Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

NET/Mécénat participatif pour restaurer l'escalier de Fontainebleau

Crédits: DR

On en parle. Le président Macron est même allé à Rochefort visiter la maison de Pierre Loti (1). Jugée trop médiatique, l'opération «loto» actuelle se voit bien sûr contestée par les scientifiques. Les universitaires n'aiment pas qu'on marche sur leurs plates-bandes, dont les fleurs sont souvent de rhétorique. Il n'en demeure pas moins que l'opération lancée par Stéphane Bern aura davantage fait parler du patrimoine français en quelques mois que les spécialistes en dix ans. Codirecteur de l'Observatoire de la culture de la Fondation Jean-Jaurès (en voilà une qui est moins connue que Bern!), en a du reste tiré aujourd'hui la conclusion pour «Libération». Un quotidien par ailleurs peu porté sur le patrimoine. Si les quinze millions attendus du loto restent une goutte d'eau, l'opération a pour principal avantage de conscientiser. «On aime à savoir où va notre argent et là, c'est concret.» 

L'affaire a aussi permis au grand public de mesurer l'état de décrépitude des monuments d'outre-Jura. «Libération», qui semble découvrir la Lune, doit bien admette que nombre d'édifices se trouvent en piteux état. Le journal s'interroge sur un changement de conscience. Dans un pays où chacun attend tout de l'Etat (avec majuscule, cette fois), il réalise que ce dernier ne peut pas tout faire. «Revient-il au contribuable de se soucier de sa rénovation?» La réponse est bien sûr oui, mais maintenant c'est moi qui parle. Les Anglais l'ont du reste compris depuis plus d'un siècle avec le National Trust, et les cathédrales demeurent privées outre-Manche. Les Italiens font appel au mécénat depuis des décennies. Je rappelle tout de même que le Colisée c'est Tod's et que l'immense château turinois de Stupinigi c'est Fiat. La France finance d'ailleurs depuis cent ans Versailles avec des dons venus de privés, des Rockefeller à Breguet en passant par Vinci ou la très discrète fondation créée par la banque genevoise Lombard Odier.

Dix huit mille co-propriétaires

Le nouveau, pour la France, ce sont en fait les financements participatifs. Depuis avril, Fontainebleau mène ainsi une opération (qui se terminera le 6 juillet) pour restaurer son fameux escalier en fer à cheval, historiquement lié à la fin de la geste napoléonienne. Chacun peut acheter virtuellement une marche pour 1000 euros. Il s'agit là d'une simple participation. Si l'escalier ne compte que 92 marches, il faut en tout 2,2 millions d'euros pour le remettre d'aplomb, comme le rappelle cette fois "La Croix". Mais, comme le souligne Eric Grebille, responsable du mécénat pour le château, la chose attire des primo-mécènes, qui donnent donc pour la première fois. Des gens par principe moins aisés que ceux qui ont pris en charge depuis des années (et sans Internet) une statue du parc de Versailles, dont la réfaction coûte naturellement cher. 

Le virtuel a en effet modifié la donne. Il permet de drainer de petites sommes. En 2015, Romain Delaume et Bastien Goullard ont créé la plate-forte Dartagnans. Ce site participatif «permet à tout le monde de s'engager.» Parmi les projets figure le château de la Mothe-Candeniers, dans la Vienne. Dix huit mille contributeurs français et étrangers ont joué le jeu. Cet édifice du XIIIe siècle est ainsi devenu «la plus grande copropriété du monde» (2). Le paradoxe rappelé par «Libération» est que les Français se montrent «très attachés à leurs monuments» (12 millions de visiteurs aux Journées du Patrimoine en 2017!), alors que les gouvernements successifs s'en soucient comme d'une guigne. Si l'actuelle équipe a bien augmenté le budget de 5 pour-cent, la cagnotte actuelle ne dépasse pas les 326 millions d'euros. Il faut dire que les ministères de la culture avaient beaucoup taillé dans le drap sous François Hollande.

(1) On sait qu'il y a eu polémique, certaines associations anti-racistes découvrant chez Loti une haine des Arméniens pourtant connue de tous.
(2) Je dois hélas m'insurger. Le Picasso aujourd'hui exposé au Mamco genevois a été acquis par 25 000 internautes.

Photo (DR): Une carte postale montrant l'escalier de Fontainebleau vers 1900, quand il était encore en bon état.

Texte intercalaire.

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."