Emilyturrettini

CHRONIQUE INTERNET

De nationalité américaine et suisse, Emily Turrettini publie une revue de presse sur l'actualité Internet depuis 1996 et se passionne pour les nouvelles tendances.

Ne pas s'intéresser aux séries télé: un signe d'obscurantisme

Narcos de Netflix.

Pour ceux qui considèrent encore la télé comme un divertissement populaire, qu’ils se détrompent. Les séries télé font désormais partie de la culture, au même titre que le cinéma ou la littérature, et sont plébiscitées par les intellectuels.  

Le cinéma, autrefois plus prestigieux que la télévision, ne l'est plus. «Avec leur création originale, leur grande liberté de ton, leur maîtrise du storytelling, les scénaristes et producteurs de séries américaines sont désormais les nouvelles stars d'Hollywood», écrivait L'Express en 2011. Et c'est d'autant plus vrai aujourd'hui. 

Avec la multiplication des programmes et des moyens pour découvrir les séries, la télévision connaît un nouvel âge d’or, et les géants du Web contribuent à leur succès.

La semaine passée, Amazon a annoncé le lancement d’un nouveau service, Amazon Prime TV, qui permet de télécharger des séries télé et des films pour les visionner sans connexion Internet. 

Et Apple, à son tour, serait en pourparlers avec des cadres de Hollywood pour la production de contenu télévisé original. Selon le journal Variety, des émissions et des séries télé pourraient venir enrichir l'offre de Apple TV et concurrencer Netflix et Amazon.

En 2015, on compte un peu plus de 400 séries américaines, soit le double du nombre de séries réalisées en 2009 et une trentaine de plus qu'en 2014. Ne sont pas inclus dans ce chiffre les émissions de téléréalité, de variétés, les documentaires ou les jeux, l'actualité ou les sports, mais uniquement les feuilletons. L’offre est tellement abondante qu’il est impossible de les connaître tous. C’est souvent lors de la cérémonie des Emmy Awards, l'équivalent des Oscars pour la télévision, que l’on découvre de nouveaux titres parce qu’ils ont été récompensés.

La multitude de l’offre fait que nous perdons une culture télévisuelle commune. De 1978 à 1991, la série Dallas était regardée dans le monde entier. En 1980, l’épisode "Qui a tiré sur J.R.?" avait attiré 90 millions de téléspectateurs aux Etats-Unis. Au moment de sa diffusion, 30 millions de Britanniques - soit la moitié de la population - étaient restés chez eux. Et une session du parlement turc fut même suspendue pour permettre aux législateurs de rentrer à la maison à temps pour voir l'épisode.

En comparaison, la finale de Breaking Bad diffusée aux Etats-Unis a rassemblé 10,3 millions de téléspectateurs selon L'Express. Il est clair que ce chiffre ne tient pas compte de tous ceux qui, à travers le globe, l’ont visionnée en streaming sur des sites de partage vidéos.

Aujourd’hui on découvre des affinités avec ceux qui nous entourent en leur demandant quelles séries ils regardent. Comme le constate David Carr, auteur et éditorialiste au New York Times: «Au match de foot d’un enfant, à un dîner entre amis, il ne faut pas longtemps pour que la conversation se tourne vers les séries télés, au détriment d'une discussion littéraire. En cinq ans, la télévision a gagné en crédibilité, à tel point que ce sont ceux qui ne la regardent pas qui passent pour des idiots.» 

Mais le fait de regarder plusieurs séries ne nuit-il pas à notre capacité d’attention? Ce serait le contraire selon le Guardian. «Il faut avoir un pouvoir de concentration développé pour suivre la trame de plusieurs séries simultanément.» Et les scénarios - comme c'est le cas pour 'Game of Thrones' - sont souvent si complexes et les personnages si nombreux, que c’est un tour de force de s'y retrouver. 

Ce n'est plus honteux de choisir de rester chez soi devant une série plutôt que de sortir. Comment faire autrement pour être à jour? Et qui sait, peut-être un jour être payé pour le faire. La société de distribution de vidéos sur Internet Netflix emploie 40 personnes avec le titre de "tagger" pour classer les séries dans leur catalogue. 

Regarder une série télé, ou tous les épisodes d’un série en mode 'binge-watching' est devenu un phénomène de société et, avouons-le, un des grands plaisirs de la vie. Malgré leur nombre toujours croissant, on en redemande.

Pour Dave Pell, dans une récente édition de sa newsletter NextDraft, encore sous l'emprise de sa consommation ininterrompue des 10 épisodes de la série 'Narcos' relatant la vie de Pablo Escobar: «La télévision est aujourd'hui notre drogue de prédilection. Et notre salon, le nouveau Club 54

 

 

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