Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

NEW YORK/Le "Met" fait passer les visiteurs extérieurs à la caisse

Crédits: Metropolitan Museum of Art, New York

Ce n'est pas vraiment la bonne année pour le Metropolitan Museum of Art de New York. En déficit malgré une fréquentation record, l'institution abandonne la gratuité ou ce qui pouvait lui ressembler. Les visiteurs extérieurs à l'Etat de New York devront acquitter dès le 1er mars une taxe d'entrée de 25 dollars (1). Notez que ces «extérieurs» ne sont que 31 pour-cent. Un chiffre très bas. Cela dit, il s'agira d'un billet tout compris. La chose signifie que pour 25 dollars il sera non seulement possible de parcourir l'énorme bâtiment d'une institution inaugurée en 1872, mais ses expositions temporaires. Il y en a quatre en ce moment (Dessins de Michel-Ange, Munch, Rodin et Hopper). Selon la nouvelle direction, procéder autrement amènerait à la mort des présentations temporaires à faible public. Non aux seuls «block busters»! 

S'il y a nouvelle direction depuis juin 2017, c'est parce que l'ancienne a flanché. Longtemps, dans l’œil du public comme des donateurs, l'image du «Met» s'était confondue avec celle, très «Vieux Monde», de Philippe de Montebello. Cet homme charismatique est resté en poste de 1977 à 2009. Son successeur Thomas Campbell ne possédait pas la même classe. Il développait par ailleurs des projets mégalomanes. Non content de louer l'ancien Whitney pour créer le «Met Breuer» à l'intention de l'art moderne et contemporain, il s'était attaqué à une nouvelle aile. Budgetée 600 millions de dollars, ce qui n'est pas rien, cette dernière a fini par se voir ajournée «sine die». Le 28 février 2017, Campbell rendait son tablier, poussé vers la sortie. Il (le tablier) se voyait repris par le président du Metropolitan Daniel Weiss «himself», qui tentait de redresser la barre.

Problèmes de liquidité 

Le problème du «Met» n'est donc pas tant de fréquentation. C'est celui des liquidités, d'où des renvois endémiques de personnel. La Ville de New York ne fait pas grand chose, Elle assure le 10 pour-cent du budget, et elle va encore rogner sa contribution. Il ne faut pas compter sur l'Etat en matière de culture aux USA. Reste le privé. Mais les nouveaux riches préfèrent aujourd'hui de loin le Museum of Modern art, plus «trendy». Le «Met» suppose une certaine culture, pour ne pas dire une culture certaine. Il y a donc un transfert vers le contemporain, que d'aucuns estiment par ailleurs étranger au «Met». C'est pourquoi les visiteurs exotiques devront passer à la caisse pour y verser non plus ce qu'ils veulent comme depuis 1970, mais 25 dollars tout rond (2). Pour Daniel Weiss, la survie du musée est à ce prix, même si les entrées ne représentent que le 14 pour-cent des recettes sur un budget annuel d'environ 300 millions de dollars. 

Rares demeurent aujourd'hui les grands musées gratuits. La Ville de Paris pratique l'entrée libre pour les collections permanentes. Londres se bat pour maintenir cette mesure, jugée démocratique. Mais uniquement pour le fonds du musée et les petites expositions inclues dans le parcours. Idem pour Genève, qui fait ainsi tache en Suisse. L'entrée outre-Sarine tend en effet à devenir très chère. Elle approche dangereusement des 30 francs. 

(1) Comme au Louvre ou à Beaubourg, on peut aussi adhérer au «Met». Cent dollars par an pour un nombre d'entrée illimité avec une personne de son choix.
(2) Les gens donnent en moyenne 9 dollars.

Photo (Metropolitan Museum of Art, New York): L'aile américaine. Classique C'est le contemporain qui coince ici. Le "Met" doit-il faire concurrence au MoMA?

Texte intercalaire.

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