Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MUSÉE / Un Vallotton pour le moins médiatisé

C'est sans doute l'esprit de l'escalier. Vous savez. L'idée qui vous vient bien après la moment voulu. La réponse que vous n'avez pas su donner immédiatement, alors qu'il le fallait.

Le 27 août, je recevais donc, comme toute la presse, un communiqué du Musée d'art et d'histoire de Genève (MAH). Il annonçait ce que je savais depuis longtemps. L'institution allait envoyer une flopée d’œuvres de Félix Vallotton (1865-1925) pour une exposition début octobre au Grand Palais. Sept tableaux. Quinze gravures. Ceux-ci allaient ensuite voir du pays. Montée par le Musée d'Orsay, la rétrospective se promènera au Musée Van Gogh d'Amsterdam (14 février-1er juin 2014), puis à Tokyo (14 juin-23 septembre 2014). Il y avait un certain temps qu'Orsay avait communiqué la bonne nouvelle. Pas de raison de réagir.

Un cache-misère

Et puis j'ai vu, à mon effarement, que ce simple accord de prêt faisait figure d'événement. Ce n'était plus une brève, mais un article dans les journaux. Je me suis mis à réfléchir. Et je me suis dit que cette annonce du MAH servait de cache-misère. Car il ne se passe pas grand chose, rue Charles-Galland, en dépit d'effectifs pléthoriques! A force de repenser un nouveau musée tenant toujours plus du mirage dans le désert (on a davantage l'impression d'un recul que d'une avancée depuis deux ans), les expositions tiennent ici de l'oasis rabougrie.

Vous voulez des détails? La manifestation consacrée à Roger Pfund s'est achevée à la mi-août dans l'indifférence. Celle du Musée Rath sur la collection de la Migros se termine ces jours. On pourrait vendre les derniers billets de cette dernière avec des points rouges M-budget. Soldés! Estimable mais sans plus, la chose n'aura pas attiré les foules. Je ne pense pas non plus qu'on s'écrase à la Maison Tavel pour la présentation d'été. Les «Ferveurs médiévales» sont restées réservées à une élite.

Des mots simples, surtout!

Il faut dire que cet élément d'une entreprise couvrant six villes moyen-âgeuses alpines (Sion, Suse, Aoste...) a fort mal été rattaché aux autres. Là, on ne peut pas dire que la communication du musée, pourtant bien garnie, ait fait son job. Il se situe apparemment ailleurs. De mauvaises langues prétendent que les conservateurs se voient priés d'utiliser les mots les plus simples et les plus courts possibles afin de se faire comprendre de tout un chacun.

C'est surtout la rentrée qui s'annonce maigre. Le MAH semblait oublier l'exposition Konrad Witz (dès le 1er novembre). Il faut dire que le temps des manifestations patrimoniales, un temps vantées par le directeur Jean-Yves Marin, paraît révolu. On préférerait aujourd'hui selon certaines rumeurs les présentations dites «sexy». Le musée a décidé si tard la concrétisation de cet indispensable complément à la restauration du retable de la cathédrale, pourtant prévisible depuis des années, que ses responsables ont dû prendre des bâtons de pèlerin express. Ils auraient préféré solliciter Berlin ou Turin à temps.

Picasso, le retour

Picasso est-il sexy? Apparemment oui, même si les foules annoncées par la directrice du pôle beaux-arts (il y a comme ça six pôles au MAH, dont deux seulement concernent les collections) ne sont pas venues le voir confronté à David Douglas Duncan. Laurence Madeline espérait des visiteurs jusque sur les escaliers de la rue Charles-Galland. Il y avait bien un peu d'attente. Mais la fouille des visiteurs en constituait la cause.

Toujours est-il que «Picasso devant la télé» sera dès le 10 octobre au Cabinet des arts graphiques, promenade du Pin. Là même où l'on attendait l'exposition sur les photographies possédées par l'institution. C'est comme ça! Dans le programme, les choses vont et viennent. Il y en a donc logiquement qui disparaissent. Il semble maintenant qu'il y aura plusieurs présentations axées aupur de la photo en 2015. Ou en 2016. Mais 2015 doit surtout rester l'année de la rétrospective Jean-Pierre Saint-Ours (1752-1809), souvent menacée. Elle doit en effet se dérouler dans le bâtiment du Charles-Galland avant sa longue, longue fermeture.

Des héros cet automne

La grosse entreprise de l'automne sera donc tardive, et au Rath. On espère tout de même qu'«Héros antiques» relèvera la sauce. C'est un joli projet, avec tapisseries et moulages anciens. J'aurai largement le temps d'y revenir. A Genève, il faut beaucoup de temps pour démonter une exposition et construire un nouveau décor. Nous ne sommes pas chez Gianadda. La chose n'ouvra donc au public que le 19 novembre, deux mois après la clôture de l’exposition de la Migros. Photo (MAH): L'un des Vallotton prêtés à Paris.

Prochaine chronique le jeudi 12 septembre. La Biennale de Lyon ouvre ses portes. Attention au verbiage!

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