Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

NEW YORK/L'Hispano-Suisse Calatrava et sa gare à 3,85 milliards de dollars

Crédits: AFP

«C'est un grand moment. Cette gare constitue un cadeau à tous les New-yorkais», a déclaré ce vendredi 4 mars l'architecte Santiago Calatrava. Notez que, contrairement aux usages sociaux, ce sont ces derniers qui ont payé la facture. Elle se révèle plus que salée. L'édifice a fini par coûter 3,85 milliards de dollars, au lieu des 2 prévus. Les autorités des transports reliant New York et le New jersey avaient du coup prévu une inauguration à la sauvette. Elles ont été court-circuitées par l'enthousiasme du concepteur. L'Espagnol a fini par donner «une tonalité joyeuse» (1) à l'événement. «Plaie d'argent n'est pas mortelle», aurait dit ma grand'mère. 

L'architecte n'est pas tout à fait responsable des surcoûts. Cet homme de 65 ans a dû «faire avec». Le projet, qui aurait dû aboutir en 2009, était sous-estimé (nul ne dit si c'est volontairement ou non). Il a connu des péripéties imprévues, vu sa localisation près du World Trade Center. L'ancien maire George Pataki avait en plus interdit de perturber le fonctionnement du métro traversant le site. Une exigence à 355 million de dollars. Vous comprendrez que le projet, critiqué dès le départ pour son esthétique et son coût, ait fait beaucoup parler de lui durant les interminables travaux. La gare n'est constitue pas moins, selon Santiago Calatrava, «un message d'amour».

Un modèle venu de Lyon et de Liège 

Si vous trouvez que le résultat aérien ressemble à Lyon-Satolas ou à la luxueuse gare de Liège, posée au milieu d'un quartier réduit à l'état de quart monde, vous aurez raison. C'est la même chose en plus grand, vu que le seul grand hall (baptisé Oculus) mesure 111 mètres de long. La forme en oiseau apparaît caractéristique de Santiago Cavalatra Valls (comme le ministre de Hollande). Un homme au parcours bien particulier. Né près de Valence (Espagne) en 1951, il a fait ses études sur place, puis en Suisse. Arrivé à Paris pour continuer sa formation, il est tombé sur Mai 68, ce qui l'a fait retourner à la case départ, Valence. Nous sommes alors en plein franquisme. Autant dire qu'une architecture d'avant-garde restait ici très mal vue, en dépit de l'existence d'un José Luis Sert. 

En 1975, Santiago s'inscrit donc à l'EPFL de Zurich, dont il sort diplômé en 1979, marié à une étudiante en droit. Il commence par bricoler. Un heureux propriétaire alémanique possède ainsi un balcon signé Calatrava. Ce dernier a ouvert un petit bureau dans la ville, où il remporte son premier vrai concours. C'est celui de Zurich/Stadelhofen. Une gare, déjà. Cela deviendra sa spécialité avec les ponts. L'homme a par ailleurs beaucoup construit en Suisse. En tous genres. Je citerai juste le Théâtre Tabouretti e Bâle (1987), le service des urgences de Saint-Gall (1995) ou la bibliothèque de l'Université de Zurich (2004).

Un bâtiment dans la tradition new-yorkaise 

Nous sommes cependant face à un ambitieux. Calatrava ouvre un second bureau à Paris, qu'il fermera plus tard abruptement. Il perce aux J.O de Barcelone. Il construit la gare (encore une!) de l'exposition universelle de Lisbonne. Il lui faut bientôt les Etats-Unis, où il exporte ses idées. C'est l'actuelle gare du World Trade Center. Difficile de faire plus gros. On se demande du reste jusqu'où et jusqu'à quand les coûts architecturaux continueront à exploser, alors qu'il convient maintenant de se serrer la ceinture. Il faut cependant dire qu'à terme (car tout n'est pas terminé), la gare accueillera non seulement les trains de banlieue mais onze lignes de métro et un centre commercial de 34.000 mètres carrés. 

Calatrava espère que son œuvre entrera «dans la tradition des grands bâtiments publics comme le Grand Central ou Pennsylvania Station au début du XXe siècle». Je rappellerai juste que si le premier existe encore, la seconde a disparu en 1964, remplacée par une horreur de verre et d'acier. Sa démolition avait soulevé d'immenses protestations. Ce sont ces dernières qui ont enfin permis la création de monuments historiques à New York, qui a beaucoup classé dans les années 1970 et 1980. D'abord des extérieurs, puis des bâtiments entiers. Certains intérieurs restent cependant très menacés, comme partout ailleurs.

(1) Je cite l'Agence France Presse.

Photo (AFP). L'Oculus, ou grand hall de la nouvelle gare.

Texte intercalaire.

 

 

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