Zaki Myret

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Myret Zaki est journaliste indépendante, spécialisée en économie et finance, et conseillère pour influenceurs et leaders d’opinion. Entre 2010 et 2019, elle a travaillé au magazine Bilan, assumant la rédaction en chef à partir de 2014. Elle avait auparavant travaillé au Temps de 2001 à 2009, dirigeant les pages financières du journal. Ses débuts, elle les avait faits à la banque genevoise Lombard Odier dès 1997, où elle a appris les fondements de l'analyse boursière. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage d'investigation, "UBS, les dessous d'un scandale". Elle obtient le prix Schweizer Journalist 2008. En 2010, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle prédit que la fin du secret bancaire profitera à d'autres centres financiers. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin du billet vert comme monnaie de réserve, puis «La finance de l'ombre a pris le contrôle» en 2016.

La fin des monnaies fortes

En 2011, j’ai analysé les facteurs annonçant la fin du dollar comme monnaie hégémonique dans les réserves des banques centrales et dans les échanges commerciaux. La probabilité grandissante de voir le pétrole vendu en euro ou en yuan faisait partie des signes annonciateurs. Tout comme la politique de la Chine visant à commercer, pour une partie de ses échanges, directement dans sa propre monnaie et celle de ses partenaires (pays d’Asie et d’Europe, Japon, Russie, Brésil).

Ces tendances se sont confirmées depuis, aussi bien que la propension à long terme des banques centrales à diversifier leurs réserves monétaires hors du dollar, en les rééquilibrant en direction de l’euro, et de façon croissante vers le yuan. D’environ 80% en 1972, à 70% en 2001, les réserves en dollar sont tombées à 62% aujourd’hui. Le monde se dirige un peu plus vers une configuration multipolaire et multimonétaire.  

Dévaluer, une stratégie de survie

Dans ce contexte, il paraît évident que nous assistons à la fin de ce qu’on appelle les monnaies fortes, comme ont pu l’être en leur temps le dollar, la livre sterling, ou le franc suisse. Si le dollar et la sterling sont déjà clairement des monnaies faibles, le franc suisse est en bonne voie pour le devenir. La livre en particulier pourrait bien descendre à la parité avec l’euro, le chef analyste des devises de HSBC, David Bloom, la qualifiant «d’opposition de facto officielle aux politiques du gouvernement britannique». Il n’y a simplement plus de monnaies candidates au statut de monnaie forte au sein du G7.

Dans un monde globalisé, la prémisse de base est qu’il faut avoir la monnaie la plus faible possible pour assurer la compétitivité des exportations. Ensuite, dans un contexte de surendettement des Etats, l’autre prémisse de base est qu’il faut dévaluer la dette internationale et payer les charges d’intérêt les plus faibles. Une monnaie forte conviendrait à un pays qui pourrait se permettre d’avoir des taux d’intérêt positifs, aurait un vaste marché intérieur, serait un gros importateur, serait peu endetté, aurait des réserves de change et d’or élevées et aspirerait à avoir une (vraie) monnaie de réserve internationale.

Ce pays existe: la Chine. Le yuan émerge lentement comme la seule monnaie forte parmi les grandes puissances économiques. Depuis le 1er octobre, la monnaie chinoise a intégré le panier de devises du FMI, les Etats-Unis ayant donné leur bénédiction à cette inclusion après des années d’opposition ferme. Le yuan devient donc officiellement une monnaie de réserve et entre, à hauteur de 11%, dans la composition des droits de tirage spéciaux (DTS), qui sont la «monnaie» de réserve recommandée par le FMI aux banques centrales.

Ce statut prescrit le yuan comme réserve à détenir pour les banques centrales qui commercent avec la Chine et va générer une demande mondiale automatique pour cette monnaie, la seule appelée à s’apprécier. Un  nouvel actif de réserve international, liquide et sûr (pas moins sûr que les autres monnaies en tous les cas, qui se déprécient sans cesse), entre donc en scène. Selon SWIFT, le yuan passera bientôt devant la sterling et le yen comme troisième monnaie de règlement des échanges commerciaux après le dollar et l’euro.

Les banques centrales, notamment asiatiques, auront tout intérêt à détenir des obligations en yuan aux côtés d’emprunts en dollar, euro, yen et sterling toujours plus dépréciés et sans rendement. Quant aux risques, la dette chinoise est-elle vraiment plus périlleuse que la dette «sans risque» allemande? Les taux négatifs sont un danger, et même une garantie de perte. 

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