Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MUSÉE / Le cercle de soutien au MAH se voit déjà contré

Cela devait arriver! Le 10 février se créait "Le Cercle de soutien", un lobby destiné à faire avancer le projet d'un Musée d'art et d'histoire remodelé et agrandi par Jean Nouvel. Présidé par Charlotte de Senarclens et Manuel Tornare, ce groupement se targuait bientôt d'avoir obtenu 300 signatures de personnalités, ce qui fait beaucoup de beau monde pour une petite ville comme Genève (le chiffre serait aujourd'hui de 700!). 

Il faut dire que les arguments avancés ne faisaient pas dans la dentelle. C'était ça ou rien. Le temps commençant à presser afin de respecter le délai fixé par le mécène Jean Claude Gandur (début 2018 pour le premier coup de pioche), il n'existait pas d'autre projet "au bénéfice d'une autorisation de construire, d'un préavis favorable de la CMNS (chargé de la protection des monuments et sites, NDLR), d'un soutien de partenaires privés et d'un budget fixé dans les moindres détails." (1) Pas question de tout recommencer à zéro.

Deux recours oubliés

Face à cette politique du bulldozer, à tous les sens du terme, les opposants ont vite réagi. L'un d'eux (Thierry Barbier-Mueller, pour ne pas le nommer) m'envoyait vite un courriel me rappelant l'existence de deux recours pendants. "Deux recours que la Ville balaie d'un revers de manche, alors que l'affaire n'a pas encore été jugée." Il s'agit là des demandes déposées en septembre au Tribunal administratif par Patrimoine suisse et Action patrimoine vivant, qui menacent par ailleurs d'aller jusqu'au Tribunal fédéral. Le remplissage de la cour du bâtiment construit par Marc Camoletti entre 1904 et 1909 paraît un crime architectural aux yeux des deux organisations. Le Tribunal leur donnera peut-être raison... 

Aujourd'hui, un nouveau texte s'apprête à circuler afin de relancer le projet d'un musée souterrain sous la butte de l'Observatoire. Si Le Cercle avait trouvé "dix raisons de soutenir le MAH+" (même si le cœur n'y était pas vraiment), les opposants au projet Nouvel en fournissent dix autres pour le refuser, "ou dix mauvaises raisons de l'accepter". On voit qu'il s'agit là d'une bataille de tranchées, ce qui convient à l'année actuelle. Ne célèbre-t-on pas les cent ans de la guerre de 14?

La peur d'une explosion des coûts

Les arguments avancés par le document de travail sont longs. Je vous les résume. Nouvel a pratiquement détruit certains bâtiments historiques, comme l'Opéra de Lyon. Ses créations ont une fâcheuse propension à exiger de rapides réfections. Le budget du projet, aujourd'hui fixé à 127 millions, semble étrange. Comment se fait-il que le prix de la restauration du bâtiment Camoletti ait passé de 40 à 85 millions, "alors que le coût de l'extension Nouvel reste pratiquement inchangé"? La vision muséale de Jean-Yves Marin semble enfin incertaine. "Rassembler les collections ne peut conduire qu'à la pire confusion et ne répond en rien à l'attente des visiteurs." 

Craignant des surcoûts dus aux prouesses techniques exigées par le projet Nouvel 2, celui de 2013, les opposants se prononcent donc à nouveau pour la solution Observatoire. Un bâtiment de béton enterré leur semble plus sûr et plus économique. Bref, les choses n'avancent guère. Il y a maintenant seize ans que l'on palabre. Si l'on n'avait pas exhumé en 2007 le projet Nouvel, abandonné en 2001, le bâtiment Camoletti seul serait depuis longtemps réhabilité.

Mes trois étonnements 

Après vous avoir parlé du texte des opposants, qui m'est parvenu, sous forme de message électronique, par une indiscrétion que je qualifierai de volontaire, j'ajouterai trois considérations personnelles sous forme d'étonnements. 

Un) Le budget avancé est de 127 millions. Les travaux de rénovation et de (léger) agrandissement du Musée du Locle, rouvert il y a quelques jours, en ont coûté 2,5. Comment est-ce possible? 

Deux) L'été dernier, Bâle démolissait des maisons, creusait un trou et lançait les fondations de la nouvelle aile de son Kunstmuseum. En mars 2014, non seulement le trou est bouché, mais les murs du rez-de-chaussée sont construits. Comment est-ce possible? (2)

Trois) Valence, en France, vient de transformer son évêché, partiellement médiéval. Jean-Paul Philippon y a ajouté un pavillon d'accueil, un étage en verre et une terrasse panoramique sur le toit. Cette ville de 63.000 habitants dispose désormais d'un bâtiment réaménagé de 35 salles. Comment est-ce possible? Photo (Tribune de Genève): La butte de l'Observatoire à Genève 

(1) Là, restons prudents. La dernière manchette de quotidien genevois que j'aie lue avant de poster cet article signalait que "les coûts de construction de l'agrandissement de l'aéroport de Cointrin dérapent"...

(2) Réponse, parce que c'est Bâle. En mai 2012, le vieux bâtiment de la Messe se voyait démoli pour faire place à une immense halle, dessinée par le tandem Herzog et DeMeuron. Cette dernière était inaugurée en juin 2013.

C'était là un texte intercalaire. Prochaine chronique comme prévu le 13 mars. "Art7" fête ses dix ans à Carouge.

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