Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MUSEE/Les 100 livres des Barbier-Mueller

Elle tient lieu de bras droit à Jean-Paul Barbier-Mueller et de cheville ouvrière au Musée Barbier-Mueller, dont elle assume la direction. Elle a l’œil à tout. Laurence Mattet jongle avec les expositions internationales et les livres. De ce côté-là, elle vient d'arriver à un chiffre rond. L'institution privée a sorti à 100 publications depuis 1977. Traductions non comprises. Certains volumes existent ainsi dans des langues surprenantes... 

Comment en êtes vous arrivée au chiffre 100?
C'est une drôle d'histoire. Je devais parler de nos livres au "Parcours des mondes", qui se tient chaque année début septembre à Paris. Une véritable rencontre pour les amateurs d'arts premiers, qui viennent du monde entier. Je me suis dit qu'il serait bon d'effectuer un petit calcul. Je suis arrivée à 100. Comme quoi, il n'y a pas de hasard. Je me suis dit que la chose méritait un catalogue. Nous nous y sommes attelés. C'était aussi l'occasion de faire l'inventaire de nos volumes, répartis dans cinq dépôts. Une excellente idée! Nous avons retrouvé des piles d'exemplaires d'ouvrages supposés épuisés. 

Il y a aussi des traduction en anglais...
...ou en espagnol. Cela dépend en fait des partenariats. Si un éditeur nous réclame une traduction, nous la faisons. Il faut également suivre les manifestations itinérantes. Pour le 500e anniversaire de la découverte de l'Amérique, en 1992, il y a eu une véritable tournée ibérique, avec ce que cela comporte. Le catalogue a connu des versions en portugais, en galicien, en catalan et en castillan. En Belgique, il nous faut du flamand.

Comment procédez-vous alors?
Certains éditeurs disposent du personnel voulu. Autrement, c'est à nous de trouver les gens. 

En 1977, au moment de la fondation du musée à Genève, vous n'étiez pas encore là.
Je suis arrivée en 1987. C'était un moment charnière. Jusque là, l'équipe publiait surtout des plaquettes. "L'Or des îles" était resté une exception en 1985 avec ses 370 pages, mais l'exposition a roulé dans 19 institutions, de Miami à Göteborg en passant par Hong-Kong. Passer à la vitesse supérieure correspondait à un choix de Jean-Paul Barbier-Mueller. Il a senti que la vocation du musée était de faire connaître les arts extra-européens non seulement par des présentations, mais par aussi des publications scientifiques, souvent collectives. Nus avons eu jusqu'à 40 auteurs sur un seul titre. Les spécialistes ont beaucoup de chose à dire. Il leur faut de la place. Nous entendons produire avec eux des ouvrages de référence. 

Ces ouvrages sont-ils tous liés à une exposition?
Pas forcément. Nous avons connu quelques exceptions comme "Civilisations disparues", de Jean-Paul Barbier-Mueller ou une biographie de douze collectionneurs d'art tribal anglais depuis 1760. Nous demeurons variés. J'ai la chance d'orchestrer trois types de publications bien différents. Il y a bien sûr les gros catalogues, mais je dois rappeler l'existence de notre revue "Arts & Cultures". Je suis partie du bulletin semestriel des Amis du musée, que je trouvais un peu terne. Je tentais bien de lui ajouter des pages, mais il restait indigne du musée. Nous avons fait la révolution en 2000. Un gros album annuel, plein de d'articles très divers. Certains doivent tenir lieu de récréation au lecteur moins spécialisé. Je suis allée voir un éditeur. Somogy nous distribue en librairie. J'ai pensé aux annonceurs, en particuliers aux marchands d'art tribal. La publicité bénéficie à tout le monde. Il s'agit aussi d'une forme d'information. 

Et la troisième forme de publication comprend...
...les livres de la Fondation, créée en 2011 et patronnée par Vacheron & Constantin. Ce ne sont pas des lectures faciles, je l'admets. Les textes résultent de bourses d'études pour des recherches effectuées sur place par des ethnologues. L'idée est simple. Il s'agit sinon de maintenir, du moins de préserver la mémoire de cultures méconnues, voire inconnues. C'est celle de petites ethnies, laissées de côté par le monde scientifique, alors même qu'elles risquent encore davantage de disparaître que les autres. Pensez aux Gan, qui ne sont que 5000. Ils ont un art et une vision du monde originaux. Nous avons été heureux de leur consacrer une exposition, même si cette collection s'intéresse aux gens, et non pas aux objets. Nous avons fait venir à Genève le roi des Gan, qui a en principe l'interdiction de quitter le territoire national. 

Quel est le succès de vente de ces publications?
Imprévisible et divers. Je pense aux Baga. L'exposition genevoise, qui nous tenait à cœur, a été un échec public. J'ai téléphoné à l'éditeur pour faire le point. Il avait vendu tous les exemplaires et se réjouissait de faire un retirage pour Marseille, où les œuvres doivent être présentées à la Vieille Charité. Nos actuelles "Nudités insolites", que nous prolongeons jusqu'en février, constituent un succès de fréquentation et de vente. 

Votre avenir éditorial?
D'abord, mettre en ligne. Consultation gratuite pour nos Amis. Payante pour le reste du public. Nous commencerons par vos vrais épuisés. Il s'agit là de notre mémoire à nous, après tout! Il y aura aussi de nouvelles sorties. Mais plus de catalogues trop gros, trop lourds et trop chers. Le temps en est passé. Il faut aussi dire que la collection du musée a déjà été très étudiée. 

La prochaine exposition?
Les arts du Nigeria. Une partie de ce fonds a certes été vendue au Musée du Quai Branly, mais il nous reste beaucoup d'objets. 

La question qu'on ne pose pas, pour terminer. Quel avenir pour le musée?
Je crois que vous pouvez le dire. Thierry et Stéphane Barbier-Mueller n'en font pas mystère. Ils comptent poursuivre l’œuvre de leur père. Ce sera forcément différent. Mais il y aura, à tous les sens du terme, une filiation.

Pratique

Rappelons l'exposition "Nudités insolites". Musée Barbier-Mueller, 10, rue Calvin, Genève, prolongé jusqu'en février 2015. Tél. 022 312 02 70, site www.barbier-mueller.ch Ouvert tous les jours, sans exceptions, de 11h à 17h. Photo: (Musée Barbier-Mueller): L'un de plus gros ouvrage sortis par le musée, en 2006, avec 470 pages et 378 illustrations.

Prochaine chronique le samedi 25 octobre. Le Musée Maillol de Paris fricote avec les Borgia.

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