Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MUSÉE/Lyon présente dix ans d'acquisitions "et de passion"

Il y a quelques mois paraissait un livre dont je vous ai d'ailleurs parlé (1). «Ceci n'est pas qu'un tableau» de Bernard Lahire racontait en 600 pages comment le Musée des beaux-arts de Lyon avait acquis, il y a quelques années, «La fuite en Egypte» (1657) de Nicolas Poussin pour 17 millions d'euros. Record absolu pour une institution de province (je sais, je devrais dire «de région»). Lahire y voyait la volonté de sa directrice Sylvie Ramond de «jouer dans la cour des grands.» 

Ecrit à l'initiative de la dame, candidate malheureuse à la succession d'Henri Loyrette à la tête du Louvre, l'ouvrage a moyennement dû lui faire plaisir. En dépit du tam-tam médiatique dont a bénéficié un texte pourtant difficile, malgré la large diffusion dont ce pavé fait encore l'objet dans les librairies, elle en prenait, comme dit le vulgaire, «plein la gueule». On la voyait agir par orgueil, même s'il s'agit d'une toile sans nul doute très importante. Une peinture qui vient heureusement compléter la galerie XVIIe de ce qui se veut (mais il y a de la concurrence en ce domaine!) le «second musée de France».

Un parcours dans les salles 

Le Musée des beaux-arts de Lyon propose depuis la fin mai un parcours à travers ses salles pour découvrir «Dix ans d'acquisitions, Dix ans de passions». Les pièces achetées ou reçues par divers biais se découvrent ainsi dans leur contexte, qu'il s'agisse de beaux-arts, d'archéologie ou d'arts décoratifs. On notera que le spectaculaire s'est vu privilégié. Sylvie Ramond est parvenue à acquérir très cher une fausse paire de paysages de Fragonard (ils ont été jumelés après coup), un tableautin historique d'Ingres ou un triptyque, comme il se doit tout noir, de Pierre Soulages. 

Est-ce la bonne politique? On a souvent l'impression que les gens de musée sont déconnectés du marché del'art, considéré comme sale et dégrandant. L'achat en cours de Lyon le prouve. Sylvie Ramond veut pour ses cimaises un Corneille de Lyon, ce qui semble s'imposer. Ce portraitiste flamand a fait, au milieu du XVIe siècle, toute sa carrière dans une ville alors extraordinairement prospère. Seulement voilà! Elle en a trouvé un (avec les mains, ce qui est paraît-il très rare) à 900.000 euros, qui seront en partie trouver, comme pour le Poussin, les Fragonard et l'Ingres en partie par souscription publique.

Valence ou Rouen plus modestes 

Or ne voilà-t-il pas qu'un Corneille de Lyon très séduisant, un peu plus petit et bien sûr sans mains, figure dans la vente de Sotheby's Paris du 17 juin prochain. Il provient de l'illustre maison Wildenstein. Il a longtemps appartenu au Kimbell-Atkins Museum of Art de Kansas City, un des plus importants musées américains de province, qui l'a revendu en 1989. Ce petit bijou n'est estimé que 30.000-50.000 euros. Peut-on autant jongler avec l'argent public et celui des amis du musée? 

D'autres institutions savent rester plus modestes. Valence vient de s'offrir un Thomas Blanchet, important peintre lyonnais du XVIIe siècle longtemps installé à Rome. Rouen a reçu, grâce à l'argent de ses «Amis», l'Adrien Sacquespée (un peintre rouennais du XVIIe siècle) qui lui manquait pour moins de 20.000 euros. Rennes a fait par hasard coup double. Son musée avait acheté dans une galerie parisienne, pour 350.000 euros, un âpôtre de Ribera (un Espagnol installé à Naples au XVIIe siècle), faisant partie d'une série. Il a tenté de la reconstituer dans une belle exposition, empruntant au passage un autre apôtre à un privé. Ce collectionneur s'est montré si séduit qu'il a laissé son bien à Rennes. 

(1) Le 17 février 2015. Mots clés: Poussin 17 millions euros.

Pratique

«Dix ans d'acquisitions, Dix ans de passion», Musée des beaux-arts, 20, place des Terreaux, Lyon, jusqu'au 21 septembre. Tél. 00334 72 10 17 40, site www.mba-lyon.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 10h à 18h, le vendredi dès 10h30. Photo (Musée des beaux-arts/Alain Basset): Une visiteuse devant le triptyque de Soulages.

Ce texte intercalaire accompagne celui sur les nouvelles acquisitions de Grenoble, situé un cran plus haut.

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