Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MUSÉE/Alexandre Fiette et l'avenir de Tavel

On l'a connu dans la maison mère. Spécialiste des textiles, Alexandre Fiette a prouvé au Musée d'art et d'histoire qu'il avait l'étoffe d'un commissaire d'expositions. On lui doit ainsi celle sur les robes du mannequin Danielle Luquet de Saint Germain, aujourd'hui dispersées. Il a installé le truc en plumes de Zizi Jeanmaire au Musée Rath. A Genève depuis 1996, le Français a aussi réglé des exposition patrimoniales, comme l'important "Décor, design & industrie", qui illustrait trois siècles de création genevoise dans le domaine des arts faussement dits mineurs: la céramique, l'affiche ou le mobilier. 

A 50 ans, Alexandre se trouve à la tête de la Maison Tavel, dont il est (je relis bien mes notes) "conservateur responsable". Autant dire qu'il relève de la tutelle du MAH. Cette institution vouée à l'histoire locale n'a pas l'indépendance acquise il y a quelques années par l'Ariana. 

Quel souvenir gardez-vous du commissariat d'expositions?
Je suis entré au MAH comme restaurateur de textile. J'ai été pris sur concours, après avoir passé par la Fondation Abegg, dans le canton de Berne, et le Victoria & Albert Museum de Londres. Je me suis retrouvé peu à peu impliqué dans des présentations temporaires. Je garde un souvenir particulièrement heureux de l'accrochage sur le matelassé, du quilt au capiton. L'idée me correspondait tout à fait. Je me suis aussi mis au service de certains projets, comme la rétrospective du graphiste genevois Roger Pfund. "Décor, design & industrie" m'a enfin été utile. Sa longue préparation m'a permis d'acquérir une bonne connaissance du terrain local. 

Vous vous occupez aujourd'hui d'un musée.
On m'a demandé de reprendre le bâtiment, après la démission de Nathalie Chaix. C'était au départ un simple intérim. Il se trouvait que j'avais le profil voulu. Quand il y a eu un vrai concours pour le poste, je me suis présenté. J'ai été désigné contre certain nombre de candidats, dont je ne sais même pas le nom. C'était en août 2013. 

Et depuis?
Eh bien, j'ai commencé par assumer ce qui était déjà décidé. J'honore les contrats. Je ne regrette pas d'avoir proposé "Les visages de Genève". L'exposition m'a semblé aussi sympathique que le photographe Josh Fassbind. C'était faire là preuve de sociologie locale dans un musée centré sur l'histoire de la ville et du canton. 

A qui ce musée est-il en fait destiné?
A tous. Il faut faire réfléchir les Genevois sur leur passé plus ou moins lointain et donner un résumé de son originalité aux touristes. Dans nos 60.000 visiteurs annuels, ce sont ces derniers les plus nombreux. Ils se voient souvent amenés par des gens d'ici, qui voient dans la Maison Tavel une sorte d'introduction à la vie ancestrale de la ville. Nous offrons quelque chose de concret. Il y a le relief Magnin. Notre deuxième étage est l'appartement d'une demeure ancienne. Il y a là une intimité qui se voit bien ressentie. Elle possède un côté naturel. N'oublions pas que la présentation reste dictée par la disposition de murs remontant en partie au Moyen Age. 

Où en est-on des projets de restauration et de réaménagement?
Tout le monde semble d'accord pour une remise en état. Il faut rependre certains murs extérieurs et revoir la muséographie. N'oubliez pas que Tavel a été inauguré en 1986, il y a donc près de trente ans! Tout avait alors été conduit avec soin, mais certaines choses ont vieilli. Le temps a aussi passé. Il était alors convenu qu'on s'arrêtait en 1900. Il s'agit maintenant de faire entrer chez nous le XXe siècle. Nous sommes au XXIe. L'histoire ne s'arrête jamais. 

Y a-t-il des projets?
Evidemment! Il semble clair que tout ne pourra pas se faire en même temps. Il y a aussi les priorités de la Ville, qui a devant elle beaucoup de gros chantiers. Elle ne nous oublie pas, mais il est clair que nous ne constituons pas l'urgence absolue. La Municipalité procède donc par petites touches. La dernière était de mettre à niveau le chauffage, ce qui était peu spectaculaire. Il vaut d'ailleurs mieux que des radiateurs restent discrets! 

Et la muséographie?
Elle a fait l'objet d'une réflexion commencée avant mon arrivée. L'idée principale est d'intégrer le sous-sol moderne, qui me semble une réussite architecturale digne de nos caves gothiques, dans le parcours permanent. Sa hauteur permettrait de mieux y disposer les éléments provenant de bâtiments anciens, souvent disparus. Il n'y aurait donc plus là d'expositions temporaires. Elles paraissent mieux adaptées aux surfaces du premier étage. 

Beaucoup de gadgets audio-visuels sont-ils envisagés?
L'audio-visuel rend les visiteurs un peu passifs. Il fige aussi les choses, empêchant notamment le renouvellement des vitrines. Un musée comme Tavel doit avant tout tourner autour de ses objets, qu'il lui faut donner à découvrir d'une manière intelligente. 

Les collections doivent-elles du coup s'élargir?
J'aime l'idée de collections. J'aimerais que le nôtres s'enrichissent. C'est là aussi qu'il convient d'intégrer le XXe siècle. Il s'agit autant de prolonger que de compléter. Le tout avec des moyens financiers limités. L'idée est d'arriver tranquillement au XXIe siècle, sans renverser la vapeur. Il ne faut pas donner dans le moderne à tout prix.

Photo (Bettina Jacot-Descombres/MAH): Alexandre Fiette, bien sûr!

Cet article complète celui sur l'actuelle exposition de la Maison Tavel, situé un cran plus gaut.

 

 

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