Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MILAN/Le Palazzo Reale revisite la mode italienne des années 1971-2001

Crédits: DR

L'Italie n'a pas toujours été La Mecque du prêt-à-porter. Il s'agissait auparavant d'un paradis de la haute couture, comme Paris. Il suffit de rappeler des noms comme le Sorelle Fontana, Emilio Schuberth, Germana Marucellli ou encore ceux de princesses se lançant dans la mode dont Carosa ou Irene Galitzine. La capitale des élégances était alors Rome, après des débuts à Florence. Il faut dire que les milliardaires américaines hantaient la Via Veneto, tandis que les stars de Hollywood trouvaient une nouvelle jeunesse à Cinecittà.

Accélérés par Mai 68, les changements de société ont amené une mode plus simple en éliminant les essayages. Tout s'est désormais passé en boutique, même si l'Alta Moda a longtemps résisté au Sud des Alpes. Aujourd'hui, la nostalgie jouant, il s'agit d'un sujet d'exposition comme un autre. En 2014, le Victoria & Albert Museum de Londres avait accueilli un superbe et intelligent «Glamour of Italian Fashion». Le parcours allait de 1945 à aujourd'hui. Je vous en avais parlé à l'époque. Il s'agissait aussi bien de montrer des robes que d'expliquer le fonctionnement d'un système basé sur les PME familiales dont certaines (il suffit de citer Prada) sont devenues des «leaders» mondiaux. Le V & A tirait aussi la sonnette d'alarme. A force de délocalisations et de rachats par des Chinois (qui possèdent aujourd'hui quasi toute la ville textile de Prato), où va le «Made in Italy», par essence artisanal? On sait que Borsalino a fait faillite en décembre 2017 (1).

La montée de Milan 

Les expositions ne se déroulent pas qu'en Angleterre. Il s'en produit aussi sur place. L'Italie a cependant décidé cette année de couper la poire en deux. Le MAXXI romain a accueilli il y a quelques mois «Bellissima», qui partait de 1945. Le Palazzo Reale de Milan prend sa relève avec «Italiana». Il s'agit cette fois, sous la direction de Maria Luisa Fusia et de Stefano Tonchi, de revisiter les années 1971 à 2001. Pourquoi ces deux dates butoirs? La première s'est imposée par la petite histoire. En 71, Walter Albini défilait pour la première fois à Milan, ville alors encore peu liée à une mode qu'elle régente aujourd'hui. La grand histoire a fait le reste. 2001 constitue à la fois l'entrée dans un nouveau millénaire et l'apparition du terrorisme islamiste en Occident. Il sera toujours permis de se pencher une fois sur la suite... 

La manifestation occupe neuf salles du Palazzo Reale, sorti mutilé de la guerre en 1945. Les décors y ont été laissés à l'état de demi ruine. Voilà qui tranche sur le style des vêtements, qui se veut tout moderne. La plupart des noms restent d'ailleurs connus, même si certains ont disparu comme ceux de l'Américain Ken Scott ou de Gianfranco Ferré, ou s'ils sont aujourd'hui en veilleuse à l'instar de celui d'Emilio Pucci. Bien des firmes se sont imposées dans le monde entier, en commençant par poser un pied aux Etats-Unis. Le Palazzo réserve ainsi une place à Giorgio Armani ou à Gucci. Inutile de préciser que l'exposition fait la part belle aux femmes, comme partout dans le monde les boutiques du reste. On demeure ici loin de la parité. Un costume d'homme pour dix habits féminins.

Les beaux-arts en parallèle

Ces tenues signée Versace (Gianni, pas encore Donatella), Krizia, Romeo Gigli, Zegna ou Laura Biagiotti ne sont pas seules. Il faut dire qu'elle ne possèdent pas l'éclat de celles des années 1950 et 1960. Elle se voient confrontées à de la documentation et à des œuvres d'art. La presse spécialisée se retrouve ainsi à l'honneur, en particulier avec les dessinateurs Lorenzo Mattotti ou Marcello Jori. Il y a la production de photographes dont Paolo Roversi et Oliviero Toscani. Côté arts plastiques, Alighiero Boetti, Michelangelo Pistoletto ou Vanessa Beecroft viennent mettre un grain de sel. Ainsi se voit reconstitué l'air d'un temps qui date déjà. 

Dans l'ensemble, cette exposition ne connaissant pas le succès public prévu reste un brin ennuyeuse. Je m'attendais à davantage de folie. Une salle se révèle cependant très réussie. C'est, avec de grandes vitrines de type muséal, celle des accessoires. Dans cette manifestation voulue thématique (la démocratisation, le voyage...), ces derniers servent à souligner la manie du logo qui naît dans les années 1970. Il y a là toutes sortes de choses délicieusement absurdes. La palme va à mon avis au panier pour chien signé Gucci. Pauvre bête!

Pratique 

«Italiana, L'Italia vista della moda 1971-2001», Palazzo Reale, 12, piazza Duomo, jusqu'au 6 mai. Tél. 003902 88 46 52 30, site www.palazzorealemilano.it Ouvert de 9h30 à 19h30, le jeudi et le samedi jusqu'à 22h30. Le lundi dès 14h30 seulement.

(1) La production de chapeaux continue néanmoins.

Photo (DR): Double page d'une revue de 1971. La mode se veut alors unisexe.

Prochaine chronique le vendredi 30 mars. Kupka à Paris.

 

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