Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MODE / Le Palazzo Pitti de Florence travaille du chapeau

Ce n'est pas, et de loin, le musée que Florence met le plus en avant. Il n'en s'agit pas moins de l'un des plus visités. Fondée en 1983, la Galleria del Costume occupe un joli bâtiment bas, ajouté au Palazzo Pitti dans les années 1770. Le public y accède soit par un parcours complexe à l'intérieur du bâtiment, soit en traversant simplement les jardins du Boboli. Il ne risque alors pas de se perdre... 

Au fil des ans, la collection s'est vite étoffée (c'est le cas de le dire!) dans ce qui fut aussi la ville de la mode. Florence n'est-elle pas le siège des musées privés de Gucci et de Ferragamo? Il y a eu les remises historiques de vêtements allant du XVIe au XIXe siècle. Un apport décisif se révéla cependant, en 1986, le don d'Umberto Tirelli (1928-1992). Costumier de Visconti, dont il reprenait les robes de cinéma après le tournage, l'homme récupérait par ailleurs les vêtements de ses copines, les stars. Il avait ainsi sauvé la garde-robe de Gina Lollobrigida comme celle d'Ingrid Bergman.

La garde-robe de Patti Pravo 

Aujourd'hui, les donations continuent. Encadrant l'exposition dont il va aujourd'hui être question, la Galleria del Costume en propose des exemples, classés par élégante. A celle des robes de La Duse, la plus célèbre actrice des années 1910, habillée par Mariano Fortuny (le tout donné par la religieuse qui en avait hérité!), s'est jointe récemment celle de Patti Pravo, superstar de la chanson des années 60-70-80 et 90. Elle se voit présentée dans une immense salle néo-classique blanche, sur une scène inondée de projecteurs. L'Etat italien a cependant dû débourser pour obtenir une partie des armoires d'Anna Piaggi, morte en 2012 à 81 ans. Célèbre par son extravagance (voir photo), la légendaire directrice de "Vogue Italia" avait eu de son vivant son hommage au Victoria & Albert Museum de Londres. C'est dire... 

L'institution, qui peut aujourd'hui rivaliser avec les musées de la mode londoniens et parisiens, propose parfois de grandes expositions thématiques. Tel est le cas avec "Il cappello tra arte e stravaganza", qui dure encore quelques semaines. Avec le chapeau, il s'agit de donner la vedette à un accessoire. De le rendre visible de près. Mais aussi de le dénaturer. Il devient difficile, pour le public, de juger des effets sur une tête de mannequin. De quoi pouvait bien avoir l'air cette débauche de plumes, de fleurs artificielles et de tulle, une fois porté?

De Caroline Reboux à Stephen Jones 

Il y avait plusieurs manières de concevoir ce genre de présentation. La plus simple eut été le fil historique. Les organisateurs ont préféré créer des thématiques. Les œuvres d'art, car il semble bien que les chapeaux en constituent, se voient donc classés par style. Les petits. Les grands. Les colorés, Les noirs. Les fleuris. Que sais-je encore... Toutes les périodes se voient donc confondues. Les plus anciens datent cependant du XIXe siècle, les plus récents d'avant-hier. Il s'en trouve toujours dans les défilés, même si les capelines et autres bibis ne descendent plus que rarement dans la rue. 

Beaucoup de ces centaines d'objets (on peut en mettre beaucoup dans une seule vitrine) sont devenus anonymes. Plus d'étiquettes. Aucuns souvenirs. Il y a cependant là des pièces signées par les modistes historiques, à commencer par Caroline Reboux, morte en 1927. Le connaisseur, qui est souvent une connaisseuse, retrouvera ainsi Pauline Adam de La Bruyère, dite Paulette, ou Simone Martin, plus connue sous le nom de Claude Saint-Cyr. Clemente Cartoni, sur lequel j'ai peu de renseignements, représente l'Italie des années 1960. Quant à l'actualité, elle a deux visages anglo-saxons. Il s'agit de l'Anglais Stephen Jones (né en 1957) et de l'Irlandais Philip Treacy (qui est de 1967). Eux continuent à coiffer régulièrement des stars.

Un décor de palais 1860 

Tout cela se regarde très agréablement, dans un spectaculaire décor de palais, repensé dans les années 1860, au moment où Florence était devenue la provisoire capitale de la jeune Italie, avant la reconquête de Rome. Le luxe surdoré en impose. Il donne une toute autre impression que les présentations un peu aseptisées du Palais Galliera ou du Musée des arts décoratifs parisiens. Idem par rapport au Victoria & Albert de Londres, qui propose jusqu'au 27 juillet "Glamour of the Italian Fashion, 1945-2014". 

Une petite question se pose en sortant. On pense au malheureux Musée d'art et d'histoire de Genève, qui voulut créer un département textile dans les année déjà lointaines du règne de Cäsar Menz. Où ont passé les chapeaux, à vrai dire plus sages, que créèrent durant des décennie, rue du Rhône, à quelques arcades de distance, Reyne et Simone Emilienne? Mystère...

Pratique 

"Il cappello tra arte e stravaganza", Galleria del Costume, Palazzo Pitti, Florence, jusqu'au 18 mai. Tél. 0039 055 238 86 1, site www.cappelloinmostra.it Ouvert tous les jours (sauf certains lundis) de 8h15 à 18h30. Photo (DR): Anna Piaggi, la légendaire directrice de "Vogue Italia". La dame développa, dans les années 1960, l'idée du "vintage".

Prochaine chronique le jeudi 1er mai. Nouvelles galeries à Genève. Sébastien Bertrand et Phoenix se dédoublent... rue Etienne-Dumont.

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