Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MÉCÉNAT/Miuccia Prada revient en mai à Milan

C'est une nouvelle, mais il ne s'agit pas d'une surprise. On savait depuis 2008 que la Fondazione Prada, fondée en 1993, allait revenir en force à Milan, où elle a organisé de multiples expositions d'art contemporain (Anish Kapoor, Louise Bourgeois, John Baldassari...) jusqu'en 2010. Ce sera chose faite le 9 mai pour le public, après une semaine de vernissages en tous genres. La date n'a rien d'innocent. Je rappelle que l'Exposition universelle de 2015 commencera dans la cité lombarde le 1er mai, pour se clore le 31 octobre. 

Pour Miuccia Prada, et accessoirement son mari Patrizio Bertelli, il s'agit d'une nouvelle marche gravie sur l'escalier d'honneur. La dame, aujourd'hui âgée de 65 ans, a encore vu très grand. C’est un nouvel habillage de friches industrielles par un architecte superstar. Un mélange de genres très à la mode. Rem Koolhaas est ainsi parti de sept bâtiments. Ils faisaient partie d'une distillerie, créée en 1910. L'austère Néerlandais a ajouté quelques annexes tapissées de métal, genre MUCEM de Marseille, plus l'obligatoire tour. Nous ne sommes en effet pas au centre de la ville, mais dans la banlieue sud. Un endroit où il reste assez de terrains libres pour concevoir un centre culturel de 19.000 mètres carrés, dont 11.000 voués aux expositions temporaires.

Venise restera très active 

Aucun chiffre comptable n'est annoncé pour la réalisation de ce projet mirifique, qui fera la pige au Hangar Biccoca de Pirelli-Prelios, installé depuis 2009 dans une autre usine désaffectée. Mais on sait que Miuccia Prada, ex-militante communiste recyclée depuis 1978 dans les affaires familiales (la firme, fondée par son grand-père, date de 1913), ne recule jamais devant la dépense. Elle a mis sur la table 40 millions d'euros pour racheter à la Ville de Venise la Ca'Corner della Regina, construite par Domenico Rossi de 1724 à 1728. Une véritable ruine, mais en bordure du Grand Canal. Le lieu abrite depuis 2011 des expositions de prestige dans un décor rococo décati, certes, mais savamment consolidé. Notons au passage que, contrairement à son voisin François Pinault, Miuccia, grande collectionneuse, ne met pas en valeur ses propres œuvres d'art. Il s'agit avec elle de véritables projets curatoriaux. 

Cet été, Venise et Milan se verront d'ailleurs appelés à collaborer. Si la seconde accueille l'Exposition universelle, la première ouvre en juin sa Biennale des arts visuels. Salvatore Settis prépare du coup une double exposition. «Serial Classic» (9 mai-13 septembre) se déroulera à Venise. «Portable Classic» (9 mai-24 août) à Milan. Il sera question de la copie d’œuvres antiques faite de la Renaissance à l'époque néo-classique. Une manifestation historique, certes, «mais l'idée de série et de reproduction traverse tout l'art contemporain.» Milan offrira bien sûr des joies annexes. Outre le bar imaginé par Wes Anderson dans le style des vieux cafés, il y aura des installations de Robert Gober ou Thomas Demand. Roman Polanski évoquera enfin son monde cinématographique au travers de projections comprenant un documentaire réalisé pour l'occasion.

Une fortune colossale 

Alors que Miuccia Prada triomphe sur le plan de la médiatisation comme sur celui de la fortune personnelle («Forbes Magazine» l'a estimée à 11,1 milliards de dollars en 2014), la Fondazione Trussardi, installée dans l'ex-Albergo Marino alla Scala, à côté de l'opéra, semble entrée en léthargie. Il n'y a rien eu en 2014 dans cet énorme bâtiment, complètement restructuré il y a une quinzaine d'années. Les projets pour 2015 restent vagues. L'argent, que voulez-vous, ça va, ça vient. Il s'agit d'un pacte avec le diable. D'ailleurs, le diable s'habille aujourd'hui en Prada.

Photo (Fondazione Prada): L'un des bâtiments rajoutés par Rem Koolhaas.

Prochaine chronique le mercredi 4 février. Un énorme livre raconte tout sur un tableau de Nicolas Poussin acheté par Lyon. Pourquoi si cher? Qui décide que c'est important? Et qui juge que c'est un vrai Poussin?

 

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