Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MÉCÉNAT / Quatre Richter pour le Kunstmuseum de Bâle

Dire que la signalisation reste discrète tient de la litote. Ailleurs, on aurait embrigadé des pom-pom girls pour souligner l'événement. A Bâle, rien. Deux minuscules cartels, dans une salle de la Fondation Beyeler, signalent juste la toute récente acquisition (le 9 mai 2014) par le Kunstmuseum de Bâle de quatre tableaux de Gerhard Richter. Ils appartenaient depuis longtemps à une famille zurichoise. Le quartet provient de la légendaire série réalisée en 1973 par l'Allemand d'après "L'Annonciation" du Titien (1542), vue dans la Scuola San Rocco en marge d'une Biennale de Venise. "J'ai eu envie d'en exécuter plusieurs versions, toujours plus abstraites, juste pour moi", devait déclarer plus tard l'artiste. 

Les œuvres ont néanmoins abouti sur le marché, la plus proche de l'original se voyant acquise par le Hirschhorn Museum de Washington en 1994. Il en restait donc quatre en Suisse. Un groupe de mécènes s'est constitué afin de financer l'achat de trois toiles, de format identique. Maja Oeri a payé seule la quatrième, un peu plus petite. Il faut dire que l'héritière pharmaceutique en a les moyens. Elle demeure en plus la grande donatrice de l'institution, que ce soit en argent ou en œuvres.

Un prix non communiqué 

Combien le tout a-t-il coûté? Mystère. Rappelons que le record pour Richter, obtenu pour une toile noire et blanche des années 1960, "Domplatz Mailand", reste de 37,1 millions de dollars. On sait juste une chose. Les vendeurs ont décidé d'aider, eux aussi, le musée bâlois. Ils ont donc consenti un prix très en dessous de la valeur du marché. Ils aiment l'institution. 

Notons pour terminer que son extension, conçue par les architectes Christ et Gantenbein, avance à toute vitesse. Le bâtiment remplacé était encore debout il y a quelques mois. Les fondations ont été creusées en un éclair. Les ouvriers en arrivent au second et dernier étage, déjà bien entamé. Il faut dire que la cité rhénane a l'habitude de tels exploits. La nouvelle halle de la Messe, due au tandem Herzog & De Meuron, a été  édifiée en douze mois en 2012-2013. 

Ici, à Genève, on nous dit que le Musée d'art et d'histoire, à qui nul n'offre des Gerhard Richter, risque de connaître sept ans de travaux, quand il y en aura. Bâle et Genève se situent dans le même pays, certes. Mais pas sur la même planète.

P.S. C'est l'occasion de dire, ce que je n'avais pas encore fait, que le Kunsthaus de Zurich a effectué en mars, à Maastricht, ses emplettes chez Canesso. Une galerie qui n'est pas réputée pour ses prix de soldes. Le musée a acquis "Les adieux de Renaud à Armide" de Giovanni Lanfranco, daté de 1614. L'institution développe en effet sa section ancienne, depuis qu'elle abrite l'importante Fondation Koetser, contenant beaucoup de toiles italiennes baroques.

Photo (DR): L'une des quatre "Annonciation" d'après Titien offertes au musée.

Ceci est bien sûr un article intercalaire, lié à un autre (plus haut) sur l'exposition Richter de la Fondation Deyeler. Demain, pour changer, des livres!

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