Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MUSÉE / Le Locle rouvre aujourd'hui ses Beaux-arts

Il n'y a pas que la France pour rouvrir des musées. Les Beaux-arts du Locle reprennent leur essor ce week-end. Il y a eu trois ans de travaux, menés par l'architecte Nicolas Fröhlich. Le Veveysan devait remettre à flots le bâtiment de 1906 et celui de 1932, en grignotant un peu d'espace dans ce dernier. L'institution possède désormais si ce n'est un pignon, du moins une vitrine sur rue. Cette dernière "permet d'en faire un lieu ouvert sur la Cité, un lieu de rencontre, convivial et dynamique qui s'adresse à tous les publics et qui vise à favoriser l'échange des connaissances et le partage des perspectives autour de la production artistique du passé et du présent." On reconnaît là le langage en kit de ces nouveaux maires de Champignac que sont les officiels de la culture. 

Mais trêve de sarcasmes. Il faut reconnaître que la ville neuchâteloise a su, et sait se débrouiller. D'abord, il ne semble pas évident de faire de la culture au Locle. Difficile de trouver en Suisse un lieu plus enclavé. Rien au-delà! Le bout du monde! L'institution n'est pourtant pas nouvelle. Elle a fêté ses 150 ans en 2012. Après avoir commencé par la peinture, avant tout régionale, elle a trouvé sa vocation en 1965. Elle s'est alors spécialisée dans l'estampe. Un genre où il existe peu de concurrence en Suisse romande. Genève a quasi jeté l'éponge. Dans le canton de Vaud, je ne vois guère que Vevey. avec le cabinet cantonal déposé au Musée Jenisch.

Un budget raisonnable 

Le musée devait ensuite se donner les besoins financiers de ses ambitions. La transformation, dans un bâtiment partiellement classé, était budgétée 2.500.000 francs. La Ville allouait un crédit de 1.537.000 francs. Faites la soustraction. La Société de beaux-arts avait à trouver près d'un million auprès de donateurs institutionnels et privés. Les Loclois, qui ne sont guère plus de 10.000, ont été invités en 2010 à acquérir (symboliquement) des mètres carrés. Et ce jusqu'à épuisement de la superficie. Il y avait là 1307 mètres. Et ça a marché! 

Après avoir fait délicatement remarquer qu'il n faut pas toujours dépenser 50 millions pour métamorphoser un musée, je dirai que le résultat se révèle plutôt réussi. De grandes salles, un peu trop blanches peut-être. Une bibliothèque qui viendra se loger sous les combles. Un rez-de-chaussée permettant l'installation d'une grande création contemporain. C'est Christian Gräser qui essuie ici les plâtres. Le Bernois a imaginé un mur transparent, fait de rouleaux de papier vierge. Le regard du passant ne devine l'intérieur du bâtiment qu'à travers une dizaine de tubes à la fois. Le reste de l'espace se perd dans une masse blanche se déplaçant avec l'observateur.

Gravure avec Erik Demazières 

L'un des autres étages est réservé à la peinture. Il s'agit de montrer le fonds. Un petit fonds, où Cuno Amiet voisine avec Albert Anker (un achat de 1882), Paul-Théophile Robert ou les quatre frères Barraud, éminents représentants d'un "réalisme magique" plus propre à l'Allemagne ou à l'Italie qu'aux pays francophones. J'ai cité Aimé, François, Aurèle et Charles. 

Il fallait bien sûr un représentant pour la gravure. Le Musée des beaux-arts du Locle a frappé fort en invitant Erik Demazières. A 65 ans, le Français constitue une des rares stars de l'aquatinte et du burin. On connaît les grandes planches, où l'homme observe des lieux souvent promis à une disparition prochaine. Toute une série d'épreuves, parfois rehaussées à la gouache et à l'aquarelle, montre la Salle Labrouste de la Bibliothèque nationale française, aujourd'hui vidée de ses lecteurs, l'atelier de taille douce de René Tazé, démoli depuis, ou le bureau de Maxime Préaud, qui a quitté ses fonctions de conservateur d'estampes. Le temps a été fixé. Figé. Mais il il peut se retrouver.

Nouvelle conservatrice 

En 2012, Le Locle s'était retrouvé sans conservateur. Il y a eu appel d'offres, tandis que Lada Umstätter, à la tête du Musée des beaux-arts de la Chaux-de-Fonds, assurait un intérim. Trente-huit réponses "de haut niveau" sont arrivées, ce qui en dit long sur la pénurie de débouchés pour les historiens d'art. Nathalie Herschdorfer a été élue. C'était jusqu'ici une spécialiste de la photographie. Elle a passé douze ans à l'Elysée de Lausanne, avant de prendre en charge à Rossinière le festival "Alt + 1000". On lui doit de nombreuses expositions dont "Papier glacé", sur l'image de mode, qui ouvrira au Musée Galliera de Paris le 1er mars. Le papier, elle connaît donc. Il ne lui reste plus qu'à changer de techniques d'impression.

Pratique

Musée des beaux-arts, 6, rue Marie-Anne Calame, Le Locle. Tél. 032 933 89 50, site www.mbal.ch Ouvert du mercredi au vendredi de 12h30 à 17h, samedi et dimanche de 11h à 17h. Christian Gläser reste jusqu'au 25 mai, Erik Demazières jusqu'au 8 juin. Portes ouvertes ce dimanche 23 février de 11h à 17h. Photo (DR): L'un des "Ateliers" d'Erik Demazières" exposés au Locle.

Prochaine chronique le lundi 24 février. Exem est présenté au Château de Penthes en marge d'une expositon Titin. Interview fleuve du dessinateur genevois.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."