Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 45 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

Mickey a mal aux pattes et l’Europe profite de la force du dollar

L’Europe revient en force. Le problème de la Grèce étant pratiquement réglé – en tous les cas dans la tête des traders – les marchés du vieux continents sont de retour en forme, les chiffres du trimestre sont plutôt pas mal, à l’image de Beiersdorf et de la Société Générale qui surprenaient tous les deux à la hausse. Et puis, même si personne n’ose encore en parler, il semblerait que le QE de Draghi soit toujours en place et même si l’on avait oublié cet état de fait durant la crise grecque, maintenant il est temps de se souvenir que l’Euro faible et l’injection de 65 milliards par mois sont les axes principaux de la stratégie de combat de Monsieur Draghi.

En tous les cas, à 36 heures de la publication des Non-Farm Payrolls de vendredi, l’Europe est au plus haut depuis deux semaines. Pendant ce temps-là, après trois jours de trading, la Grèce continue de baisser et les banques on perdu 64% de leur valeur depuis lundi. Mais bon, ça on le savait et ce n’est une surprise pour personne, alors pendant ce temps-là, on achète le reste de l’Europe puisque tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Aux USA c’est un peu différent. Les chiffres de l’ISM des services étaient bons, les chiffres de créations d’emplois dans le secteur privé étaient nettement moins bons, ce qui créait un peu d’hésitation. Ces chiffres sont assez intéressants, surtout du point de vue de l’intégration psychologique que nous en faisons par rapport à la hausse « théorique » des taux au mois de septembre.

Je m’explique…

Car quoi que l’on veuille bien penser, il y a une chose qui est certaine, c’est qu’une éventuelle hausse des taux pourrait et devrait (d’un point de vue scolaire en tous les cas) mettre la pression sur le marché des actions. Ce qui n’arrange personne, vu qu’actuellement, c’est à peu près la seule allocation sectorielle qui offre un peu d’intérêt. Donc tout chiffre qui laisse supposer que l’économie est au top de sa forme a un double « effet kiss-cool » dans la stratégie des investisseurs…

Car la conclusion inévitable est la suivante :

Si l’économie va bien, Janet va monter les taux. Si les taux monte, le marché des actions va baisser.

Donc si l’économie va juste un peu moins bien, Janet va hésiter, voir ne rien faire. La subtilité actuelle réside donc dans le fait d’avoir des chiffres moyens-moyens mais encourageant quand même et d’éviter absolument les chiffres trop « BULLISH » en espérant que Madame Yellen repousse la hausse des taux aux calendes grecques.

Hier les chiffres de l’ISM étaient un peu trop bons. Heureusement les chiffres ADP l’étaient moins. Mais du coup on a peur pour les chiffres des Non-Farm Payrolls de vendredi. Mais heureusement les experts sont venus à la rescousse pour nous dire que « généralement des mauvais chiffres ADP ne veulent pas dire que les NFP seront mauvais » - sauf quand ça nous arrange bien sûr…

Bref, au milieu de cette soupe indigeste, Disney se faisait démonter de 10% - après avoir battu un record historique d’altitude il y a 36 heures – les chiffres du trimestre ayant été décevant comme nous le disions hier. La mauvaise presse continue sur Apple, on s’acharne et c’est vraiment devenu tendance de dire du mal sur la firme à la pomme, un peu comme quand Microsoft était passé de la success-story de Bill Gates à la grande méchante compagnie qui était monopolistique dans le marché du software. Aux USA on aime les success-story – mais seulement jusqu’à un certain point. Le titre s’est fait taper dessus durant la plus grande partie de la journée, surtout après le downgrade de Bank of America, mais en cours de journée les acheteurs sont revenus et Apple terminait enfin une séance en hausse. Est-ce le début d’un renversement de tendance dont elle a le secret ? À suivre.

En résumé de la séance d’hier ; Apple finit enfin en hausse, Mickey et ses amis ont passé un sale quart d’heure, probablement encore un coup des frères Rapetou et c’est pour ça que le Dow Jones termine en baisse,  les chiffres économiques sont couci-couça, l’Europe est de retour en première ligne, merci à l’Euro qui est dans le pâté, l’or est quasiment au plus bas depuis 5 ans, le métal jaune frise dangereusement avec le support des 1080$. Personnellement je ne touche pas l’or avant 900$.  Ce matin nous sommes à 1084$. Le pétrole a été sous les 45$ - il est à 45.12$ aujourd’hui. C’est pas la joie du côté de l’or  noir. 

Et puis on attend avec impatience les chiffres de demain. Il paraît que c’est la seule vraie raison de venir au bureau cette semaine.

L’Asie est en mode « attente », il ne se passe plus rien. Le Japon monte tous les jours un peu, mais personne n’en parle. Ce matin c’est encore 0.66% de hausse. Hong Kong recule de 0.45% et la Chine est presque en hausse, ne baissant que de 0.34%.

Dans les nouvelles du jour, c’est surtout au niveau des résultats d’hier soir qu’il faut chercher. On retiendra en vrac, que Tesla a publié des chiffres qui étaient en ordre par rapport aux attentes, en revanche les prévisions de livraisons de voitures sont décevantes et Musk a même laissé entendre qu’il pourrait bientôt faire appel au public pour lever de l’argent. Le titre plongeait de près de 6% after close. Herbalife continue de rendre la vie de Bill Ackman misérable. La compagnie qui vous fait maigrir et retrouver la santé à coup de milkshake (soi-disant) a battu les attentes et était fortement recherchée hier soir. En revanche, Keurig Green Moutain Coffee a montré des ventes faibles, annoncé des licenciements et son CEO s’est montré insatisfait du trimestre. La sanction ne s’est pas faite attendre : -27% après la clôture.

Autrement, l’Arabie Saoudite va émettre des obligations pour 27 milliards. La baisse du pétrole force le gouvernement à trouver d’autres sources de financement que l’or noir. Bill Ackman a pris une participation de 7.5% dans Mondelez, le fabricant des Oreo’s. 

Le technicien du Barron’s se méfie de la configuration technique d’Apple, qui pourrait, selon lui, être la pomme pourrie qui tue le marché cette année. Le journal pense aussi que Priceline peut aller plus haut et Goldman publie un article qui nous explique en détail comment réagissent les titres quand les taux montent. Un scénario d’anticipation.

On en parle très peu mais actuellement, Porto Rico est bien plus proche de la faillite que ne l’est la Grèce. Mais bon, comme ils ne sont pas dans l’Europe, c’est moins grave. 

Côté chiffres économiques, nous aurons le climat de la consommation en Suisse, les factory orders en Allemagne, le retail PMI en Europe, la production industrielle et manufacturière en Grande-Bretagne, mais pas que, puisque la Banque d’Angleterre fera également part de sa décision sur les taux. Puis aux USA, nous aurons les « jobless claims », dernier chiffre avant les chiffres de l’emploi attendus ce vendredi.

Actuellement les futures sont en baisse de 0.10%, l’Euro/$ est à 1.0915, le yen vaut 124.78, le rendement du 10 ans US est de 2.26% et le Bitcoin s’échange à 277$. Ce matin l’Euro/Suisse est à 1.0683.

C’est tout ce qu’il y a à dire ce matin, le suspens sera insoutenable jusqu’à demain 14h30 et puis ensuite on va s’exciter pendant 2 heures et vendredi soir on aura oublié jusqu’à l’existence même des Non-Farm Payrolls, jusqu’au premier vendredi du mois de septembre en tous les cas… Ce qui permettra à Janet Yellen de jouer avec ces chiffres pour savoir à quelle sauce nous serons mangé cet automne.

Moi je vous retrouve demain pour conclure la semaine. En attendant, très bonne journée, bon buffet-petit-déjeuner et amusez-vous bien !

À demain

Thomas Veillet

Investir.ch                           

 

“Never put off till tomorrow what may be done day after tomorrow just as well.”

― Mark Twain

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."