Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MUSÉE / Un Cercle servira de fan club au MAH genevois

Est-ce parce qu'on tourne toujours en rond avec le Musée d'art et d'histoire de Genève? Un "Cercle de soutien au projet de rénovation et d'agrandissement du MAH" a vu le jour le 10 février. Le but n'est plus de chercher de l'argent. L'interminable communiqué de presse laisse supposer que les comptes jouent. Il s'agit cette fois d'un fan club. Deux objectifs sont visés. Le Cercle entend "exprimer un soutien large et pluriel à la rénovation et à l'agrandissement", ce qui semble aller de soi. Il veut aussi "sensibiliser la population à l'enjeu majeur qu'il présente pour Genève". 

"MAH+ Genève", pour reprendre la terminologie officielle, n'apporte rien de nouveau. Ce groupe, qui réunit déjà "300 personnes de tous horizons et de tous bords politiques", avec une nette préférence pour les milieux bien élevés, entend servir de mégaphone. Il veut faire entendre très fort des idées émises depuis bientôt dix ans. N'oublions pas que le projet Jean Nouvel remonte à 1997, même si l'inauguration du double bâtiment se voit aujourd'hui prévue pour 2022, après avoir été annoncée pour 2017. "Sauf référendum", précise toutefois prudemment le communiqué de "MAH+ Genève".

Les dix commandements

Présidé conjointement par Charlotte de Senarclens, qui a succédé en 2013 à sa mère Catherine Fauchier-Magnan à la tête des Amis du Musée d'art et d'histoire, et par le très politique Manuel Tornare, le Cercle a donc émis un credo. Les raisons de soutenir "MAH+ Genève" sont dix, comme les commandements bibliques. Les arguments avancés se recoupent souvent, pour ne pas dire qu'ils se répètent. Je vous les résume donc vite. C'est parti! 

Je commence. "L'architecture audacieuse lie harmonieusement l'ancien et le moderne". Le musée pourra présenter, outre la collection Gandur, des ensembles dormant dans ses réserves, comme l'horlogerie et les instruments de musique. Le contribuable y gagnera, grâce au mécénat. Le budget sera transparent et maîtrisé, à l'exemple de celui du MEG, ou musée d'ethnographie. Le projet semble réalisable dans un délai rapide (là, je me pince un peu), à cause des préavis favorables et d'une autorisation de construire. C'est "le seul projet concret et enthousiasmant". Ceux "évoqués ça et là" obligeraient à tout recommencer. Ces délais risquent de faire tomber l'offre de Jean Claude Gandur. L'homme a en effet exigé "que les travaux débutent avant mars 2018."

La carotte et le bâton

Le texte manie en réalité la carotte et le bâton. Le bâton parce qu'il entend contraindre. C'est ça ou rien. Ceux qui ne croiraient pas au mirifique projet Nouvel deuxième version et qui le feraient savoir risquent bien de se retrouver sans musée du tout. Le mot "enthousiasme" figure bien ça et là. N'empêche que c'est, à la lecture, le grand absent. La carotte se révèle, elle, d'ordre économique. "Un nouveau musée représente des touristes. Un chantier fait travailler les entreprises locales. Un musée représente des centaines d'emplois". 

Et Charlotte de Senarclens et Michel Tornare d'évoquer les cas de Bilbao, de Marseille, de Metz et de Lens. Si la cité basque doit effectivement beaucoup à son Guggenheim, il reste difficile d'évaluer l'effet à long terme de "Marseille capitale culturelle de l'Europe". Metz vient de faire ses comptes. Ils sont mauvais. Les touristes se contentent d'aller de la gare au Pompidou local sans dépenser un centime sur place. A Lens, les chose semblent encore plus évidentes. Nul ne se rend dans une bourgade à la fois sinistre et sinistrée en sortant de l'antenne du Louvre. L'effet tiroir-caisse, déjà peu excitante sur le plan intellectuel, n'apparaît donc pas automatique.

Et où est le projet muséal? 

Il est aussi permis de prolonger le discours du Cercle, qui s'arrête en 2022, alors que Lausanne, Bâle et Zurich auront sans doute ouvert leurs musées agrandis depuis belle lurette. Rien n'empêchera alors le MAH de retomber dans ses travers et ses dysfonctionnements. Il faudrait aussi un projet muséal, englobant collections, conservation, expositions, publications et rapports de travail. Je vous ai déjà montré comment Rouen réussissait à tourner et à innover avec 70 personnes. Je vous ai dit de quelle manière Rennes parvenait à passionner avec 30 personnes. Je vous raconterai demain et après-demain la façon dont Valence s'est offert un musée moderne de rêve et celle dont Bordeaux a mené sa rénovation. Il faut parfois regarder ailleurs. Photo (Magali Girardin): Jean Nouvel, l'homme par qui tout a commencé.

Prochaine chronique le mercredi 19 février. Bordeaux rénove son Musée des beaux-arts.

 

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