Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MILAN / Le Museo del Duomo a rouvert sur un grand pied

C'est rouvert! Je gardais du Museo del Duomo de Milan un souvenir aussi lointain que poussiéreux. Le voici installé en gloire depuis le 7 novembre 2013, après huit ans de travaux ayant coûté douze millions d'euros. Passés la billetterie et le vestiaire, se sont près de vingt salles qui attendent le visiteur. Notez que le mot "salles" se révèle ici trompeur. Le réaménagement consiste en un itinéraire sinueux. En forme d'escargot, il ramène le public au point de départ. Les chemins du Seigneur sont décidément impénétrables... 

Le déroulé reste bien sûr chronologique. Il commence bien avant le Duomo actuel, troisième plus grande église de la chrétienté après Saint-Pierre de Rome et la cathédrale de Séville (Cluny ayant disparu au début du XIXe siècle). Finalement tardif, l'édifice actuel remplace plusieurs autres lieux de culte. Il en subsiste des traces dans le trésor. Il suffit de citer la situle en ivoire de Goffredo, qui remonte au Xe siècle, ou l'évangéliaire en or et émail d'Ariberto, un peu plus moderne puisqu'il date de 1025. A côté, les vitrines de Graff ou de Bulgari font presque pauvres.

Une construction interminable 

La suite accompagne l'édification du Duomo actuel, dédié à la Naissance de la Vierge. Une construction comme il se doit interminable. On restaure actuellement le flanc droit. Pour les Milanais, "long comme la fabrique du dôme" désigne d'ailleurs une affaire n'en finissant jamais. Tout a commencé en 1386 par la volonté un peu mégalomane de Jean Galeas Visconti, seigneur de la Ville. Le cher homme avait les yeux plus gros que le ventre, d'autant plus qu'il faisait démarrer, dès 1396, les travaux de la chartreuse de Pavie, destinée à abriter (entre autres) les sépultures familiales. Un autre édifice surdimensionné. 

Soutenus au début, les efforts titanesques connurent des hauts et des bas, sans compter les changements d'idée. Si le maître autel se vit consacré dès 1418, la tour lanterne a rapidement lanterné. Elle ne sera achevée qu'au XVIIIe siècle. Toujours dans le même style gothique, alors totalement passé de mode, sauf pour des "revivals" en Angleterre. Les fameux pinacles du toit datent pour l'essentiel du XIXe siècle. Quant aux portes de la façade, elles sont du XXe. L'une d'elles se voit même coulée après les terribles bombardements de 1943-1944, après une querelle des Anciens et des Modernes. Les premiers l'emportent. La commande va à Luciano Minguzzi (1911-2004), le projet abstrait de Lucio Fontana (1899-1968) ayant choqué. La décision a au moins le mérite de la cohérence.

La carcasse de la Madonna

Tout cela se retrouve donc dans le musée, logé dans une aile de l'immense Palazzo Reale voisin. Il y a là énormément de gargouilles suspendues dans les airs, de pinacles un peu rongés et de sculptures remplacées sur place par des copies. La solidité du marbre de Candoglia, utilisé depuis le XIVe siècle, connaît tout de même ses limites. Le visiteur retrouve même la carcasse intérieure de fer de la Madonna dominant l'édifice. Elle aussi avait subi l'outrage des ans, qui m'épargne personne en Italie, sauf peut-être Sophia Loren. 

L'amateur peut ainsi examiner de près ce qui a été pensé pour une vision très lointaine. Il note des stylisations. Des anamorphoses. Des disparités de qualité aussi. Tout le monde n'avait pas un grand talent au XVe siècle. Et puis il y a les esquisses, avec parfois un parti-pris d'entassement. Les statuettes du XIXe siècle grimpent ainsi jusqu'au plafond, qui ne se révèle pas particulièrement bas. Nous sommes dans un palais, même s'il s'agit d'un rez-de-chaussée.

Un aménagement sombre et dramatique 

Le musée contient comme il se doit aussi des tapisseries, souvent tissées à Mantoue. Beaucoup ont été offertes par saint Charles Borromée, évêque de Milan, mort en 1584. Bonne provenance. Le promeneur croise quelques tableaux. Mineurs. La fin du parcours offre des maquettes géantes. Elles datent d'une époque où le XIXe siècle cherchait à unifier un monument désormais visible de toutes parts. Les petites maisons des alentours ont été démolies vers 1870, comme cela se faisait (hélas) à cette époque près de toutes les cathédrales. Mussolini dégagera plus tard ainsi Saint-Pierre de Rome. 

Voilà. Dans l'ensemble, c'est plutôt réussi dans le style sombre et dramatique, percé de forts lumières. Le système d'étiquetage devra cependant se voir revu. Et sérieusement. D'abord, il en manque. Ensuite, la plupart des cartels sont tombés au sol en moins de deux mois. Milan n'en fait pas moins bonne figure aux côtés des musées de la cathédrale de Sienne (restée, elle, inachevée après la peste de 1348) et de Florence. Notez que ce dernier développe de nouvelles ambitions, sous l'impulsion de Mgr Timothy Verdon. Il est actuellement en travaux, afin de s'agrandir pour la seconde fois...

Pratique

Museo del Duomo, 12, piazza Duomo, Milan. Tél. 0039 02 86 03 58, site www.duomomilano.it Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h. Photo (Museo del Duomo): Dans une salle du nouveau musée, la tête dorée de Dieu. En toute simplicité...

Prochaine chronique le jeudi 6 février. Alexandre Friederich sort l'excellent livre "Easyjet". La compagnie "low cost" change-t-elle en tout notre manière de voir le monde?

 

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