Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

L’occasion de l’urgence

Couper les vivres pour certains programmes pourrait constituer un terreau propice à de futures crises

Cette année, l’urgence aurait pu prévaloir dans la philanthropie. L’urgence sanitaire a provoqué l’émotion qui, à son tour, a suscité le don. Des particuliers – lors des actions menées par la  Chaîne du Bonheur  ou la Fondation de soutien à l’OMS  – aux fondations influentes et aux philanthropes impliqués tels qu’Abdallah Chatila, les Fondations Pictet, Lombard Odier et Rothschild. Certaines fondations ont d’ailleurs entamé leur capital, ne se limitant plus aux moyens issus de ses revenus.

Des balises indispensables dans une société instable

Toutefois, nombre de fondations ont choisi de ne pas tout mettre à bas pour réagir face à la pandémie. Depuis plusieurs décennies, elles œuvrent pour combattre des pathologies, venir en aide aux malades et soutenir activement la recherche médicale… Réagir dans l’urgence aurait été épineux sur le plan légal (les fondations étant tenues de respecter leurs buts) mais également ravageur sur le plan sanitaire. Couper les vivres pour certains programmes aurait pu, dans un avenir proche, constituer un terreau propice à de nouvelles crises sanitaires et sociales bien plus alarmantes, en ajoutant de l’incertitude à une période qui n’en manque déjà pas.

En refusant de laisser l’émotion dicter leurs choix, en préférant garder leur cap dans la tempête, les fondations peuvent surprendre certains observateurs. Elles peuvent donner l’impression d’être arc-boutées sur des principes sclérosés ou des fonctionnements d’un autre temps. En réalité, elles constituent des balises et des phares indispensables dans une société instable et soumise aux turbulences.

«Pousser en avant»

Mais alors cela pose la question de la réaction à adopter . Qu’est-ce que gérer l’urgence ? Réparer une situation afin de rétablir un monde passé, écarter la catastrophe imminente ou concentrer les efforts sur un avenir meilleur ? La réponse à ces questions émerge potentiellement de l’étymologie de ce mot: urgence. En latin, le verbe urgere a comme premier sens «pousser en avant», «enfoncer», voire «exercer une pression sur». L’homme d’Etat, avocat et écrivain romain Cicéron écrit ainsi que «l’occasion urge»: ainsi exhorte-t-il les citoyens à s’en saisir dès lors qu’elle survient, telle une occasion unique d’améliorer leur société en devenir.

Pour de multiples fondations, la crise actuelle accorde une occasion singulière. Non pas de « ré-agir » en faveur d’un retour au statu quo ante, mais de voir confirmée la nécessité de leur action de long terme en faveur d’un monde d’après. Un monde plus inclusif, plus sûr, plus résilient, plus stable.

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