Zaki Myret

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

Un monde sans taux d’intérêt

Il n’est que trop évident que cette croissance, financée par la dette, ne peut souffrir de hausses de taux d’intérêt

Un monde sans taux d’intérêt n’empêche personne de dormir, a priori. Lorsqu’on met en garde contre la fin des taux d’intérêt, on nous répond en général «so what?» (puisqu’il n’y a pas de conséquences), ou «debt doesn’t matter» (la nouvelle doxa de l’endettement infini). Seuls les gérants obligataires semblaient contrariés la semaine dernière du retour du Bund à 10 ans en territoire négatif. 

Depuis 2009, nous vivons en régime de taux bas, ou en mode «argent facile», avec des Fed fund rates restés à 0,25% entre 2009 et 2016, leur plus bas niveau de l’histoire, pour passer ensuite la barre de 1,25% en 2018 et arriver graduellement à 2,5%. Mais depuis fin janvier, et alors qu’à ces niveaux les taux restent bien au-dessous de leur moyenne historique, la Fed signale qu’elle suspend ses resserrements en 2019. Elle est immédiatement suivie par la BCE. 

Il est vite apparu que des taux de 2,5% avaient des conséquences sur les marchés à risque, comme les prêts à levier et les obligations à haut rendement. Comme nous l’avions prédit à plusieurs reprises, les marchés gonflés de dette sont trop vulnérables à la moindre normalisation des taux. La correction boursière est d’ailleurs venue sanctionner plus que de raison le léger resserrement, trahissant la fragilité des valorisations. Garder les taux bas semble donc la seule voie gratifiante pour les banquiers centraux. Pourquoi faudrait-il jamais les relever? Après tout, les conséquences du maintien indéfini d’un coût dérisoire de la dette ne sont pas immédiatement visibles. Le coût politique de cette entourloupe est donc faible, à moyen terme. A l’inverse,  prendre le risque d’assainir les marchés boursier et hypothécaire en relevant les taux pourrait coûter à Trump un second mandat. Et pourquoi prendre un tel risque? Avec des taux bas perpétuels, il n’y a pas eu de krach, ni faillites en série depuis 2009. 

En réalité, l’économie réelle pâtit directement de l’argent facile. L’épargne n’est plus rémunérée, elle est même taxée par des taux négatifs. La dette des pays, des entreprises et des ménages enfle inexorablement, et avec elle, la vulnérabilité à toute hausse de taux future. C’est donc le cercle vicieux: plus la dette augmente, moins les taux d’intérêt peuvent remonter. Idem pour la bourse: gonflée d’argent spéculatif (emprunté), elle ne peut plus supporter de hausses de taux. Et pendant ce temps, les fonds de retraite, beaucoup moins rémunérés et capitalisés, sont amputés des avantages des générations précédentes. 

Il n’est que trop évident que cette croissance financée par la dette exclut l’existence de taux d’intérêt significatifs dans l’économie. La pression politique y veille. Depuis les années Clinton (et le gouverneur de la Fed Alan Greenspan), la politique de l’argent facile s’est mise à servir ouvertement les besoins de la Maison-Blanche. Le président Donald Trump n’a d’ailleurs pas caché sa mauvaise humeur à la suite des hausses de taux survenues en 2018, affirmant que le PIB aurait progressé de plus de 4% au lieu de 3,1% si la Fed n’avait pas agi. Et peu importe si la Fed tentait de prévenir les krachs futurs. Elle est priée de se mettre en pause. Le Républicain vient de nommer ce 22 mars l’économiste conservateur Stephen Moore au conseil de la Fed, qui avait travaillé pour sa campagne en 2016. Perçu comme le lobbyiste du président au sein de la Fed, le nouveau venu veut mettre fin à ces relèvements. Une nomination qui laisse craindre que les pressions de la Maison-Blanche – et non les données économiques – dictent les actions de la Fed. La politisation de la Banque centrale américaine affecte toujours plus sa crédibilité. Et notre futur.

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