Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MUSÉE / Petite ville, Valence ose voir grand et moderne

C'est un réflexe conditionné. Si vous citez le Musée des beaux-arts de Valence (Valence France, bien sûr!), l'amateur distingué vous répondra "Hubert Robert". En 1836, un collectionneur du nom d'Hubert Veyrenc, sur lequel on ne sait presque rien, a offert à la Ville une fantastique collection de dessins à la sanguine (au crayon rouge, donc) de cet artiste phare du XVIIIe siècle. Un homme qu'il a peut-être connu. D'autres œuvres figuraient dans ce don initial. Une restauration récente vient de faire surgir sous la crasse un probable Rubens. 

C'est que le musée, situé dans l'ancien palais épiscopal, face à la cathédrale, tout près d'une marque apposée là où fut exécuté le fameux contrebandier Mandrin en 1755, vient de se voir transformé de fond en comble! Un mot à prendre au sens propre. De 2010 à 2013, Jean-Paul Philippon a non seulement assaini un bâtiment sans cesse modifié depuis la construction d'une tour au XIe siècle. Il lui a ajouté des compléments modernes. L'édifice a ainsi reçu un pavillon d'accueil vert. Ses murs de pierre supportent de nouveaux étages vitrés. Un belvédère à 360 degrés évoque le donjon disparu au XIXe siècle. Ce promontoire fournit notamment une vue admirable sur les imposantes ruines du château de Crussol, de l'autre côté du Rhône.

Marier l'ancien et le contemporain 

Comme pour le projet Jean Nouvel à Genève, il a fallu marier l'ancien, le très ancien même, avec le contemporain. L'approche apparaît franche. Audacieuse même. Mais intelligente. Efficace. Respectueuse. On n'en attendait pas moins d'un architecte plus tout jeune (Philippon est né en 1945), qui a surtout réhabilité des bâtiments historiques. L'homme a ainsi lancé le chantier du Musée d'Orsay à Paris, avant que Gae Aulenti s'empare du lieu pour en faire l'horreur néo-babylonienne que l'on sait. C'est lui qui a ensuite aménagé La Piscine à Roubaix, l'un des musées de région les plus visités. Philippon planche du reste aujourd'hui sur l'extension de ce dernier (ou de cette dernière). 

Le parcours valentinois reste assez peu clair, mais peu importe. Il fallait tenir compte de murs médiévaux retrouvés. D'une jolie galerie gothique. De salons disant la transformation des lieux au XVIIIe siècle. Et puis Valence a vu grand! Cette ville, qui n'a pourtant rien d'une métropole, a misé sur un local de 35 salles. Il y a en a pour l'archéologie locale. Pour la peinture classique avec bien sûr Hubert Robert, dont la ville n'a pas acquis moins de onze toiles supplémentaires ces vingt dernières années. Plus l'apport contemporain. Les conservateurs sont allés faire leur marché dans les FRAC (fonds régionaux d'art contemporain), aujourd'hui bien menacés dans leur existence.

Collections moyennes 

Tout irait-il pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles? Non, hélas. D'abord, Valence n'offre rien de séduisant. A part la "Maison des têtes", le plus bel édifice gothique civil conservé de France avec l'Hôtel de Cluny à Paris et la maison de Jacques Cœur à Bourges, elle n'offre rien d'architecturalement jouissif. Cette cité se révèle en plus très enclavée. Déjà à l'écart des grandes routes, elle a "bénéficié", si j'ose dire, de la première grande gare TGV en pleine campagne. Autant dire qu'aucun touriste n'y passe sans faire un effort sur lui-même. 

Les collections du musée restent en plus moyennes, en dépit des efforts de présentation actuels. De belles mosaïques romaines, un superbe double chapiteau roman, quelques jolis tableaux déposés par l'Etat ne suffisent pas à compléter les fameux Hubert Robert. Il y a aussi lici beaucoup de croûtes et de vieux cailloux. On ne peut pas dire que, pour la suite, les FRAC se soient dépouillés. Joan Mitchell, Etienne-Martin, Hamish Fulton ou Tal Coat ne suffisent pas à composer un véritable ensemble.

Paris devrait faire un effort 

Face à cette réalité, deux réactions semblent possibles. La négative et la positive. La première dénoncerait tant de dépenses (à côté le projet Jean Nouvel pour Genève semble modeste) pour un contenu aussi modeste. La seconde irait au delà de la situation actuelle. Maintenant que Valence possède une telle boîte, il serait bon de la remplir. Le Louvre, Orsay, Beaubourg, aux réserves scandaleusement débordantes, feraient bien d'envoyer en dépôt de quoi garnir toutes ces cimaises. Il n'y a pas que Paris en France. La province existe aussi. Et d'ailleurs soyons justes. Par certains aspects, Paris fait aujourd'hui très province.

Pratique 

Musée de Valence, 4, place des Ormeaux, Valence. Tél. 00334 75 79 20 80, site www.museedevalence.fr Ouvert le mardi de 14h à 18h, du mercredi au dimanche de 10h à 18h. Photo (Ville de Valence): Le belvédère avec, au fond, la tour de la cathédrale.

Prochaine chronique le vendredi 21 février. La Fondation Baur de Genève montre des estampes japonaises. Sujet, la route du Tôkaidô.

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