Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MILAN/Le Gallerie d'Italia montre la somptueuse "Cassette Farnèse"

Crédits: Gallerie d'Italia

Pour être riche, c'est riche! Avec la salière de Benvenuto Cellini du Kunsthistorisches de Vienne, miraculeusement retrouvée en 2003 après un cambriolage de cinéma (1), la «Cassette Farnèse» représente ce que la Renaissance italienne a produit de plus fastueux en termes d'objet d'art. Il aura fallu encore plus de temps afin de parfaire ce chef-d’œuvre que pour terminer la salière, réalisée en France à l'intention de François Ier entre 1539 et 1543. Ses auteurs ont eu besoin de dix-huit ans pour arriver au bout de leurs peines. Commencée en 1543, cette pièce de pur prestige n'a connu sa conclusion qu'en 1561. Mauro di Bastiano Sbarri s'est chargé de la carcasse en argent doré, tandis que Giovanni Bernardi gravait des plaques de cristal de roche, exécutées d'après des dessins de Francesco Salviati. On comprend que l'historien Giorgio Vasari ait pu écrite en 1568 que jamais aucune œuvre n'avait atteint selon lui une telle perfection. 

En temps normal, la pièce se trouve au Museo di Capodimonte, près de Naples, où ont atterri nombre de trésors Farnèse après bien des complications dynastiques. L’objet (35 kilos!) avait besoin d'une bonne restauration. Il a fallu trois spécialistes. Ces derniers ont travaillé aux frais de l'Inteso Sanpaolo, qui a repris de diverses banques gloutonnement avalées des traditions de mécénat. Le sponsor a cependant demandé de pouvoir exposer de résultat à Milan, puis à Parme, où les Farnèse ont longtemps régné. Le visiteur peut donc aller dans l'énorme édifice situé à côté de la Scala, dont je vous ai déjà parlé. La cassette se trouve dans l'ancienne salle des coffres qui a, elle aussi, gardé son décor 1880 avec une énorme porte blindée signée Fichet. La chose se voit présentée comme un reliquaire sous des éclairages changeants. Effet garanti. C'est vraiment du plein la vue.

Un fastueux cardinal

Un seul tableau complète l'accrochage. C'est le portrait du cardinal Alexandre Farnèse par le Titien, brossé en 1545. Il s'agit du commanditaire de la cassette, qui a dû lui coûter un saladier. Ce neveu du pape Paul III en avait cependant les moyens. C'est lui qui a fait édifier à Rome le fameux Palais Farnèse, servant depuis 1936 d'ambassade à la France. L'homme a d'ailleurs fait cadeau de la merveille à la future épouse de son neveu, qui se prénommait comme par hasard lui aussi Alexandre. Maria d'Aviz était Portugaise. Une alliance royale. Personne ne soupçonnait alors que la famille allait s'éteindre du côté des mâles et que le pays disparaîtrait de la carte de 1580 à 1640, passant sous la coupe de l'Espagne. 

J'ai lu dans la presse que la restauration avais permis de découvrir un parchemin au fond de la cassette. Daté 1564. On n'en connaît pas encore le contenu...

(1) Elle était enterrée dans un bois à l'intérieur d'une caisse de plomb!

Pratique

Gallerie d'Italia, Piazza Scala, Milan, jusqu'au 25 novembre (au départ jusqu'au 28 octobre). Tél. 0039 800 167 619, site www.gallerieditalia.com Ouvert de 9h30 à 19h, jeudi jusqu'à 22h30. Fermé le lundi. Entrée gratuite.

Photo (Gallerie d'Italia): La casssette, qui ressemble à un reliquaire.

Texte intercalaire.

 

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