Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

Mettez des algues dans votre moteur

En reportage au Brésil, on réalise comment cinq ans de crise financière, et de pétrole cher, peuvent transformer une économie. En 2008, il n’était question que d’éthanol. Mais cette essence renouvelable extraite de la canne à sucre est désormais en crise.

Plus encore que les découvertes de pétrole offshore par Petrobras, le maintien des prix de l’éthanol par le gouvernement pour contenir l’inflation a provoqué les premières faillites de distilleries. A l’usine de Sao Joao, au nord de Sao Paulo, la bagasse – la paille de canne – brûle sans discontinuer depuis 1944 pour chauffer les alambics. Les cheminées crachent toujours autant de CO2. L’autre grand déchet du processus, la vinasse, produite à raison de 12   litres pour un litre d’éthanol, est devenue un polluant encombrant.

Le miracle de l’éthanol brésilien, qui avec seulement 2% de la surface agricole produit 50% de l’essence du pays, n’est pas victime, comme le maïs américain, d’une concurrence avec l’alimentaire. Simplement, son inefficience l’a conduit dans une impasse.

Est-ce pour autant la fin de l’histoire? Certes, les biofuels pâtissent de l’effondrement global des investissements dans les technologies environnementales: moins 11% l’an dernier après un recul de 10% en 2012. Mais des leçons ont été tirées. Elles ont influencé la recherche. Les démarches sont moins productivistes  et sont davantage intégrées à une série de processus industriels pour les rendre plus efficaces ou se servir des déchets pour les valoriser. Divers projets suisses au Brésil témoignent de cette approche inspirée par l’écologie industrielle.

A l’Université fédérale de San Carlos, dans l’Etat de Sao Paulo, Algae, une start-up du groupe Ecogeo que vient de racheter le zurichois Ernst Basler + Partner, a sélectionné parmi une quarantaine de micro-algues des espèces cultivables en se nourrissant de vinasse. Le projet est de les valoriser d’abord en tant que complément alimentaire pour l’aquaculture puis comme source de biocarburant. Fondateur d’EcoGeo, Ernesto Moeri considère que «le Brésil pourra ainsi se passer complètement d’énergies fossiles dans vingt ans».

Un climat favorable

Dans sa ferme expérimentale de l’Etat de Paraíba dans le nord-est du pays, Pierre Landolt, le président de la Fondation Sandoz, partage le même optimisme. Dans des réservoirs de 10 000 litres, les biologistes de sa Fazenda Tamandua cultivent une microalgue, la chlorelle, d’où pourraient être extraits 12  litres de diesel par cuve et par semaine.

Certes, le projet se bat avec une évaporation importante dans cette région semi-aride. Mais la possibilité de se servir du CO2 émis par les usines d’éthanol comme nutriment ou d’utiliser les restes de matière sèche comme aliments pour le bétail intéressent les industriels. 

Fort de ce constat, Gilles Maag, un doctorant de l’Institut de technologie énergétique de l’ETH Zurich, implante actuellement sa start-up Sunbiotec au Brésil. Il propose un processus susceptible de transformer toute la canne, bagasse incluse, en carburant. Pour cela, il s’est attaqué à l’un des problèmes inhérents à la transformation en hydrocarbures de n’importe quelle source de carbone: la synthèse Fischer-Tropsch.

Utilisé par l’Allemagne nazie pour produire du diesel à partir de charbon, ce procédé butait sur la nécessité de chauffer à très haute température des déchets agricoles pour craquer les chaînes d’hydrogène et de carbone avant de les recomposer en hydrocarbures. Le recours à des concentrateurs solaires prévu par Sunbiotec contourne astucieusement cet obstacle.

Il y a une dernière raison au come-back des biocarburants de seconde génération au Brésil. Outre l’abondance de soleil et de déchets agricoles, les entrepreneurs environnementaux suisses et européens y trouvent un climat moins détestable autour des cleantechs que sur le Vieux-Continent. Et pas la concurrence des pétroles et des gaz de schiste comme aux Etats-Unis.

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