<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Ne rien changer ou perdre

Le 28 septembre, la caisse d’assurance publique sera- t-elle acceptée par le peuple? Rien n’est moins sûr, toutes les tentatives de réforme de ce secteur ont échoué. Ce dernier fonctionne-t-il bien et emporte-t-il l’adhésion de la population pour autant? Pas du tout. 

Les assurances-maladie ne satisfont personne, non seulement parce qu’elles augmentent constamment mais aussi parce qu’elles accumulent les comportements limites. Tri entre les risques, primes supervolatiles, encaissements indus… La liste est longue. Tout comme le détail des liens entre cette industrie et les parlementaires à Berne. De ce côté-là, rien ne bougera. Même si des voix de plus en plus nombreuses, même à droite, s’élèvent pour remarquer que la concurrence ne sert pas toujours les intérêts des consommateurs.

Ces derniers sont aussi des citoyens et ils ont les moyens politiques en Suisse de faire reculer les lobbys. Mais, encore une fois, cela risque de ne pas marcher. Pourquoi? Il y a peu de chances qu’une réforme passe dans ce domaine parce que les gens n’ont, au fond, pas envie que cela change. Pourtant, les excès, les injustices, le manque de transparence devraient pousser tout le monde à monter aux barricades, non? C’est bien mal connaître la rationalité - très relative - des consommateurs.

Nous détestons plus que tout le changement, encore plus quand il n’y a aucune certitude qu’évoluer amènera un mieux. Et nous sommes dans le secteur de la santé, un pan intime de notre vie où nous sommes prêts à payer toujours plus pour éviter la maladie ou, pis encore, celle de nos enfants. Il n’y a pas de secteur plus irrationnel que celui-là.

Une initiative comme celle de la caisse publique ne devrait pas venir seule mais s’accompagner d’une autre proposition, si possible iconoclaste. Ceux qui étudient l’économie à travers les comportements de ses agents connaissent bien cela. Ne proposez jamais un produit totalement nouveau tout seul, lancez-le avec un autre, plus extrême, plus haut de gamme, plus cher.

Le consommateur sera intéressé par la nouveauté mais pourrait bien choisir une voie médiane entre le statu quo et la révolution. La proposition extrême ne sert que de leurre mais l’autre va s’imposer. S’attaquer aux assurances-maladie avec un discours politique basé sur la morale ne marchera jamais. Il est temps aux initiants de se mettre au marketing s’ils veulent du changement. 

 

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