Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MUSÉE / Dijon rouvre en partie son ancien palais ducal

Les amateurs d'un certain âge (et encore plus ceux d'un âge certain) s'en souviennent. Construits dans l'enthousiasme au XIXe siècle, les musées de province français,se trouvaient dans un triste état vers 1970. Salles vieillottes. Tableaux jaunis. Accrochages inamovibles. La belle au Bois dormant n'avait pas fait mieux dans le genre. 

Les réveils ont été lents, et parfois comateux. Besançon a donné le branle. Ont tardivement suivi, avec des bonheurs divers, Lille, Rouen, Lyon, Angers, Aix-en-Provence ou Montpellier. Certains chantiers se sont éternisés, comme ceux bien sûr de Marseille. 2013 n'en apparaît pas moins une bonne cuvée. Sont (parfois provisoirement) sortis des échafaudages Marseille précisément, Nevers, Dijon, Bordeaux ou Valence.

Une rénovation en trois tranches 

C'est début septembre que le Musée des beaux-arts de Dijon, installé dans ce qui subsiste d'un palais des ducs de Bourgogne revu et corrigé jusqu'au XIXe siècle, a rouvert ses portes. Des portes que le public doit chercher. Elles se situent quelque part dans la Cour de Bar. L'inauguration ne concerne en effet que la première tranche, réservée aux salles du Moyen Age et de la Renaissance. Simultanées, les deuxième et troisième parties de ce saucissonnage devraient démarrer en 2015. Vu la lenteur des débuts, voilà qui nous promet une inauguration totale après 2020. 

L'ouverture en septembre (après six ans de travaux et 60 millions d'euros de dépenses) ne s'est pas effectuée sans polémiques. Il faut dire que l'architecte mandaté, Yves Lion, s'est fait tancer pour des apports peu respectueux d'un bâtiment historique. Je pense en particulier au grand plan doré, qui double désormais une façade en hauteur. On dirait un monochrome d'Yves Klein, en inamovible hélas. Bouffant du lion, si j'ose dire, le malheureux a menacé des foudres de la justice un critique, qui a étalé la chose sur la place publique. Les rieurs n'ont pas été du côté de l'offensé, dont on ignore s'il sera ou non chargé de la suite.

Tombeaux ducaux restaurés et isolés 

Reste encore à visiter. L'expédition se fait sur quantité d'étages, même si des espaces se sont vus gagnés sur la mairie. Son premier adjoint a ainsi dû abandonner son bureau, qui abrite désormais les retables commandés dans les années 1390 pour la chartreuse de Champmol, le panthéon des ducs de Bourgogne. A nouveaux restaurés, leurs tombeaux reposent désormais solitaires dans une immense salle gothique, dont les murs ont curieusement été repeints en framboise écrasée. 

La suite du parcours réserve énormément d'objets médiévaux ou renaissants, très souvent tirés des réserves par la directrice Sophie Jugie. L'institution est riche des legs Edma et Anthelme Trimolet (un nom qui sent bon le XIXe siècle), Jules Maciet, Henri et Sophie Grangier. Plus bien sûr Marie-Henriette Dard. Cette dernière laissa en 1916 l'un des plus beaux ensemble de peintures suisses et allemandes qui soient. Dijon possède ainsi des fragments du "Miroir du Salut" bâlois de Konrad Witz et le "Retable Rupp" qui provient de la Madeleine genevoise, où il brillait avant la Réforme.

De sérieux bémols

Tout cela se bouscule un peu. Il y a trop de tout partout. L'architecture moderne séduit peu. Il y a aux parois des textes un peu ridicules, se voulant éclairants. Quel intérêt d'y peindre "de somptueuses fêtes régalent et éblouissent les invités" ou "baignés de lumière, les appartements accueillent ducs et gouverneurs"? 

Le reste du musée est demeuré dans son jus. Une sauce froide. Des gardiennes en doudoune veillent sur des salles non chauffées, au contenu pourtant remarquable. Il s'agit sans doute de mettre le (rare) visiteur dans un climat (hivernal) d'époque.

Pratique

Musée des beaux-arts, 1, rue Rameau, Dijon. Tél. 00333 80 74 52 09, site www.mba.dijon.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 9h30 à 18h, dès le 2 novembre de 10h à 17h. Entrée gratuite. Photo (DR): La nouvelle salle des tombeaux ducaux, repeinte en framboise écrasée.

 

Etienne Martellange et ses portraits de villes des années 1600

A quoi ressemblait le Puy-en-Velay en 1607, Autun en 1611 ou Bourges en 1615? Il existe mieux pour nous le montrer que de rares et méchantes gravures anciennes. Ce sont les grands dessins d'Etienne Martellange. Architecte des Jésuites, ce dernier a tracé avec précision le contour des villes qu'il traversait afin de bâtir les églises et collèges de cet ordre protégé par Henri IV et Louis XIII. L'homme ne s'oubliait pas. Il suivait, en les fixant sur papier, la progression de ses propres constructions à Roanne, Paris ou Dijon. 

C'est cette dernière ville qui propose aujourd'hui une exposition résolument pointue sur Martellange (1569-1641). Elle ne se déroule pas au Musée des beaux-arts refait, mais au Musée Magnin, juste à côté. La chose s'explique en partie ainsi. Un superbe hôtel particulier du XVIIe siècle a été rempli de quelque 2000 œuvres par un frère et une sœur, Jeanne et Maurice Magnin. L'ensemble a été donné en 1938 non pas à la Ville, mais à l'Etat. L'institution, quoique modeste, peut ainsi accueillir sans problème des collections appartenant à ce dernier. C'est le cas des dessins de Martellange, qui font partie des fonds sans fond de la Bibliothèque nationale.

De grands monuments disparus 

L'exposition actuelle présente en vedette les vues de Dijon, que l'observateur peut reconnaître. Il en va de même pour Le Puy. Mâcon a en revanche changé. L'immense église de Cluny, la plus vaste d'Occident après Saint-Pierre de Rome, a disparu. Certains état fixés par Martellange étaient eux par définition transitoire. Le public peut ainsi découvrir la Sainte-Chapelle de Paris après l'incendie de 1630 et la construction du Palais du Luxembourg, voulu dans la capitale par Marie de Médicis. 

Le reste du musée vaut le coup d’œil. Je pense surtout aux salles abritant la peinture française du XVIIe siècle, totalement déconsidérée quand les Magnin effectuaient leurs emplettes.

Pratique

"Dessins d'Etienne Martellange, Un architecte itinérant au temps de Henri IV et de Louis XIII", Musée Magnin, 4, rue des Bons-Enfants, Dijon, jusqu'au 19 janvier. Tél. 00333 80 67 11 10, site www.musee-magnin.fr Ouvert de 10 à 12 heures et de 14 à 18 heures, sauf le lundi. Petit, mais bon catalogue édité chez Gourcuff-Gradenigo.

Prochaine chronique le mercredi 1er janvier. Londres redécouvre le très baroque Benedetto Castiglione, "the lost genius". Et à propos, bonne année!

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