Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MORGES/"Fire in the City". Le Musée Forel montre David Lynch graveur

Crédits: AFP

Il s'agit là d'un élément tiré d'un paquet ficelé. Le Musée Alexis Forel de Morges, qui fête par ailleurs ses 100 ans en 2018, propose «Fire in the City» de David Lynch. La présentation de cette suite de gravures accompagne une rétrospective complète des films de l'Américain. Elle se déroule à la Cinémathèque suisse de Lausanne jusqu'au 16 octobre. Sion fait aussi partie des festivités. La Maison du Diable, siège de la Fondation Fellini, offre parallèlement «Deams, A Tribute to Fellini» jusqu'au 16 décembre. Il y a un peu de chemin à faire entre. Un vrai «road movie». 

Pour l'instant, j'en reste au Musée Forel qui est, je le rappelle, une superbe maison vaudoise avec une cour Renaissance avec escalier et galeries. Depuis longtemps directeur de l'institution, Yvan Schwab a laissé le premier étage entier au réalisateur. Cela signifie que cette fois tous les meubles anciens, recréant ici l'idée d'une demeure d'autrefois, ont dû être enlevés. Il fallait de la place pour Lynch, qui peint et grave. Le public avait découvert en France cet aspect de son œuvre en 2007. C'était à la Fondation Cartier de Paris. Coïncidence, le cinéaste a commencé à ce moment-là ses lithographies. Il s'est mis à travailler avec l'atelier Idem que dirige, 49, rue Montparnasse, Patrice Forest. L'homme a découvert là un impressionnant savoir-faire. En gage de reconnaissance, Lynch a du reste tourné un film documentaire, en noir et blanc, sur Idem. Ce court-métrage se voit bien entendu projeté dans l'exposition morgienne.

Plusieurs séries 

Il se trouve aux murs plusieurs séries. La plus importante, la plus voyante aussi, est la suite de lithographies en noir et blanc (tirée à 30 exemplaires) sur le thème «Fire in the City». Il s'agit là de pièces figuratives, certes, mais pleines de mystères. Le spectateur doit deviner ce qui se passe. On lui raconte une histoire. Mais l'ombre domine sur la lumière. D'où les ambiguïtés. Lynch s'est laissé aller à son inspiration. «Les idées doivent épouser le médium. D'une certaine façon, celui-ci vous parle. Les idées viennent en fonction.» Le Musée Forel montre aussi des xylographies. Autrement dit des images que le cinéaste a taillées dans le bois. Plus petites, carrées, colorées, ces dernières se révèlent d'une lecture plus aisée. Il y a là moins de cauchemars. Moins d'incertitudes aussi. Lynch s'en rend peut-être compte. Il suffit de le lire. «Quand tout est très clair, très lumineux, quand tout est là, on pourrait penser que c'est une bonne chose, mais cela ne laisse pas beaucoup d'espace pour rêver.»

Pratique

«David Lynch, Fire in the City», Musée Forel, 54, Grand Rue, Morges jusqu'au 16 décembre. Tél. 021 n801 26 47, site www.museeforel.ch Ouvert du mercredi au dimanche de 14h à 18h.

Photo (AFP). David Lynch, qui peint et grave aussi beaucoup.

Texte intercalaire.

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