Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Mort du sculpteur genevois Henri Presset

Il fut l'un des artistes genevois les plus en vue (à tous les sens du terme) des années 1970 et 1980. Né en 1928, Henri Presset est mort jeudi dernier. La nouvelle n'aura pas monopolisé les médias. Le sculpteur et graveur était entré de son vivant au purgatoire. A un certain moment, difficile à préciser, l'intérêt du public se sera porté vers d'autres artistes, d'une approche plus aimable et plus facile. 

Presset avait suivi à Genève l'Ecole des beaux-arts, lointaine ancêtre de la HEAD, entre 1947 et 1952. Section sculpture. C'était une autre époque, celle où les les écoles ne se voulaient pas encore «hautes». On restait plus modestes, dans ces ateliers par ailleurs bien moins peuplés. Le moment se montrait pourtant favorable. Après le repli qui avait marqué les années de crise économique, puis de guerre, la Suisse redécouvrait le monde. Un monde où la création semblait désormais devoir se limiter à l'abstraction. 

Le goût du fer

Le débutant ne franchira jamais le pas. Du moins pas complètement. Parler de réalisme chez Presset semble certes abusif, mais il subsistera toujours chez lui l'évocation de la forme humaine. Une forme stylisée jusqu'à l'essentiel. Le Suisse arrive aussi en un temps où le marbre et le bronze laissent un place de plus en plus large au fer. Un matériau qui rouille. L'homme se situera ainsi dans un lignée historique menant de Julio Gonzales à l'actuel Richard Serra. 

A l’œuvre monumental et lourd, plus ou moins réservé à la commande publique, Presset ajoutera l'impression sur papier en 1968. Elle formera pour lui un inépuisable terrain d'expérimentations. Le graveur multipliera les «états» jusqu'à l'épuisement de sa plaque. Deux expositions de références, montées par Rainer Michael Mason pour ce qui constituait alors le Cabinet des estampes (on parle aujourd'hui d'arts graphiques), en témoigneront. Elles auront lieu en 1987, puis en 2004. 

Dernières expositions à Neuchâtel

Presset, dont l’œuvre aura fait l'objet de plusieurs catalogues raisonnés, n'intéresse plus à ce moment que les amateurs d'un certain âge, liés aux supports traditionnels. Une nouvelle génération se retrouve aux commandes, tant dans les musées que chez les marchands. Le Cabinet des estampes change ainsi de main en 2005. L'art se doit désormais d'apparaître plus léger. Plus spectaculaire. Plus bling-bling, pour employer un mot passé depuis de mode. Lorsqu'il s'agit de monter la rétrospective destinée à marquer les 80 ans du Genevois, en 2008, les institutions locales déclarent toutes forfait. L'exposition aura bien lieu, mais à La Chaux-de-Fonds, grâce à la conservatrice Lada Umstätter. Et c'est à Neuchâtel, chez Ditesheim et Maffei, que Presset aura proposé sa dernière exposition il y a deux mois. 

Il est difficile de prévoir le futur de cette création austère, sombre et retenue, même si Presset peignit un temps de couleurs vives ses sculptures. Pour l'instant, elle se voit défendue par ceux qui aiment le peintre Charles Rollier ou le sculpteur Albert Rouiller, autres Genevois désormais mal-aimés. Mais le vent peut toujours tourner...

Pratique

Un culte à la mémoire d'Henri Presset sera célébré le jeudi 13 juin au temple de Chêne-Bougeries à 14h30.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."