Zaki Myret

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Myret Zaki est journaliste indépendante, spécialisée en économie et finance, et conseillère pour influenceurs et leaders d’opinion. Entre 2010 et 2019, elle a travaillé au magazine Bilan, assumant la rédaction en chef à partir de 2014. Elle avait auparavant travaillé au Temps de 2001 à 2009, dirigeant les pages financières du journal. Ses débuts, elle les avait faits à la banque genevoise Lombard Odier dès 1997, où elle a appris les fondements de l'analyse boursière. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage d'investigation, "UBS, les dessous d'un scandale". Elle obtient le prix Schweizer Journalist 2008. En 2010, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle prédit que la fin du secret bancaire profitera à d'autres centres financiers. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin du billet vert comme monnaie de réserve, puis «La finance de l'ombre a pris le contrôle» en 2016.

2008-2018, le «reset» global

Des cendres de la crise mondiale de 2008 a émergé depuis dix ans un nouveau monde, polarisé, instable. Les garanties de l’ancien ordre mondial ont volé en éclats; c’est la fin de tous les consensus. Tout est en ballotage.

Première bataille en jeu: qui sera le «patron» du Moyen-Orient? Tout est disputé. On assiste à la fin des coalitions occidentales dans les guerres d’intervention et à l’émergence de guerres sales qui se déroulent hors du cadre du Conseil de sécurité et passent par des milices armées, financées et entraînées par chaque camp. Le cas syrien se distingue en effet nettement des cas irakien et libyen, où les grandes puissances intervenaient encore via leurs propres forces.

Les Etats-Unis, et dans une certaine mesure Israël et l’Arabie saoudite, affrontent en Syrie le régime ennemi via des milices qu’ils arment et encadrent face à la Russie et à l’Iran qui soutiennent en sous-main Bachar el-Assad, dans ce que CNN appelle «la guerre la plus sale du monde». En parallèle, on assiste au décrochage de l’Angleterre et de l’UE, qui suivent leur propre agenda. Tout comme certaines puissances régionales, qui ne semblent plus clairement alignées sur quiconque, à l’instar de la Turquie, de l’Irak ou de l’Egypte.  

Deuxième bataille: qui sera le leader sur le marché pétrolier? Là aussi, la question est ouverte. Les Etats-Unis, passés en dix ans d’importateur net de pétrole à deuxième exportateur mondial, sont au coude-à-coude avec les Russes et les Saoudiens. Certes, l’autonomie pétrolière signifie que l’Amérique cessera de définir sa politique étrangère en fonction de ses besoins d’approvisionnement énergétique. Mais la nouvelle situation révèle déjà tout son potentiel de tensions autour des prix de l’or noir, sur fond de décartellisation forcée.

Troisième bataille en cours: qui sera la première puissance commerciale et technologique? Le protectionnisme se fait plus dur. L’Amérique de Trump ne veut plus faire de cadeaux à la Chine de Xi Jinping qui n’a jamais ouvert son marché de 1,4 milliard d’individus; ceux-ci utilisent des concurrents chinois de l’iPhone, de Tesla, d’Amazon, de Facebook et WhatsApp, ont leurs propres drones, leur cyberstratégie, leurs mégabanques. La Chine émerge comme la première puissance technologique et du commerce en ligne.

Quatrième enjeu: qui sera le centre offshore le plus compétitif? Cette question est en train d’être réglée. Les grandes puissances, Etats-Unis et Europe, ont sévi contre le laisser-faire fiscal qui avait permis à trop de juridictions d’avoir une part du gâteau offshore. La fête est finie, les avoirs américains et européens sont rapatriés et surveillés, et les havres fiscaux anglo-saxons - et asiatiques - sont en voie de gagner la partie.

Cinquième question: qui contrôlera la monnaie de référence? Un récent article de Forbes cite Donald Trump qui déclare qu’il «n’y a pas de monnaie globale». Et le dollar?, s’étonne l’auteur. Le dollar est bien là, mais voué à la dévaluation en raison d’une dette nationale irrédemptible, qui atteint 20 000 milliards de dollars. L’euro et le yuan sont candidats pour un tiers du marché chacun. Mais s’entendra-t-on sur un nouveau standard futur, stable et fiable? Si certains rêvent encore d’un nouvel étalon-or qui rende aux monnaies leur crédibilité, d’autres voient les cryptomonnaies, qui défient déjà le monopole des banques centrales, jouer ce rôle. C’est pourquoi les Etats veulent, fatalement, les contrôler. Nombre de banques centrales envisagent déjà d’émettre leur propre cryptomonnaie centrale et souveraine. 

Une seule certitude, après cette décennie de transition chaotique: la prochaine décennie accouchera d’un monde radicalement transformé.

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