Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

METZ/Le Centre Pompidou raconte en bref "L'aventure de la couleur"

Crédits: Claude Rutault/Galerie Perrotin/Centre Pompidou, Paris 2018

C'est une épopée comme une autre. Le Centre Pompidou de Metz propose «L'aventure de la couleur» jusqu'au 22 juillet. Je sais. J'aurais dû vous en parler plutôt, d'autant plus que son inauguration a eu lieu en février alors que la Lorraine grelottait. Je vous ai à l'époque juste entretenu de l'énorme manifestation sur les «Couples modernes». Ce fourre-tout demeure lui en place jusqu'au 20 août. 

«L'aventure de la couleur», qui va en gros d'Henri Matisse à François Morellet, fait partie de ces accrochages palliant l'absence de collection permanente à Pompidou Metz, la ville possédant par ailleurs un excellent musée, aujourd'hui partiellement en travaux. C'est celui de «La Cour-d'Or» avec une stupéfiante partie archéologique gallo-romaine. Une ministre de la culture (je ne sais plus laquelle, il y en a eu tellement...) s'était émue de cette carence. Elle avait à juste titre décrété que Beaubourg devait se manier les fesses et envoyer des chefs-d’œuvre dans son antenne. Le Louvre de Lens, créé par la suite, me semble avoir été mieux pensé avec «La galerie du temps», dont une partie des pièces change... de temps en temps. C'est une base culturelle pour le visiteur moyen (je ne dis pas «lambda», vu qu'il n'a précisément pas de base grecques antique).

Une traversée du XXe siècle

Montée par Emma Lavigne, directrice de Pompidou Metz, «L'aventure de la couleur» traverse donc le XXe siècle. Il y a le temps du découpage, avec notamment «Jazz» de Matisse (1947). Les aplats de couleur se retrouvent sous cette appellation. La chose vaut au public, parfois très nombreux (il y avait une énorme file d'attente vers 15 heures le jour où je suis sorti, vu que je profite toujours des moments où les Français mangent), la Britannique Bridget Railey ou le Franco-Hongrois Simon Hantaï. C'est aussi l'occasion de sortir du purgatoire le Lillois Jean Dewasne, complètement négligé par le Centre Pompidou de Paris. 

Suivent l'histoire du monochrome, qu'évoque depuis quelques jours en Suisse La Chaux-de-Fonds, «la couleur comme pensée», avec des mouvements comme le très intellectuel minimalisme, et enfin la «couleur vivante». Et pourquoi vit-elle, celle-la? Parce qu'elle se révèle pop avec ce la chose suppose de néons, d'emprunts au monde sur-coloré de la consommation ou d'emprunts kitsch à la culture traditionnelle. Chouchou de Beaubourg aujourd'hui revenu à un métier plus qu'ancestral, Martial Raysse semble ici bien à sa place. 

Il y a de bonne pièces, comme le tapis bleu d'Yves Klein ou une installation verte de Claude Rutault. Emma Lavigne propose une découverte avec l'architecte utopiste des Trente Glorieuses Andrea Branzi. L'ensemble n'en reste pas moins un peu court. Il eut fallu bien davantage d'espace pour un sujet aussi vaste. Dans l'immensité du bâtiment conçu par Shogeru Ban, c'est finalement une touche de couleur.

Pratique

«L'aventure de la couleur», Centre Pompidou-Metz, 1, parvis des Droits-de-l'Homme, Metz, jusqu'au 22 juillet. Tél. 00333 87 15 39 39. Ouvert le lundi, mercredi et jeudi de 10h à 18h, les vendredis, samedis et dimanches jusqu'à 19h.

Photo (Galerie Perrotin/Centre Pompidou, Paris 2018): L'installation verte de Claude Rutault.

Texte intercalaire.

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

"Tout ce qui compte.
Pour vous."