Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 45 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

Mon conseil: Repartez en vacances!

Je crois que ce matin, il n’y a pas grand-chose à dire.

Le marché s’est fait défoncer la semaine passée, nous avons vécu la pire semaine depuis plusieurs années. Le S&P500, pour vous donner un idée, a fait « disparaître » 1.1 trillion de capitalisation boursière... Le tout en une semaine. Apple est entrée officiellement sur le territoire des ours et on commence à trouver des articles qui disent : « le Dow Jones à 5'000, c’est possible ».

On pourrait croire que cela ressemble à de la panique, que ça a l’odeur de la panique et que cette semaine, nous pourrions bien voir ce qu’est VRAIMENT la panique.

En tous les cas, la semaine a déjà l’air de bien commencer: l’Asie est en train de se faire laminer de tous les côtés. Le Japon recule de plus de 3%, Hong Kong de 4.6% et la Chine, qui est définitivement le leader de toute la troupe, recule de 8.5%. Ce n’est même pas la mi-journée ET en plus le gouvernement chinois a autorisé les fonds de pension à acheter des actions chinoises. Visiblement, ils n’ont pas pris la chose au pied de la lettre.

C’est donc officiellement la catastrophe sur les marchés. La catastrophe que l’on attendait, car si vous relisez attentivement les médias de ces 15 derniers mois, le Krach avait été prévu depuis bien longtemps. Je crois d’ailleurs que depuis que l’on a passé les 1750 sur le S&P500 en montant, on nous prévient que ça ne peut pas durer et que le marché va se péter la figure.

Nous sommes exactement dans la même situation où nous étions il y a quelques mois en arrière. Souvenez-vous, le DAX plongeait de 5% un jour sur deux, et tous les jours sur CNBC, il y avait un mec avec une barbe blanche qui venait sur le plateau avec un grand panneau blanc sur lequel était inscrit : « La fin du monde est proche, fuyez ou vous mourrez dans d’atroces souffrances ». Le problème étant qu’il n’indiquait pas OÙ il fallait fuir. Puis, le marché a rebondi comme une fusée parce que Draghi allait nous sauver ou pour je-ne-sais-plus-quelle-raison. De toute manière on s’en fiche, c’est du passé.

Bref, nous en sommes à nouveau au même point. Tout est foutu, tout semble foutu et les arguments pour tout vendre ne manquent pas. Ce qui serait bien, c’est de trouver deux-trois arguments pour nous convaincre que tout n’est pas foutu… ça nous changerait en ce moment.

Mais passons. Si votre meeting du début de semaine l’exige et qu’il vous faut ABSOLUMENT trouver des trucs à raconter sur le pourquoi du comment de la baisse, je vous communique une liste qui devrait être utile :

 

1)   La Chine ne fonctionne plus. La machine à croissance est cassée et le gouvernement a beau faire tout ce qu’il peut pour la relancer, rien à faire.

2)   Comme la Chine ne va plus, les matières premières se font démolir, parce que c’est bien connu, si les Chinois n’achètent plus de cuivre et de pétrole, qui va bien pouvoir en acheter.

3)   Tiens, parlons du pétrole. Vous avez ce machin qui ne devait pas aller plus bas que 100$ parce que « c’était le juste prix ». Ce matin, il a payé 39$, et si l’on en croit les mêmes idiots qui juraient qu’il n’irait pas en-dessous de 100$, maintenant il va à 20$.

4)   L’Europe va mal. Ils ont sauvé la Grèce, mais maintenant, en plus d’avoir obtenu le pognon, Tsipras veut qu’on l’aime et qu’on lui fasse des câlins, alors il démissionne et veut qu’on le réélise en lui disant qu’il est beau et qu’il est fort comme un Dieu grec, sinon il laisse le pays se débrouiller tout seul avec les milliards des autres.

5)   Et puis la FED. Alors la FED, c’est une autre histoire. Je résume au plus simple. Tout d’abord Yellen nous laisse languir depuis quelques mois et nous laisse supposer que la hausse des taux arrive en automne. La plupart des gens se disent que l’économie n’est pas forcément en folie et que c’est (peut-être) un peu prématuré. Au fond de nous, on sent bien que c’est aussi une question d’égo, histoire de montrer que « le QE, ça marche ». Donc, depuis des mois, on est préparé à une hausse des taux. On a attaché nos ceintures, mis nos casques et on serre les dents. Sauf que depuis quelques jours/semaines, les indices s’accumulent comme quoi, on ne pourrait peut-être pas justifier une hausse des taux avec une croissance à zéro – on a besoin d’inflation – et les derniers chiffres économiques montrent que l’inflation est un mot dans un bouquin et pas dans la réalité du rêve américain. Du coup, les discours des uns et des autres – à la FED – laissent supposer que la hausse des taux, pourrait être repoussée aux calendes grecques. Ce qui, a priori, est cool ; l’argent gratuit plaît à tout le monde. Mais dans un deuxième temps, on se dit que :

  1. Si pas inflation / pas hausse des taux.
  2. Si pas hausse des taux / chouette parce que argent pas cher.
  3. Oui mais si pas hausse des taux, ça veut dire quoi ?

                                              i.     Economie au ralenti.

                                             ii.     Consommateur à l’agonie.

                                            iii.     Du coup, on achète plus de nouveaux iPhone.

                                            iv.     Et peut-être que le QE n’aura servi à rien.

                                             v.     On nous aurait menti.

                                            vi.     Ce qui veut dire que le QE de Draghi, c’est de la daube aussi.

 

CONCLUSION : SEEEEEEEEEELLLLLLLLLLLLLL

        

Bref, cette semaine, on va tous mourir. Ou pas.

Le résumé précédent est donc, plus ou moins, la raison de toute cette panique et cette furieuse envie de tout vendre et de partir ouvrir une maison d’hôte dans le sud. C’est d’ailleurs un des indicateurs de renversement de tendance que je vous conseille de regarder ces prochains jours : quand un de vos collègues, gérant de fortune ou trader ou advisor, jettera son téléphone par terre en hurlant : « j’en ai marre, je vais ouvrir une maison d’hôte dans le Sud » - un restaurant dans les îles ou un bar à New York fonctionne également - vous saurez qu’il est temps d’acheter.

À noter que si le Matin, le 20 minutes ou le GHI publient un article sur les marchés boursiers qui baissent, voire utilisent le mot « krach », c’est également un très bon signal d’achat.

Dans les nouvelles du jour, globalement, vous trouverez tout plein de choses qui disent que tout va mal et même s’il y avait des vraies nouvelles économiques, elles seraient éclipsées par ce qui se passe en ce moment sur les marchés.

En gros, ce matin, tout va mal. En plus c’est la rentrée, et il pleut comme vache qui pisse. Moi je vous le dis, reprenez un avion pour le soleil et repartez en vacances.

Aujourd’hui, mis à part le Chicago Fed National Activity, nous n’aurons même pas un chiffre économique pour nous sauver la mise. Les futures sont déjà au fond du bac, le S&P500 est en baisse de 2.5%, le Future Nasdaq recule de 4%, le DAX recule de 3% et le Future CAC est indiqué en baisse de 6.6%...

Ça ressemble à un bain de sang et à ce rythme-là, va falloir commencer à se demander s’il n’est pas bientôt temps d’acheter des trucs dont personne ne veut… Mais là tout de suite, ça va être un début de semaine compliqué.

L’Euro/$ est à 1.1460, le Yen est au plus mal à 121.05, le Bitcoin vaut 220$, le rendement du 10 ans américain est à nouveau sous les 2% à 1.99%. Imperturbable, l’Euro/Suisse est à 1.08 – y en a point comme nous.

J’ai envie de vous souhaiter un bon début de semaine et un bon café, mais je crois que je vais me contenter de dire « bonne chance » et à demain !

 

Thomas Veillet

Investir.ch                           

 

« You are never too old to set another goal or to dream a new dream. »

C.S. Lewis

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