Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

NEUCHÂTEL/Valérie Favre et Louis de Meuron au Musée d'art et d'histoire

Crédits: ArcInfo

Doublé peinture au Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel. Notez qu'il y a tout de même eu un décalage. Valérie Favre occupe sept salles du premier étage depuis le 10 décembre, tandis que Louis de Meuron se contente du bout de rez-de-chaussée où il est entré le 24 juin. Née en 1959, la première représente la création contemporaine. Mort en 1949 à 81 ans, le second fait partie de l'art moderne, voire même un peu ancien. Tous deux ont cependant en commun d'être du lieu, même si la seconde vit aujourd'hui à Berlin, comme tous les artistes (ou presque), et si le second s'est formé à Paris sous la IIIe République. De Meuron fut ainsi l'élève de Luc-Olivier Merson, un grand peintre académique revenu en grâce. Il suffit de regarder attentivement les murs d'Orsay. 

Rien autrement de commun entre les deux manifestations qui relèvent du dicastère d'Antonia Nessi. Le musée vit aujourd'hui en cogestion. Il s'agit même d'un ménage à trois. Une formule difficile, l'art et l'histoire ne s'entendant pas très bien. Si La Chaux-de-Fonds et Le Locle constituent de bonnes adresses sur le plan helvétique, je ne pourrais du coup pas dire la même chose de Neuchâtel, qui accumule les problèmes de programmation et de fréquentation. Il s'agit pourtant d'un beau bâtiment, où tout devrait tourner harmonieusement autour du magnifique escalier Art Nouveau, décoré en son temps de peinture murales par Léo-Paul Robert.

Entre rétrospective et installation 

La prestation de Valérie Favre se situe quelque part entre la rétrospective et l'installation. L'artiste, qui a participé à l'aménagement, propose des peintures allant des années 1980, époque où elle vivait à Paris, à nos jours. Son accrochage est conçu comme un parcours. Arrivé au bout, le visiteur doit rebrousser chemin afin de découvrir les œuvres d'un autre angle. Il y a ainsi beaucoup de coquetteries de mise en scène. Des lamelles blanches accrochées au plafond tamisent la lumière. Le sol d'une grande salle se voit surélevé par des praticables de chantier, eux même recouverts de tapis d'Orient élimés et de sièges de bureaux démodés. Les pièces retenues ont par ailleurs un peu changé au fil des mois. Il s'agit en général de grandes toiles semi-figuratives évoquant pourr moi la parade foraine. Il y a aussi beaucoup d'autoportraits, mais en Hugo Ball dadaïste, en personnage de Giorgio de Chirico ou en ange à la Odilon Redon. Le spectateur doit comprendre qu'il s'agit d'un art cultivé. Toute une chambre contient du reste le manuscrit recopié par Valérie Favre de «Thomas l'obscur» publié par Maurice Blanchot en 1941. Si bling bling il y a, il se révèle ici d'ordre intellectuel.

Tout reste plus simple avec Louis de Meuron, qui a produit une peinture sage en brassant dans une sorte de cocktail une cuillère d'impressionnisme, une pincée de fauvisme et un zeste de réalisme. Commissaire de l'exposition, Pamela Corvalan parle d'une «Impression d'Eden». Je dirais plutôt que le spectateur se retrouve face à un exemple de peinture «mainstream» des années 1910-1920, susceptible de séduire le public bourgeois vaguement progressiste de l'époque. On est étonné de voir que Louis de Meuron ait pu se voir soutenu par une collectionneur à l’œil aussi aiguisé que Willy Russ. «Monsieur Suchard» a beaucoup acheté, puis donné, de ses toiles, où l'on devine parfois sa famille. Il a été mieux inspiré en s'intéressant à Ferdinand Hodler (la plupart des Hodler du MAH genevois proviennent de lui), puis Cuno Amiet.

Pratique 

«Valérie Favre», jusqu'au 12 août, «Louis de Meuron, Impression d'Eden», jusqu'au 26 août. Musée d'art et d'histoire, 1, esplanade Léopold-Robert, Neuchâtel. Tél.032 717 79 25, site www.mah@ne.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h.

Photo (ArcInfo): Valérie Favre dans le décor de son exposition.

Texte intercalaire.

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