Campiotti Alain

JOURNALISTE

S'il hésitait entre Pékin et New York, Alain Campiotti choisirait-il Lausanne, où il vit maintenant? Journaliste, il a surtout écrit hors de Suisse, pour 24 heures, L'Hebdo, Le Nouveau Quotidien et Le Temps, comme reporter ou comme correspondant. Terrains de prédilection: la Chine, les Etats-Unis et le Proche-Orient au sens large. Autrement dit le monde qui change et qui craque.

Monsieur Burkhalter, que fait Xu Zhiyong en prison?

Xu Zhiyong

A Pékin, Xu Zhiyong a été condamné dimanche à quatre ans de prison. Sa faute ? Il demandait le respect de la loi et de la constitution.

A Berne, les chambres fédérales sont en train d’accepter l’accord de libre-échange signé en juillet entre la Suisse et la Chine. Le Conseil national l’a fait en décembre. Le Conseil des Etats votera au printemps. Mais le résultat est acquis : la majorité des parlementaires ne veut ni soumettre l’accord au peuple, ni d’un protocole additionnel sur les droits de l’homme qui, par exemple, ferait apparaître la condamnation de Xu comme un acte inique (et naturellement ferait capoter toute l’entreprise). Conclusion : la démocratie suisse adoube la dictature du parti communiste chinois. Excessif ? A vous de juger.

Xu Zhiyong est un jeune juriste, paisible, modéré et têtu. Avec l’essayiste Liu Xiaobo, Prix Nobel toujours emprisonné, l’artiste Ai Weiwei, protégé par sa notoriété, il fait partie de ce chœur de courageux qui osent débattre avec le pouvoir, sachant qu’ils n’en recevront que des coups. Il s’est battu pour que tous les petits Chinois aient accès à l’école, y compris les enfants de migrants qui en étaient exclus. Il a défendu des femmes abusées, des condamnés à mort, des victimes de contaminations alimentaires. Il y a quelques mois, il s’est rendu dans un village reculé du Tibet pour présenter, au nom du peuple chinois, ses condoléances aux parents d’un jeune lama qui s’était immolé par le feu.

Surtout, Xu est l’un des fondateurs du jeune Mouvement des nouveaux citoyens. Le parti tolère parfois les individus râleurs, mais il déteste les collectifs, et surtout celui-ci. Car le Mouvement demande que la Chine applique la convention de l’ONU contre la corruption, que Pékin a ratifiée en 2006. Un article de cette convention stipule que l’Etat signataire doit établir la transparence sur les avoirs des dirigeants.

Le président Xi Jinping, qui a promis de lutter contre la corruption, devrait être ravi de ce soutien citoyen. Mais les actions qu’il a déclenchées sont si opaques que flotte autour d’elles un soupçon de règlements de comptes politiques. Et le procès de Xu Zhiyong s’est ouvert au moment où un consortium international de journalistes confirmait l’enrichissement massif des familles de plusieurs dirigeants, dont Xi lui-même, qui planquent leur magot dans des paradis fiscaux avec, parfois, l’assistance compétente de grandes banques suisses.

Xu, qui demande le respect des lois, et un Etat de droit en Chine, a été condamné pour «trouble à l’ordre public». Avant d’écouter la sentence, il a entrepris de lire une déclaration. Le président du tribunal lui a coupé la parole au bout de quelques minutes. Son texte vaut la peine d’être lu, en Suisse aussi. Nous l’offrons aux parlementaires fédéraux et à Denis Burkhalter, président de la Confédération, chef du Département des affaires étrangères, et à ce titre principal avocat d’une saine coopération avec la République populaire.

 

 

 

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