<p>Journaliste</p>

Observateur toujours étonné et jamais cynique du petit monde genevois, Charles-André Aymon en tire la substantifique - et parfois horrifique - moelle depuis une quinzaine d’années. Tour à tour rédacteur en chef de GHI puis directeur général de Léman Bleu Télévision, il aime avouer à demi-mot n’avoir pas envie de se lancer en politique «parce qu’il ne déteste pas assez les gens». Ce regard mi-amusé, mi-critique permet au lecteur de passer indifféremment du détail au général et ainsi de saisir, même dans les péripéties locales, quelques-unes des ficelles qui meuvent le monde. 

Mort d'Aylan - L'enfant buzze et puis s'en va

Genève était de manif vendredi soir. La Genève compatissante s'entend, celle qu'une photo émeut encore, celle que bouleverse la mort photogénique d'un enfant. Celle à qui ce genre d'événement provoque ce qu'il est destiné provoquer: un ébranlement et une prise de conscience.

Rassurez-vous, ça ne faisait pas beaucoup de monde. C'est que, voyez-vous: «Tous étaient frappé, mais ils ne pleuraient pas tous.» Et ceux à qui les larmes ont manqué sont restés chez eux.

Un manifestant devant le parc des Bastions, vendredi 4 septembre 2015. 

Plus dur pour la cause, les arrivistes politiques et les grandes gueules leaders d'opinion prenaient l'apéro... ailleurs (à l'exception notable des conseillers nationaux, vert Ueli Leuenberger et socialiste, Carlo Sommaruga, en campagne). Mais, allons ! Les foules - même limitées à une petite centaine - n'ont pas besoin de bateleurs pour labourer leurs émotions !

Tu parles ! Pourtant bardée de l'émotion universelle causée par le corps exposé du petit Aylan, 3 ans, la manifestation en a manqué presque totalement.

Sarah Guth écoutant un témoignage lors de la manifestation du 4 septembre 2015 au parc des Bastions.

Les propos de Sarah Guth, une des  chevilles ouvrières de la mobilisation ont bien claqué un moment: «Il faut organiser l’immigration», «instaurer la libre-circulation», «réguler le marché du travail et ne pas construire de mur». Mais le public de convaincus a à peine cillé.

Pas de réaction plus vive lorsque le ton monte: «C'est au citoyen de se dresser avec courage contre la politique actuelle» ou «les Églises doivent prendre leurs responsabilités et accueillir, organiser le séjour des réfugiés qui viendront».

Une manifestante porte un photo-montage montrant Aylan, mort noyé en essayant de rejoindre l'Europe.

Pas d'appel clair à l'action, pas de relai politique et médiatique, peu de mobilisation... La photo d'Aylan ira rejoindre le coffre aux emballements médiatiques d'un jour. Il aura pour douteuses compagnes Nabila et les affiches «Je suis Charlie».

Quelques minutes plus tard, c'est un quarteron de manifestants las qui mettra des bouquets de bateaux de papier dans la fontaine de la place Neuve. Sensés symboliser le passage difficile des réfugiés vers l'Europe, ils feront surtout joli sur la photo, p.14, de la Tribune du lendemain.

Une jeune fille met à l'eau un bateau de papier dans la fontaine de la place Neuve lors de la manifestation du vendredi 4 septembre 2015.

 

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