Zaki Myret

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Myret Zaki est journaliste indépendante, spécialisée en économie et finance, et conseillère pour influenceurs et leaders d’opinion. Entre 2010 et 2019, elle a travaillé au magazine Bilan, assumant la rédaction en chef à partir de 2014. Elle avait auparavant travaillé au Temps de 2001 à 2009, dirigeant les pages financières du journal. Ses débuts, elle les avait faits à la banque genevoise Lombard Odier dès 1997, où elle a appris les fondements de l'analyse boursière. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage d'investigation, "UBS, les dessous d'un scandale". Elle obtient le prix Schweizer Journalist 2008. En 2010, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle prédit que la fin du secret bancaire profitera à d'autres centres financiers. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin du billet vert comme monnaie de réserve, puis «La finance de l'ombre a pris le contrôle» en 2016.

La malédiction des reines

Lorsqu’il s’agit d’accéder à la fonction présidentielle, les femmes se heurtent à une sorte de limite infranchissable. Très souvent, le niveau de «cheffe d’Etat» semble soit échapper aux candidates de sexe féminin, soit leur brûler les ailes. Il en est allé ainsi des candidates malheureuses Marine Le Pen, Hillary Clinton, et avant elles Ségolène Royal. On ne saura jamais quelle part exacte de leur infortune ces candidates doivent à leur genre. Mais devenir présidente, pour d’autres, a été la source de malheurs encore plus grands. 

Que l’on pense à Dilma Rousseff, présidente la plus impopulaire de l’histoire du Brésil, qui fut, sur fond de scandales de corruption, destituée en 2016. Ou à la présidente sud-coréenne Park Geun-hye (fille d’un dictateur militaire ayant dirigé le pays de 1961 à 1979), destituée elle aussi en 2016, puis arrêtée pour charges de corruption et divulgation de secrets d’Etat. Auparavant, c’était Ioulia Tymochenko,  ministre ukrainienne qui, battue au second tour des élections de 2010, a fait 3 ans de prison pour abus de pouvoir.

Pourquoi ces candidatures houleuses, ces présidences chahutées? S’agirait-il d’un problème de légitimité? Trop souvent, les candidates au poste suprême portent le nom d’un homme qui les a précédées au pouvoir. Cristina Kirchner, présidente de l’Argentine de 2007 à 2015, avait succédé à son mari Nestor Kirchner, tout comme Isabel Peròn avait repris le flambeau de la présidence de son mari. De première dame à cheffe d’Etat, le passage est délicat. Une dimension quasi monarchique est à l’œuvre dans ces prises de postes présidentiels (ou de première ministre dans les systèmes parlementaires). Marine Le Pen et Hillary Clinton, respectivement «fille de» et «femme de», ont usé de cette arme à double tranchant, qui confère une aura au départ, mais joue immanquablement de mauvais tours. 

Parfois, ces présidentes familiales ont certes des poignes de fer, un charisme évident, une popularité réelle. Il n’en reste pas moins que leur pouvoir leur a été légué en ligne directe par des hommes puissants. Comme Indira Gandhi, première ministre de l’Inde, fille de premier ministre, assassinée en 1984. Comme Benazir Bhutto, première ministre pakistanaise (1993-1996) et fille du fondateur du parti qu’elle a repris, assassinée en 2007. Même la première cheffe de gouvernement en 1960, la Sri-Lankaise  Sirimavo Bandaranaike, était l’épouse du fondateur du parti nationaliste de ce pays.

D’aucuns voyaient en Michelle Obama une future candidate à la présidence, sans se rendre compte de la faible idée qu’ils se font, par là même, des femmes. En réalité, les politiciennes peuvent encore moins que les hommes se permettre de passer par les canaux du népotisme. Etymologiquement, le mot latin «praesidens» désigne celui qui est posté devant, qui s’expose en première ligne pour protéger, défendre. Le meneur de la nation ne devrait, dans une démocratie, tirer sa légitimité que de sa carrière politique individuelle, de ses faits d’armes et ultimement de l’élection.

Cela explique peut-être que des cheffes de gouvernement crédibles aient pu diriger de grandes nations de façon paisible, comme Angela Merkel, Theresa May, et avant elles Margaret Thatcher, qui n’ont dû leur ascension qu’à leur mérite et ont eu l’avantage d’un système parlementaire où le véritable numéro un (premier ministre ou chancelier) ne s’appelle pas… président. 

Pourquoi alimenter préjugés et soupçons en se laissant pistonner au pouvoir? Les femmes ne valent-elles pas mieux que cela? Ce n’est qu’en faisant l’ascension solitaire jusqu’au sommet que l’on s’aguerrit suffisamment pour supporter ensuite les duretés du leadership. 

Et que la malédiction, peut-être, s’en va. 

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