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FONDATEUR DES EDITIONS ALPAGA

Editeur, journaliste indépendant et spécialiste en communication, Sébastien Ladermann est passionné de gastronomie et de voitures anciennes notamment. Deux thèmes qui l’inspirent au quotidien dans ses diverses activités, au point de nourrir une intense réflexion sur l’art de (bien) vivre et d'avoir consacré aux plus prestigieux chefs de cuisine lémaniques un ouvrage novateur (Portraits (intimistes) de chefs, paru aux Editions Alpaga) préfacé par F. Girardet, Ph. Rochat et G. Rabaey.

Mémoire des vins suisses - Donner du temps au vin

Nul besoin d’être un penseur clairvoyant pour arriver à cette conclusion: notre époque peine - doux euphémisme - à inscrire son action dans le temps long. L’accélération des rythmes - quels qu’ils soient - paraît inéluctable. Souhaitée, subie, acceptée ou refusée, telle n’est pas la question, semble-t-il. Sauf qu’à y regarder de plus près, ça ressemble parfois au hamster dans sa roue. Dénué de sens, frisant le ridicule.

Ainsi Mère Nature se fiche-t-elle bien de notre agitation superficielle. Voilà qui amena, en 2002 déjà, quelques vignerons suisses à fonder la Mémoire des Vins Suisses*. L’ambition? Promouvoir leurs produits, favoriser les échanges entre confrères, bien sûr. Mais de manière particulièrement originale et intelligente. Le postulat? Un vin qualitatif n’exprime son plein potentiel qu’avec les années. Encore faut-il lui en laisser le temps…

… et le démontrer, preuves à l’appui. Le principe est simple: millésime après millésime, chaque vigneron - une cinquantaine aujourd’hui, toutes régions confondues - participant à l’opération garnit la cave commune de quelques bouteilles d’un seul et même vin. Ainsi, des dégustations comparatives peuvent mettre en évidence, dans le temps, le potentiel complet d’un vin. Efficace et éclairant, susceptible d’ébranler quelques idées reçues bien ancrées en Helvétie.

Ainsi les vins de garde, au potentiel d’évolution considérable, ne proviennent-ils pas uniquement de nos voisins français ou italiens. Ainsi également, certains cépages cultivés dans nos régions - tels le pinot noir et même le chasselas! - peuvent-ils parfois n’offrir le meilleur d’eux-mêmes qu’après de longues années passées dans la pénombre et la fraîcheur d’une cave. Sachons donner le temps nécessaire aux meilleurs vins suisses pour qu’ils nous surprennent!

Quelques exemples? Raissennaz (Henry Cruchon, VD), N°3 (Bachtobel, TG), « R » (Baumann Weingut, SH) et Pur sang (Caves de Chambleau, NE), pour les pinots noirs. Malgré leurs qualités intrinsèques, les millésimes (trop) jeunes peuvent présenter quelques traits fougueux - élevage notamment, encore très présent chez certains - que les années sauront admirablement transformer. Le subtil équilibre, alliant puissance maîtrisée et finesse, nécessite du temps pour être pleinement atteint en effet.

Quant aux chasselas, l’exercice de la dégustation comparée révèle son extraordinaire capacité à se bonifier avec les années. Ils gagnent en complexité ce qu’ils perdent en vivacité, certes, mais le cépage atteint indéniablement une autre dimension, beaucoup plus étendue du point de vue des saveurs. Clos de Mangold (Domaine Cornulus, VS) et Médinette (Domaine Louis Bovard) notamment en sont des exemples en tout point remarquables!

* www.mdvs.ch/fr


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