Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MOEURS/Et maintenant Facebook censure une Vénus préhistorique!

Crédits: DR

Cela commence à devenir inquiétant. Heureusement que la presse se mobilise, mais comme d'habitude sans trancher par manque de couilles. Facebook (encore lui!) a censuré d'un message posté fin décembre une image de la célébrissime «Vénus de Willendorf», exposée au Musée d'histoire naturelle de Vienne. Rappelons qu'il s'agit d'une statuette vieille d'environ 30 000 ans, découverte au début du XXe siècle. Cette dame dénudée aux formes pour le moins plantureuses est devenue depuis une icône incontestée de l'art. Le musée autrichien parle même aujourd'hui de «représentation préhistorique de la femme la plus populaire et la plus connue au monde.» 

C'est d'ailleurs l'institution qui monte depuis fin février aux créneaux. Elle déplore que l'image ait été retirée d'un message envoyé par Laura Ghianda, une «activiste des arts italienne». Le musée, par la voix de son directeur Christian Köberl, en a profité pour asséner qu'aucune œuvre d'art ne devrait jamais se voir interdite sur Facebook. Pour le moment on reste là. Je note cependant qu'un jugement important doit intervenir le 15 mars. La justice française dira alors si oui ou non Facebook avait le droit de fermer un compte pour y avoir vu une image de «L'origine du monde» de Gustave Courbet, montré avec tous les honneurs dus au Musée d'Orsay. L'internaute lésé avait porté plainte.

L'affaire Balthus

L'affaire Vénus survient quelques mois après celle suscitée à New York par «Thérèse rêvant» de Balthus. Une Américaine (tiens, comme par hasard...) avait demandé début décembre à ce que le Metropolitan Museum of Art retire de ses cimaises cette toile de 1938. Pornographique! Mais par allusion. On y voit en effet une très jeune fille habillée, les mains sur la tête, assise sur une chaise. Elle a il est vrai une jambe relevée, mais l'adolescente porte une petite culotte. Il y aurait là selon la protestataire de la pédophilie. Mia Merrill a posté sa demande sur le web. Elle a très rapidement obtenu 8000 signatures. Le musée a fait le mort. Notons en passant que l'internaute se réclame de «metoo», une action louable qui connaît aujourd'hui des dérives. 

La principale, c'est bien sûr la grande demande d'une censure. Il faudrait aujourd'hui presque tout interdire. Il semble par conséquent logique que les musées se retrouvent dans la ligne de mire, eux qui exposent tant de femmes nues et de satyres. A quand la demande de retrait du Louvre, après tout fréquenté par nombre de touristes américains, de toiles lubriques ou voyeuristes signées du Titien, de Rubens ou de Watteau? Ou alors faudra-t-il signer une décharge en entrant? Je renonce officiellement à me déclarer choqué. Après Vigipirate, conviendra-t-il de se montrer vigilant sur d'autres fronts?

P.S. J'aurais pu aussi citer les seins des «Femmes d'Alger» de Picasso recouverts par une télévision proche des évangélistes. Le tableau avait battu un record aux enchères. D'où sa présence sur le petit écran. Et moi qui pensait que le dollar sacralisait tout aux USA!

Photo (DR): La «Vénus de Willendorf».

Texte intercalaire.

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