Oscar Bartolomei5

DIRECTEUR FAMILY OFFICE

Oscar Bartolomei a développé l'essentiel de sa carrière en tant que gestionnaire de fortune international à Genève. Quadrilingue, Il a travaillé pour des établissements bancaires de premier plan: Crédit Suisse, ABN Amro et Lloyds Private Banking où il était responsable Amérique Latine pour la gestion privée. Fort de cette expérience, Oscar a très vite acquis la conviction que seules les structures du type Family Office étaient à même d'offrir un service à la fois global et sur mesure à une clientèle haut de gamme. Spécialisé dans la constitution et le développement de telles structures, Oscar a ouvert un premier Family Office à Genève en 2007. Il est aujourd'hui responsable du développement d'un Family Office à Genève, expert SAQ (Swiss Association for Quality) en Certifications Conseiller Clientèle en Gestion de Fortune.

Modèle suisse du Family office: vers un nouveau standard en 2016?

Après une année 2015 que les plus optimistes qualifieront de "compliquée", 2016 sonne déjà à notre porte. Tempus fugit...

Dans mon domaine, 2015 a invariablement renforcé ma conviction que ces trois prochaines années seront des années de consolidation dans le domaine de la finance en Suisse.  Elles verront croître un phénomène que la fin du secret bancaire et la hausse des coûts de régulation a déjà amorcé: la présence de plus en plus nombreuse de structures complémentaires capables de prendre en charge la totalité du patrimoine du client. Les Family office. 

Si la présence de nouveaux modèles d'affaires est toujours positive, le modèle helvétique actuel du Family office n'est objectivement pas encore une référence dans son domaine.

Doit-il le devenir? Bien sûr. Il est essentiel que la pratique du Family office en Suisse vise le même standard de qualité que celui des intervenants financiers qui ont fait la réputation de la Suisse dans le monde: les banques, les tiers-gérants, les assets managers, les traders et les brokers.

C'est toute la profession qui en bénéficiera. Faire de la Suisse le centre mondial en matière de Family office est un magnifique challenge pour toute la place financière suisse. Avec la perspective de retombées financières non négligeables.

Je livre ici une analyse purement objective, basée sur plusieurs années d'expérience en la matière. Que ce soit dans la création, l'assistance et le développement de telles structures. Domaine passionnant, le monde du Family office vous oblige à trouver sans cesse de nouvelles solutions dans un seul et unique but: garantir la pérennité du patrimoine familial.

Le Family office "à la Suisse" pourrait être considéré un jour comme un des plus performants au monde. J'en suis persuadé. Il  berce dans le même environnement, le terroir serais-je tenté de dire, que les professionnels cités plus haut. Mais pour cela il faut dès aujourd'hui identifier les faiblesses du modèle actuel. Et essayer d’y apporter les solutions adéquates.

La principale faiblesse du modèle helvétique est son absence totale de cadre légal. N’importe qui peu prétendre « faire du Family office ».  Pas de réglementation, pas d’appellation contrôlée. Avec le danger que cela représente. Ce n’est pas le cas dans d’autres pays où cette activité est réglementée. Avec des standards de qualité clairement définis. La plupart des Family office étrangers qui ouvrent un bureau en Suisse sont accrédités dans leur pays d’origine. En Suisse, pas de certification nécessaire, pas d’affiliation type OAR, si vous ne couplez pas cette activité à une activité de gestion de fortune par exemple. Et cela ne peut que nuire à l’image des véritables Family office.

Sans forcément passer par une accréditation FINMA, il faudrait à tout le moins créer un organe de régulation qui détermine les conditions nécessaires à l’exercice de cette profession. Avec des critères extrêmement stricts d’affiliation. Aussi bien financiers (fonds propres minimum exigés) que professionnels (profils et compétences des employés travaillant pour un Family office). La difficulté, je le conçois, c’est qu’une structure de type Family office peut recouvrir plus de dix professions différentes : gestionnaire de fortune, fiscaliste, avocat…Mais il en va de l’appellation-même de « Family office » qu’il faut absolument encadrer et protéger.

Cet encadrement légal de l’activité de family office en Suisse est indispensable pour évoluer au même niveau de reconnaissance que les autres intervenants de la finance en Suisse. Et pour les véritables Family offices, ce sera un effet de levier, leur donnant un statut et une légitimation supplémentaires.

Corollaire du point précédent, la profession n’est absolument pas regroupée en association corporative. Et c’est aussi une faiblesse. Pas d’association suisse des Family Offices. De nouveau, ce n’est pas le cas dans d’autres pays, où il existe des regroupements corporatifs de Family offices sous une même bannière. L’ENFO (European Network of Family Office) par exemple. L’union fait la force, vieil adage. Et dans ce cas précis, pouvoir regrouper en association des Family offices dont la clientèle représente, ne l’oublions-pas, plusieurs milliards de francs, donnerait une très forte légitimité à la profession. Et une attractivité supplémentaire pour une clientèle potentielle qui y  verrait un nouveau symbole de l’excellence suisse.

Structure indispensable à toute gestion de patrimoine, les Family offices vont certainement se développer en Suisse ces prochaines années. Leur modèle d’affaire est en effet potentiellement générateur de nouveaux revenus dans un secteur touché par de profonds bouleversements. Aujourd’hui, cependant, l’environnement dans lequel évolue cette profession est par trop inégal pour offrir un standard de qualité équivalent à celui des intervenants financiers traditionnels.

Actuellement sans cadre légal - à part les Family offices qui ont aussi une activité de gestion de fonds qui, elle, est réglementée - il devient urgent d’encadrer et de réglementer la profession. C’est uniquement par ce biais que l’offre de services de Family offices en Suisse sera véritablement compétitive à l’échelle internationale, ajoutant un nouveau maillon à la longue tradition suisse de centre d’excellence financier. Puisse cela aussi aboutir à fédérer les futurs family offices qui travailleront en Suisse.

Cette régulation aura bien sûr un coût. Ceci dans un environnement local déjà durement touché par les régulations actuelles. Réguler une activité à haute valeur ajoutée comme celle du Family office obligera tout nouvel acteur à posséder des moyens conséquents pour s’y lancer.

Mais pour certains il s’agira au contraire d’un investissement. Et ce sont eux qui amèneront l’activité de family office en Suisse à son plus haut niveau. 

Je vous souhaite une bonne et heureuse année 2016 !

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