Jean Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Monsanto: un verdict exemplaire

L’affaire n’est de loin pas close, mais elle est exemplaire. Le combat contre le glyphosate a pris une nouvelle tournure avec la condamnation de Monsanto par un tribunal de Californie à payer une amende de 289 millions de dollars dont 250 millions de «dommages punitifs» à un jardinier atteint d’un cancer attribué à l’exposition au Roundup et au RangerPro. Le jury a estimé que l’entreprise américaine a agi avec «malveillance»: elle n’a pas informé les utilisateurs de ses herbicides de leur dangerosité. De ce verdict, on peut tirer plusieurs enseignements:

  • La désinformation de Monsanto

En automne 2017, le quotidien français Le Monde révélait la vaste opération de désinformation menée par Monsanto pour éviter que le glyphosate soit classé comme un produit «cancérigène probable». Son enquête dévoilait les liens troubles qu’entretenait l’entreprise américaine avec des scientifiques pour qu’ils signent des articles contestant la toxicité de ses herbicides. Devant la cour californienne, les avocats du jardinier qui avait déposé plainte contre Monsanto ont aussi pu démontrer que ses dirigeants savaient que le glyphosate «pouvait être une cause de cancer». C’est sur cette base que la justice a reconnu pour la première fois le caractère cancérigène du glyphosate.

  • Une condamnation à haut risque pour Bayer

L’action de Bayer qui a acquis Monsanto pour 63 milliards de dollars a chuté de 12% après le verdict. Ce rachat risque de coûter cher à l’entreprise allemande. Des milliers de plaintes sont encore en suspens aux Etats-Unis et l’avenir commercial de ses herbicides est menacé. Selon les analystes, la facture pourrait atteindre entre 5 et 10 milliards de dollars. Les dirigeants de Bayer, qui n’ont pas hésité à relever à trois reprises l’offre de rachat, porteront une lourde part de responsabilité si cette acquisition tourne à la déroute.

  • Une sanction impensable en Suisse

Avec le soutien de cabinets d’avocats qui financent les procès et prélèvent une marge importante en cas de victoire, un Américain même peu fortuné peut s’attaquer à des sociétés aussi puissantes que Monsanto. Ce système engendre des dérives, mais il permet un accès aisé à la justice pour tenter d’obtenir réparation. En Suisse, une procédure judiciaire qui, de recours en recours, aboutit au Tribunal fédéral est hors de prix. De surcroît, les indemnisations perçues sont faibles car elles ne doivent pas être supérieures au dommage subi. Autrement dit, une entreprise ne sera jamais condamnée à une amende de plusieurs centaines de millions de francs.

  • De nouvelles pressions sur les autorités

Même si la condamnation de Monsanto n’est pas définitive, le jugement californien constitue un signal fort. Il accroît surtout la pression sur les autorités afin qu’elles revoient leur copie. A la fin de l’an dernier, l’Union européenne avait renouvelé la licence du glyphosate pour cinq ans. Ce printemps, le Conseil fédéral avait estimé que celui-ci ne présentait aucun danger pour la santé. De son côté, la population se méfie de plus en plus d’une agriculture intensive comme le montre le succès de l’initiative qui vise à interdire l’utilisation de pesticide de synthèse dans la production agricole, la transformation des produits agricoles et l’entretien du territoire. Déposée ce printemps à la Chancellerie fédérale avec 140'000 signatures, cette initiative sera soumise au peuple au tournant de 2020.

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