Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

La dignité des plus fragiles

Estimer que la parenthèse Trump est refermée ferait le lit du populisme. Il faut changer de paradigme

Est-il possible d’éradiquer cette pathologie? Elle est récente. Un vaccin pourrait-il être mis au point? Dans de nombreux pays, touchés plus précocement, des mesures ont été prises. Parfois efficaces. Mais il n’existe aucun remède garanti contre ce mal. Au fil des mois, le bilan s’est détérioré. Les victimes, souvent les plus faibles et fragiles, se comptent en centaines de milliers. Le mal est contagieux, il s’est répandu vite. Le monde est à jamais marqué. Mais la deuxième vague du trumpisme n’aura pas lieu. Les électrices et électeurs américains ont choisi un traitement baptisé Biden & Harris. Point final au populisme?

La pandémie de Covid-19 nous a rappelé cette année que toute victoire est fragile. La première vague vaincue au printemps, nombre d’entre nous ont pensé pouvoir retrouver leurs habitudes. Certes, les experts annonçaient une deuxième vague. Mais ces oiseaux de mauvais augure exagéraient. Et même quand les chiffres remontaient en septembre, des voix expliquaient que ces cas étaient légers, que cette deuxième vague allait s’essouffler, que le système tiendrait. Sans prendre de mesures. Sans prendre la mesure de la situation. Il en va de la pandémie comme du trumpisme: estimer que la parenthèse Trump est refermée, comme une pandémie jugulée, ferait avant tout le lit du populisme. Il est urgent de changer de paradigme.

L’ampleur de la tâche

Recherche effrénée du profit à court terme, éloignement des lieux de pouvoir, concurrence dérégulée et marchés financiarisés ont déclassé et désespéré des millions d’ouvriers dans les pays développés (car oui, Trump a des supporters jusqu’en Suisse). Au point pour elles et eux de se tourner vers un personnage qui criait fort et promettait des solutions faciles. «Je vais ramener des emplois dans l’industrie», hurlait-il en 2016. En 2019, le Wisconsin a perdu 5000 emplois industriels, la Pennsylvanie 8000. Deux Etats qui ont rebasculé du côté des Démocrates cette année.

Mais ces derniers mesurent-ils la tâche qui les attend? Les causes du malaise qui ont porté un populiste au pouvoir sont toujours là. Les partisans de la démocratie gagneraient à repenser la notion de victoire, pour mieux y intégrer les «vaincus», afin d’inclure plutôt que d’exclure, d’avancer ensemble en égaux.

Evidemment, chaque vainqueur d’une élection promet qu’il sera «le président/sénateur/conseiller national (rayez la mention inutile) de tout le pays». Mais qui a réellement mis ces mots en pratique? C’était la promesse d’Emmanuel Macron en 2017 et il a davantage divisé et clivé la France.

Au-delà des mots, il faut un changement de paradigme. Une élection ne couronne pas un vainqueur: elle place un être humain face à des responsabilités. Et la première est de se demander sur quel socle commun il peut faire avancer un pays. Mépriser les électeurs de Trump, ceux de 2016 ou ceux de 2020, ne conduirait qu’à les radicaliser.

Il n’y a pas de vaccin contre le populisme. Il faut écouter les maux de celles et ceux qui souffrent. Les laisser s’exprimer et entendre leur voix, les traiter d’égal à égal sans les disqualifier en raison de leurs origines, de leur niveau d’éducation ou de leur catégorie sociale. Leur reconnaître leur dignité. C’est là que réside la clé des grands leaders: leur premier combat est pour la dignité des plus fragiles. Pour permettre à toutes et tous d’avoir accès à «une vie bonne, avec et pour autrui, dans des institutions justes», comme le définissait le philosophe Paul Ricœur. Et si la dignité résidait aussi et surtout dans le fait d’avoir droit à des perspectives économiques?

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