, moins engageantes. La data qualitative est plus facile à obtenir, par des questions ciblées, en recherchant sur le net ou lors d’observations sur place : la difficulté, cela va être de la trier à bon escient et de la qualifier correctement. 

Arnaud – Notre outil est basé sur un algorithme qui traite de données sur la PME. L’objectif est d’apporter une sorte de « screenshot » de l’entreprise pour l’aider à cibler les actions à mettre en place pour agir vite.

4. Ah, j’ai entendu le mot « algorithme »..., vous êtes dans de la technologie pure et dure?

Caroline - Nous avons listé plus 120 questions pour faire le bilan 360° d’une PME, et retranscrit nos analyses des réponses en une suite de règles pour qu’elles puissent être exécutées par le programme. Les questions sont incrémentales, certaines réponses ouvrent ou ferment des modules de questions. Les réponses donnent des points négatifs ou positifs pour plusieurs facteurs, et elles sont pondérées. Nous vérifions aussi des combinaisons de réponses qui importent les valeurs attribuées pour certains facteurs. La mécanique est de la pure technologie, mais le contenu est foncièrement humain : ce que nous traitons, c’est la perception du dirigeant, et comment nous la percevons.

Arnaud – Il s’agit d’un traitement basé sur l’auto-analyse du dirigeant, croisé avec notre matrice d’analyse. Mais nous allons plus loin pour apporter une réponse qualitative en réalisant en plus une analyse humaine. Ce n’est pas juste du big data, c’est un croisement d’analyse de data, de traitement informatif et humain de la PME.

5. La psychologie/perception du dirigeant semble primordiale. Quel est le ratio techno vs humain?

Caroline - Nous traquons les dissonances, à la fois entre les réponses du dirigeant, entre les réalités des associés entre eux, ou entre la direction et les équipes dans le second volet de notre outil.

Arnaud – Une entreprise génère des comportements avant de générer des résultats. Il est donc important de prendre en compte cette dimension psychologique. Mais souvent le dirigeant de PME est pris dans son opérationnel, doute même parfois de la véracité d’une approche « psy ». Bilan Santé PME propose pour cela de s’appuyer sur une mesure perceptuelle. Il est important de pouvoir poser une mesure pour savoir ce qu’il doit être amélioré et être efficace. Nous avons Caroline et moi développé, sur la base de nos expériences, une approche qui nous permet de poser les bonnes questions. Notre algorithme nous aide et apporte un vrai gain pour le dirigeant. L’autre valeur ajoutée repose sur le travail humain qui est à faire..

6. Est-ce que l’on peut parler de « Thérapie du CEO »?

Caroline - Plutôt thérapie de la PME que thérapie du CEO. Le patient c'est la PME, et son représentant légal est le CEO : comme un parent pour son enfant. On propose de prévenir, traiter, soigner ou soulager les dysfonctionnements (« maladies ») de la PME, que les difficultés soient stratégiques, économiques, organisationnelles, humaines et environnementales. Nos recommandations sont autant de traitements possibles, que le CEO doit comprendre et accepter pour que les chances de succès soient maximales. Nous voulons être le médecin de famille de la PME pour le CEO, en assurant un check up général de son organisation et en travaillant en confiance, sur la durée avec lui.

Arnaud – Bilan Santé n’est pas là pour être le thérapeute du CEO. En revanche, nous nous positionnons sur une approche diganostique pour l’aider à traiter ses douleurs, à prévenir celles qu’il ne voit pas… Ce qui compte c’est notre posture. En effet, comme vous le savez il y a plusieurs types de médecins : certains sont très techniques, d’autres plus humains. Or des études récentes montrent que ceux qui savent faire preuve d’une réelle empathie, de bienveillance authentique, le patient réagit mieux au traitement(même si la nouvelle est mauvaise. L’autre point important est notre approche : nous arrivons pas avec une méthode, rigide et souvent pas adaptable. Bilan Santé PME propose un modèle intégratif où nous associons différents outils et méthodologies pour l’adapter à chaque situation comme peut le faire par exemple la psychologie intégrative dans son domaine.

7. Vous êtes en ce moment en mode crowdfunding, pourquoi?

Caroline - Nous nous sommes rencontrés lors du Resilience Hack organisé par Open Geneva en juin et avons été coup de coeur du public. Le crowdfunding était la suite logique du Hackathon, cela nous a semblé une évidence d’y participer, même si ce type de campagne est peu utilisé en B to B. Notre objectif de 7’500 CHF nous permet de gagner en visibilité et d’offrir gratuitement le diagnostic Bilan de Santé PME à 30 entreprises en difficulté. Si nous le dépassons, cela nous permettra de développer l’industrialisation de notre outil pour maximiser notre impact.

Arnaud – Nous avons une belle histoire avec Bilan Santé PME qui a débuté il y a quelques mois maintenant. Nous avons su faire converger nos expertises pour construire un outil vraiment puissant. L’intérêt du crowdsupport est de nous permettre d’affiner nos étalonnages, tester nos hypothèses et être rapidement sur le marché.

Maintenant que Bilan Santé PME existe et commence à se déployer, nos valeurs, nos convictions, mais aussi la réalité que nous vivons avec la crise montre que de nombreuses PME sont en difficulté. Notre projet prévoit donc de développer, à coté de Bilan Santé PME, une structure associative que nous avons appelé PME Solidaires. Cette structure aura pour vocation, à terme, d'aider les plus en difficulté afin de les aider à faire face.

8. Compétences humaines avec outils technologiques... parle-t-on d’augmentation (transhumanisme) ou de délégation (A.I. etc)?

Caroline - La science est le bras armé de l’homme et ne le remplacera pas, elle l’augmente. La transition, c’est de changer nos méthodes traditionnelles de conseil en gestion basées sur des heures consultants pour les rendre accessibles au plus grand nombre avec un outil d’aide à la décision étalonné qui intègre les meilleures pratiques. Le savant dosage de notre Bilan Santé PME, c’est 80% de classement et traitement automatisés d’une part, et 20% de valeur ajoutée avec le ressenti, l’analyse libre et la nuance humaine d’autre part.

9. Donc, peut-on imaginer dans 10-15 ans qu'une AI pourrait remplacer ce 20% humain?

Caroline - Nous adapterons notre outil pour qu’il s’adapte aux évolutions. Mais quelle que soit la manière dont l’homme paramètre une machine, je pense que celle-ci ne sait pas réellement improviser et s’adapter en dehors des schémas préconçus. L’homme reste complexe et avec une part d’imprévisible, il doit être en confiance pour se livrer et pour entendre réellement les recommandations qu’on lui donne. Seul un autre être humain peut réussir à créer l’alchimie pour tenter de l'appréhender totalement. On voit bien que les études prédictives sur les collaborateurs ont leurs limites.

Arnaud - Le dirigeant de PME est viscéralement attaché à son entreprise. La dimension humaine est à garder. Certes l’AI permet d’apporter des outils qui lui permettent de gagner du temps, sorte de nouvelle monnaie de l’entreprise. Cela étant, il y a de nombreux biais cognitifs. Je suis persuadé qu’il restera difficile de les maitriser sans une sorte de contrôle humain dans notre approche.

10. Dans un monde hyper digitalisé, où pourrait se situer Bilan Santé PME?

Caroline - Dans un monde digitalisé qui s'accélère, nous pourrions imaginer de faire un check up non plus annuel mais en quasi-temps réel. Si on pousse la caricature, on pourrait monitorer en direct les sites internet et les réseaux sociaux de nos clients pour assurer les meilleures conversions, faire des recommandations d’action / réaction en fonction des données marketing et économiques. Espérons que nous n’en arriverons pas là, cela deviendrait mécanique et décidément moins créatif et humain.

Arnaud – Bilan Santé PME souhaite se développer sur les principes de proximité et de pragmatisme. Pour cela nous avons modélisé un développement de réseau de généralistes (en franchise) qui réaliseront les bilans. Nous avons commencé à constituer un réseau de partenaires qui seront aux côtés des PME, en local pour leur apporter une réponse spécifique qui tiendra compte de paramètres locaux. La digitalisation est pour nous une opportunité pour faciliter les échanges et les connexions entre nos clients et nos partenaires qui se mobiliseront ensemble.

11. Comme une montre connectée, il vaut mieux prévenir que guérir?

Arnaud – Oui tout à fait : issu d’une famille de médecin, j’ai toujours entendu qu’il fallait s’occuper en premier de celui qui ne crie pas… Les patrons de PME n’ont pas forcément de douleur qu’ils identifient. Disposer d’un bilan, de faire son checkup permet à ce patron de PME de se situer, de prendre conscience des points qu’il doit traiter et de mettre les bonnes priorités. Ensuite, Bilan Santé PME se veut d’être un peu comme le médecin chinois qui est payé pour les actions de prévention évitant au patient de tomber malade. S’il tombe malade, alors le patient ne paie pas.

12. Question « on s’détend » - 2045, les A.I. sont intelligentes et gèrent les business. Vous allez voir un client et c’est une A.I. qui vous accueille. Vous allez quand même voir le CEO ou vous connectez votre A.I. à celle du client et allez boire un café?

Caroline - En arrivant, je connecte mon AI à celle de mon client. Elle connait son job, récupérer le maximum d’infos : les discussions entre AI remplacent les discussions de chauffeurs et de secrétaires d’avant, c’est un des moyens les plus sûrs d’obtenir de vraies infos de l’intérieur. Pendant ce temps je vais dans le bureau du CEO pour honorer le rdv que j’avais pris soin de demander à mon AI de négocier : les 5 sens à l’affut, je capte tout autour de moi pour être en mesure d’interpréter et ajuster le rapport factuel et les recommandations que mon AI me fera, pour que ce soit audible et implémentable par mon client CEO.

Arnaud – Si mon AI m’a connecté à celle de mon client, c’est qu’il y a des améliorations à mettre en place, des soucis à régler. Si c’est l’AI qui m’accueille, je pense que le CEO n’a pas forcément connaissance de ses difficultés. Alors, j’invite le CEO à aller boire un café pour qu’il m’expose son point de vue et l’invite à passer Bilan Santé PME pour qu’il modifie, par exemple, les paramètres de son AI qui ne l’a pas alerté sur ses besoins business (les fameux biais cognitifs dont je vous parlais tout à l'heure).

Merci à vous deux!

Caroline Boutillon-Duflot & Arnaud Cuilleret
Co-fondateurs de Bilan Santé PME
Bilant Santé PME
et la campagne crowdfunding

Un ami entrepreneur, qui avait lancé son app de reconnaissance de tickets de caisse pour la comptabilité, m'a dit un jour qu'il arrivait à avoir un taux de réussite et lisibilité de plus de 95% lorsqu'un téléphone scannait un ticket. Il m'a avoué que le secret résidait dans le fait que lorsqu'une photo était prise, celle-ci était monitorée quasi en temps réelle en Indes où des "petites mains" contrôlaient que les chiffres affichés étaient correctes. 

Tout ça pour dire que l'humain reste primordial dans l'efficacité de nos tâches et que même si les machines et algorithmes sont sur la voie de nous mettre au tapis, nous aurons toujours notre rôle à jouer, même si les-dits rôles se transforment. Nous l'avons vu avec Bilan Santé PME, l'analyse humaine est encore ce qui se fait de mieux sans parler de la connection faite entre dirigeants et préstataires de services. C'est bien entendu rassurant, mais en même temps, l'évolution technologique étant exponentielle, nous risquons de nous endormir sur notre "humanité" et être dépassés sans même nous en rendre compte, pensant que nous avons encore de beaux jours devant nous. 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."