Zaki Myret

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan.

Le désaveu du centre



L’élection choc au Brésil de Jair Bolsonaro avec 55% des voix consacre le retour en force des «hommes forts» à l’ancienne, leaders autoritaires aux paroles violentes et rejetant tout politiquement correct, adeptes des valeurs de l’armée, de la force virile et de la religion chrétienne, et annonçant la restauration d’un «ordre» perdu. Une vague réactionnaire sans précédent depuis l’après-guerre.

Le 28 octobre nous fait revivre avec le Brésil un épisode identique à celui de l’élection de Trump. Dans les médias, l’arrivée du «Trump brésilien» inspire aussi les mêmes vocables traumatiques, les mêmes cris d’orfraie que pour Matteo Salvini en Italie, Viktor Orban en Hongrie, ou Rodrigo Duterte aux Philippines. Un peu partout, les dirigeants autoritaires, au langage direct, aux accents nationalistes et identitaires réalisent un raz-de-marée et un pied-de-nez, font hyperventiler les progressistes et les libéraux. Chacun marque son territoire à l’aide d’une rafale de sorties outrancières, qui scandalisent l’intelligentsia autant qu’elles galvanisent le peuple.

C’est un véritable conflit de valeurs qui se joue ici entre les élites et les classes populaires qui plébiscitent ces chefs populistes. Si ces derniers attaquent d’abord le politiquement correct, c’est parce que cette forme de langage véhicule les valeurs de leurs ennemis progressistes et adeptes de la diversité et du libéralisme, et qu’ils veulent les disqualifier en imposant le langage militaire et populaire. Résultat, dérapages racistes, sexistes ou homophobes semblent participer à la popularité de ces nouveaux leaders. Rien ne paraît dépasser les bornes pour leurs électeurs. «Oubliez les droits de l’homme, si je deviens président, ça va saigner», déclare Duterte en 2016, juste avant d’être élu. Quant à Bolsonaro, ses faits d’armes n’ont rien à envier aux autres: «Je ne te violerais même pas car tu ne le mérites pas», dit-il en 2003 à une parlementaire, et en 2011 il déclarait qu’il ne supporterait pas que son fils soit homosexuel ou qu’il aimât une femme noire.

Le problème, pourtant, ce n’est pas tant l’arrivée au pouvoir de ces personnages que l’incompréhension du phénomène. A chaque fois, ces percées sont vues comme des catastrophes naturelles tombées du ciel, de mauvais sorts jetés par un méchant sorcier, ou au mieux comme de fâcheux accidents démocratiques.

Mais non. C’est un désaveu. Un désaveu cinglant des élus de centre droite et de centre gauche qui les ont précédés. Partout, les partis gouvernementaux du centre sont en crise. Leur logiciel ne semble plus pouvoir répondre aux problèmes de déclassement social et de perte de pouvoir d’achat des populations. Ils ne parlent plus à la base. En Angleterre, au Brésil, aux Etats-Unis, en Allemagne ou en France, des pans de la population ont été trop longtemps délaissés, qui réclament un travail sûr et décemment payé, une identité culturelle préservée et une protection des frontières face au dumping social et économique. Et pendant ce temps, au Brésil, les dirigeants se servent dans la caisse: trois présidences successives se sont achevées sur des cas de corruption, trafic d’influence, blanchiment d’argent, fraude comptable ou détournement de fonds. Et cela, ça ne fait peur à personne?

Le cas du clan Clinton était similaire. L’avènement de la démocratie et de l’Etat rationnel-légal, avec son langage mesuré, ses costumes bien taillés, devait avant tout prévenir la corruption en imposant les règles du droit à la place des structures féodales, népotistes et obscurantistes caractéristiques du pouvoir tribal et religieux. Sans intégrité, la démocratie n’a nulle légitimité. Ce qui doit faire peur, c’est la corruption, quels que soient les atours dont elle se pare ou le langage châtié qu’elle emploie. On veut que ça change? Il faut se remettre en question.

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